Shivers : le forum du chlex

D'abord unique forum français entièrement dédié au couple Chloé/Lex de Smallville, Shivers se tourne aujourd'hui vers l'écrit sous toutes ses formes !
 
AccueilFAQS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Venise Secrète [Chlex] [M]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Laenan
Chroniqueur
avatar

Messages : 1022
Date d'inscription : 24/05/2010
Age : 30
Localisation : France : Montpellier - Belgique : Liège

MessageSujet: Venise Secrète [Chlex] [M]   Dim 11 Sep 2011 - 23:48

Titre : Venise Secrète
Rating : NC-17 (Ca risque d'être "un peu" violent et je prévois quelques "smuts" donc je préfère la placer ici ^_^ mais ça ne concerne en rien le chapitre 1)
Disclamer : Smallville et les personnages ne m'appartiennent pas. L'écriture de ceci ne me rapporte rien. Blablabla...
Note de l'auteur : Bon, voilà, ça fait quelques temps (depuis que je suis revenue ici, en fait) que cette histoire me trotte dans la tête. 'Y a une semaine, j'ai décidé de m'y mettre "sérieusement" et j'ai pondu un premier chapitre. Ca vous surprend ? Moi aussi ! lol
Alors, je vous préviens tout de suite, ça n'a rien à voir avec la série (que je n'ai d'ailleurs jamais regardée, hum) ! Je me contente "d'emprunter" quelques personnages. L'intrigue se déroule à Venise (ah, vous l'aviez deviné ?) mais ne cherchez aucun lien avec la réalité, j'emprunte ce qui me plait à la ville et le reste, c'est de la pure invention.
Bien... Je crois avoir tout dit... Surtout, dîtes-moi sincèrement ce que vous en pensez ! (Ca ne pourra que m'aider à m'améliorer et/ou me motiver.) Ah, et comme l'univers est un peu "original" s'il y a des trucs qui ne sont pas clairs n'hésitez pas à le signaler !

Bonne lecture ! ♥


========================================================================


Chapitre 1 : Blanc - Artiste


Le soleil toucherait bientôt l’horizon. Par jeu, elle entama son ascension, cherchant la moindre petite prise dans les fissures et les interstices du mur, se déplaçant avec souplesse et agilité jusqu’à atteindre le balcon du dortoir des danseuses. Elle aimait relever ses propres petits défis quotidiens. Les derniers rayons coloraient les toits des demeures de pierres blanches, parfois peintes de couleurs chaudes, et elle observa la ville en silence. L’instant était propice à la rêverie et elle laissa ses pensées prendre leur envol éveillant son humeur sombre. Cela faisait maintenant un mois que Sabya était morte, un mois que le petit monde de Chloé avait vacillé.
Elle avait toujours eu l’impression d’appartenir à ces lieux : la Maison des Danseurs dans le Quartier des Artistes calfeutré au cœur de Venise. Ici, ne vivaient que les Artistes, réunis suivant leurs pratiques dans les différentes Maisons. Et, au sein même du Quartier, entourées par les canaux et les Maisons des Artistes, les belles et majestueuses demeures des Mécènes. Ces luxueuses bâtisses n’étaient accessibles que par les canaux et l’accès en était étroitement surveillé. Nul autre que les Mécènes et les Artistes Parrainés ne pouvait y pénétrer sans y être invité et rares étaient ceux, en dehors des Artistes, qui osaient même s’aventurer au sein du Quartier.
Chloé était née à Vérone mais elle n’en gardait aucun souvenir. Lors du décès de sa mère, une douzaine d’années auparavant alors qu’elle n’était encore qu’une enfant,  son père, modeste artisan dévasté par le chagrin, avait dû la confier à la Confrérie des Artistes. Cette dernière recueillait orphelins et enfants dont les parents ne pouvaient plus s’occuper pour en faire des Artistes, peintres, musiciens, chanteurs, danseurs, sculpteurs, acteurs et artisans, et ainsi, assurait leur avenir.
Il existait deux groupes distincts d’Artistes : les rares privilégiés qui étaient parrainés par un Mécène et initiés au Rite et les autres, tous les autres. Le Mécénat offrait un avenir enviable : c’était la fin des représentations de rue, l’Artiste ne se produisait plus qu’exclusivement pour les Mécènes, il disposait alors de son propre appartement et recevait un nombre non négligeable de richesses, toutes autant de cadeaux de la part de son Mécène. Ainsi, bien que le monde des Mécènes soit extrêmement fermé et secret, tous les Artistes n’aspiraient qu’à une chose : avoir l’immense honneur d’être Parrainé.
Et, Sabya était devenue une Artiste Parrainée. Elle venait d’avoir vingt ans.
Chloé n’avait que peu d’amis parmi les Artistes. Il y avait d’abord Loïs, une jolie brune à la peau claire et aux yeux noisettes qui était aussi délurée que Chloé était calme et posée. Elles étaient toutes deux Danseuses et, bien que Chloé soit considérée comme la plus douée de sa génération, Loïs était loin d’être médiocre et elles avaient noué une sincère amitié loin de l’esprit de compétition que certains autres Artistes pouvaient entretenir. En fait, Loïs était comme une sœur pour Chloé. Si elle la perdait… Elle n’osait imaginer une chose pareille. Ensuite, il y avait Clark. C’était un grand gaillard appartenant à la Maison des Sculpteurs qui, depuis quelques temps déjà, avait pris Loïs comme modèle fétiche. C’était un garçon un peu naïf mais tellement gentil. Et, pour finir, il y avait eu Sabya. Une grande brune à la peau mate et aux yeux aussi bleus que ceux de Chloé étaient verts. Un physique remarquable mais c’était sa voix, claire et presque cristalline, qui avait toujours séduit son auditoire. Sabya avait été une grande Chanteuse, dès qu’elle entonnait quelques notes, sa voix transportait quiconque l’entendait. Mais, aux yeux de Chloé, la plus grande qualité de son amie résidait dans sa capacité à toujours voir la vie avec un fervent optimisme. Sabya avait été une grande sœur pour eux.
Et, Sabya était morte. Suicidée.
Chloé ne pouvait tout simplement pas se résoudre à le croire. C’était impossible.
Une seule conclusion était logique. Les Mécènes étaient responsables.

Le dernier rayon de soleil s’éteignit et Chloé frissonna, comme se réveillant d’un mauvais rêve. Soucieuse, elle quitta le balcon pour le confort relatif du dortoir. Loïs s’entraînerait encore tard ce soir et elle, elle devait se reposer car le lendemain elle était convoquée par le Conseil des Anciens. Son talent de danseuse n’était plus à prouver et la rumeur circulait qu’à dix-sept ans elle serait la plus jeune Artiste Parrainée si le Conseil décidait de la présenter officiellement aux Mécènes. Quelques semaines plus tôt, cette convocation l’aurait mise en joie mais aujourd’hui, elle ne savait plus qu’en penser.

------

« - Chloé, sois la bienvenue devant le Conseil des Anciens. Approche. »

Les sept Anciens se trouvaient sur une estrade, assis devant une table dessinant un arc de cercle. Chacun d’eux, homme ou femme, était le représentant de sa Maison : Sculpteurs, Peintres, Musiciens, Chanteurs, Danseurs, Acteurs ou Artisans, désigné pour remplir ce rôle parce qu’il était le plus âgé et donc, le plus sage. Tous avaient été Parrainés en leur temps avant de revenir vivre auprès de la Confrérie. Tous avaient été des confidents pour les Mécènes et connaissaient leurs plus intimes secrets. Et, tous gardaient le silence sur ces sujets comme la tradition le voulait.
Chloé fit quelques pas pour se retrouver en pleine lumière. Les Artistes étaient rarement convoqués individuellement par le Conseil. Cela n’arrivait que pour les évènements remarquables de leur existence : intégration, présentation, rite, mariage etc. La dernière fois que Chloé s’était retrouvée ici elle avait tout juste cinq ans. Elle redécouvrait donc les lieux comme s’il s’agissait de la première fois. Sa curiosité étant telle, elle ne put s’empêcher d’observer furtivement ce qui l’entourait. Nulle fenêtre n’éclairait la pièce de dimension modeste, seule la lumière crue d’une lampe tombant du plafond éclairait le tapis aux motifs abscons qui trônait en son centre. L’estrade et le Conseil étaient plongés dans la pénombre. Le reste de la pièce n’était que rideaux et tentures aux couleurs sombres. La jeune Danseuse déglutit, intimidée. Puis, comme l’imposait la tradition, Chloé s’agenouilla, baissa la tête et prononça les paroles enseignées par ses aînés des années plus tôt :

« - Je me plierai à la volonté du Conseil des Anciens pour la renommée et le prestige de la Confrérie. »

Elle grimaça. Sa loyauté envers la Confrérie était sans faille. Il s’agissait de sa seule famille. Ils l’avaient élevée, lui avaient enseigné la danse et lui avaient offert une vie à l’abri du besoin et un avenir lumineux. Mais que cette appartenance puisse lier son destin à celui d’un ou une Mécène éveillait en elle un étrange sentiment, un mélange entre la colère provoquée par la mort de Sabya dont elle les estimait coupables et la curiosité constamment entretenue à leur égard. En effet, la légende disait que les Mécènes avaient offert l’Art aux Vénitiens et que, parmi la foule, les Artistes se distinguèrent et, parmi eux, les Mécènes choisirent les meilleurs pour les élever au rang de confidents et partager avec eux leur vie de plaisirs. Mais, aussi loin qu’elle s’en souvienne, Chloé n’avait jamais vu les Mécènes pratiquaient l’Art, sous quelque forme que ce soit. Et, malgré qu’elle ne veuille plus croire à ces contes pour enfants, la jeune fille s’interrogeait toujours sur l’origine des Mécènes et la raison pour laquelle les histoires en faisaient des êtres supérieurs, quasiment divins.
La voix de Mérissa, l’Ancienne de la Maison des Danseurs qui était installée au milieu de ses pairs pour l’occasion, rappela la jeune Danseuse à la réalité.

« - A la lune ronde de ce mois-ci, tu seras présentée officiellement aux Mécènes et, s’il l’un d’eux décide de te parrainer, soumise au Rite. Tu devras te présenter à l’embarcadère des Arts, une heure avant la nuit tombée.
Tu peux disposer.
»

Allongeant les bras devant elle, Chloé s’inclina jusqu’à ce que son front vienne toucher l’épais tapis qui se trouvait sous elle. Puis, elle se releva avec grâce et, suivant le protocole, sortit sans prononcer un mot.

------

L’été touchait à sa fin. Chloé et Loïs profitaient de l’un des derniers après-midis de chaleur, assises dans l’herbe du jardin que seuls les Artistes et quelques rares Mécènes fréquentaient, véritable trésor, joyau de verdure, enfoui dans le Quartier des Artistes. C’était un endroit charmant que personne n’aurait pensé trouver au cœur d'une ville telle que Venise. Encadré par des maisons sur trois côtés, le dernier s’ouvrait sur une ruelle longée par un canal qui marquait la limite entre le lieu de résidence des Mécènes et celui des Artistes. Ce vaste jardin avec quelques étendues de pelouse et nombre d’arbres parmi lesquels serpentait un chemin de gravier était en quelque sorte la croisée des chemins. Les Artistes s’y entraînaient souvent lorsque le temps le permettait pour profiter de l’air pur. Après les rues de Venise qui leur procuraient également un maigre salaire revendiqué par la Confrérie pour subvenir à leurs besoins, cet agréable jardin était le lieu idéal pour leur entraînement. Les deux jeunes filles, vêtues de robes légères de lin beige, couleur marquant leur condition d’apprenties Artistes, discutaient et riaient avec animation.

« - Eh ! Mate-moi un peu ces deux-là... »

D’un bref mouvement du menton, Loïs indiqua deux jeunes hommes vêtus de costumes trois pièces sombres aux liserés d’or et d’argent, des Mécènes qui devaient avoir entre vingt et vingt-cinq ans et qui cheminaient lentement dans leur direction. Chloé les observa sans discrétion, penchant la tête sur le côté avec une moue appréciatrice. Tous deux étaient grands et bien faits comme la plupart des Mécènes. L’un était blond, l’autre était chauve. Ils étaient encore trop loin pour qu’elle puisse voir leur visage mais déjà leur charisme éveillait en elle une certaine admiration qu’elle tâcha de réprimer.

« - Fais attention, ne les regarde pas comme ça !
- Oh, ça va !
»

Loïs la réprimanda d’un regard noir alors que les deux Mécènes atteignaient déjà le lieu où elles se trouvaient. Il était de coutume que Mécènes et Artistes s’ignorent superbement en dehors des salles de spectacles et des demeures des premiers. Les deux jeunes filles furent donc surprises de constater qu’ils semblaient leur accorder un minimum d’attention et, après les avoir jaugées du regard, le blond entraîna son compagnon jusqu’à elles. Immédiatement, Loïs adopta la position requise, agenouillée la tête baissée. Chloé n’en fit rien.

« - Mesdemoiselles.
- Seigneurs.
»

Loïs avait répondu au Mécène blond tout en jetant des coups d’œil courroucés en direction de Chloé qui n’avait toujours pas bougé. La petite blonde les regardait tous les deux avec un sourire insolent aux lèvres tout en ne pouvant s’empêcher de les trouver particulièrement charmants, surtout le blond. Maintenant qu’il se trouvait à sa hauteur, elle pouvait admirer la moindre courbe de son visage, sa mâchoire carrée, sa peau parfaitement lisse, ses yeux d’un vert très clair où brillait l’or. Un léger mouvement de côté lui permit d’observer l’autre jeune homme qui se tenait légèrement en retrait derrière son compagnon. Bien qu’il soit chauve, il ne manquait pas de charmes non plus avec son grain de peau aussi parfait que celui de son condisciple et ses yeux bleus, si bleus, si… tristes. Et puis, son visage lui rappelait quelqu’un mais elle était incapable de se souvenir de qui il s'agissait. Ce double constat surprit Chloé et elle eut un très léger haussement de sourcils. Son manque de respect quant à lui semblait avoir irrité le Mécène blond qui la sermonna alors qu’elle n’écoutait pas. Revenant à lui, elle haussa les épaules avec nonchalance. Elle ne savait pas pourquoi mais il l’agaçait soudainement.

« - Qu’avez-vous de plus que nous ? Que savez-vous faire que nous ne sachions reproduire à l’identique voire avec davantage de talent ? »

A peine les mots avaient-ils franchi ses lèvres qu’elle le regretta aussitôt. Le regard que lui lança le Mécène la figea sur place, sa colère était palpable et même Loïs n’osait esquisser le moindre mouvement.

« - Aaron, laisse... »

Alors qu’il s’était tenu à l’écart jusqu’ici, le second Mécène porta la main à l’épaule de son compagnon pour l’inviter à le suivre. Ce dernier hocha la tête, semblant se calmer, avant de se pencher à l’oreille d’une Chloé livide. La Danseuse se crispa alors que l’odeur musquée du Mécène la faisait chavirer. A nouveau, le mélange de ses sentiments, entre peur et attirance la mettait très mal à l’aise.

« - Le prédateur, c’est nous. Alors méfie-toi de ton insolence. »

Puis, il se redressa avec un sourire qui fit frissonner la jeune fille, avant d’aviser le départ de son compagnon qui s’éloignait déjà le long du chemin.

«  - Lex, attends ! »

Une fois Aaron parti, Loïs se redressa, blême.

« - On peut savoir ce qui t’a pris ?! Non mais sérieusement, tu veux t’attirer des ennuis ? Attirer des ennuis à toute la Confrérie ?! Chloé, enfin, tu ne te rends pas compte de ce que tu as fait ! Et, s’ils en parlent au Conseil ?! Chloé, tu... Chloé ?... »

Voyant que son amie ne réagissait pas Loïs fronça les sourcils.

« - Chloé, ça va ? »

La blonde acquiesça, sortant de sa torpeur.

« - Oui, oui... Rentrons. »


Dernière édition par Laenan le Ven 31 Jan 2014 - 23:34, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Chlo
Reporter
avatar

Messages : 3495
Date d'inscription : 26/05/2010
Age : 29
Localisation : Dans la cuisine!

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Lun 12 Sep 2011 - 13:37

Laenan!!!!!!!!!!!!!! dans mes bras! Ahhhhhh la belle ambiance que voilà!

Venise! Jamais vu, mais, waouw, c'est classe comme explications. Et puis, cette confrérie un peu secte, Lois et Chloé (oui, il m'en faut peu ^^) Et lex et aaron ce qui risque d'être palpitant.

Et genre, elle a quoi comme bug chloé? ^^

la suite!

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Sixpence
Pigiste
avatar

Messages : 628
Date d'inscription : 24/05/2010
Age : 29
Localisation : Rennes (pour le moment)

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Lun 12 Sep 2011 - 15:05

wouaaaah ! Je suis très impressionnée ! Ce début d'intrigue est très intriguant.
Je t'avouerai que je n'y connais rien aux anciennes traditions italiennes, s'il s'agit bien de ça.
D'ailleurs, est-ce que toutes idées sortent de ton imagination ou bien est-ce que tu t'inspires de faits historiques ? ça m'intéresse !
rhaaaaaaaaaa c'est génial, une fic sur ce thème, je crois que c'est justement ce dont je rêvais depuis que je suis partie en vacances cet été !
vivement la suite ! ça promet, j'imagine bien que l'un de deux mécènes sera celui de Chloé, et si on veut être un peu sadique j'imagine que se sera le blond, mais qu'il y aura du chlex au rendez-vous !
Revenir en haut Aller en bas
http://six17.webs.com/
pretender
Pigiste
avatar

Messages : 921
Date d'inscription : 29/05/2010
Age : 32
Localisation : Buenos Aires

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Lun 12 Sep 2011 - 15:07

Shocked
reviens ici tout de suite ! je veux la suite !

j'ai été totalement décontenancée au début par l'univers original de la fic... sensation qui a duré environ 3 secondes, car tu plantes tellement bien le décor qu'on plonge dedans au bout de deux lignes.

c'est vraiment scotchant, le personnage de chloé me fascine déjà, avec ses réflexions sur la dénommée Sabya (hm... j'attends d'en savoir plus, en particulier sur sa mort), ses analyses sur sa vie et ses explications sur les Artistes et les Mécènes, sans parler de sa rébellion face à Aaron

un début vraiment très intrigant, j'ai hâte d'en lire plus !
Revenir en haut Aller en bas
Aranya
Pigiste
avatar

Messages : 699
Date d'inscription : 24/05/2010
Age : 27

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Lun 12 Sep 2011 - 15:59

Aaaaaaah suite suite suite !
Une mort suspecte, Venise, du Chlex, que demander de plus ?!
C'est très sympa à lire, on s'imagine facilement le décor, la scène... très joli début donc !
Revenir en haut Aller en bas
Laenan
Chroniqueur
avatar

Messages : 1022
Date d'inscription : 24/05/2010
Age : 30
Localisation : France : Montpellier - Belgique : Liège

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Mer 2 Nov 2011 - 15:06


Note de l'auteur : Et voilà un nouveau chapitre ! Smile
Vous l'aurez compris, je ne suis pas une rapide. Alors j'espère sincèrement que ce nouveau chapitre répondra à vos attentes (et que je ne perdrais aucune d'entre vous, chères lectrices, en cours de route !).

Chlo : Chloé est "pétrifiée" (mais rien de grave ^_^), c'est le "charme" d'Aaron, que veux-tu ! Razz
Six' : Toutes ces idées sortent de mon imagination. Mais c'est clair que ce serait fun si ça avait existé ! (Sauf que c'est très très peu probable... Tu comprendras vite pourquoi !)
Ce qui est inspiré de faits/légendes "réelles" (entendu, qui ne sortent pas de mon imagination mais d'un folklore préexistant) sera explicité en annexe (c'est le cas de quelques "trucs" dans ce chapitre).
Pret' : Me revoilà ! Laughing
Pour l'univers "original", je ne vous ai pas encore tout dit et j'espère ne pas trop vous décontenancer avec les prochaines révélations... (Ca m'attristerait de vous dégoûter !) Enfin, on verra bien au moment des dites révélations ! (Pas encore pour ce chapitre même s'il y a des pistes.)
Aranya : Ravie que ce premier chapitre t'ait plu ! Smile

Merci à toutes pour vos feeds ! Je suis vraiment super contente que ça vous plaise ! (Vous pouvez même pas imaginer à quel point !!!)

Trêve de bavardages, place à la lecture ! ♥️


========================================================================


Chapitre 2 : Or – Présentation


Les pluies de septembre se présentèrent quelques jours avant la pleine lune. Sous la pluie battante, Loïs et Chloé se dirigeaient vers le Quartier des Artistes après avoir passé la journée dans les rues de Venise à récolter de l’argent pour la Confrérie en dansant pour les passants. Trempées jusqu’aux os, leur robe de coton beige soulignée de dentelles collée à la peau, elles avançaient d’un pas tranquille, bien trop absorbées par leur conversation pour faire grand cas des conditions météorologiques.

« - Que t’a-t-il dit exactement déjà ?
- Le prédateur…
- … c’est nous.
»

Chloé acquiesça lorsque Loïs compléta la phrase. Cette dernière fronça les sourcils, songeuse. Elles bifurquèrent sur leur droite, dans une ruelle étroite qui débouchait sur un petit pont leur permettant d’accéder au Quartier. Loïs finit par murmurer :

« - Hum… C’est intrigant…
- C’est inquiétant, tu veux dire ?
»

La brune haussa les épaules avec une petite moue.

« - Tu as tort de t’inquiéter pour quelques mots… »

Ce fut au tour de la blonde de hausser les épaules. Elles en avaient discuté et rediscuté à plusieurs reprises et Loïs en arrivait toujours à la même conclusion, là où Chloé ne pouvait oublier combien ces mots et le ton employé l’avaient pétrifiée. Elle avait l’intuition qu’il y avait plus qu’une menace derrière ces quelques mots, comme une vérité sous-jacente. Elle secoua la tête pour chasser cette idée saugrenue de son esprit et soupira.

« - Tu as sans doute raison.
- C’est sûr ! Tu devrais davantage t’inquiéter des répercussions de tes propres mots…
»

La petite blonde grimaça.

« - S’il s’était plaint auprès de la Confrérie, le Conseil m’aurait sans doute déjà convoquée.
- Peut-être…
»

Loïs poussa la porte de l’hôtel particulier qui abritait les lieux de vie des Danseurs. Un autre bâtiment, à quelques minutes à pied, leur fournissait les salles spacieuses nécessaires à leur entraînement. Les deux jeunes femmes entrèrent et s’ébrouèrent dans le hall, sous l’œil amusé du gardien qui les salua, comme il était de coutume dans les Maisons.

« - Mademoiselle Loïs, Mademoiselle Chloé.
- Monsieur Siméon.
» Saluèrent-elles à l’unisson avant de se précipiter dans les escaliers, montant les marches quatre à quatre jusqu’au dernier palier qui donnait sur les dortoirs, le leur se trouvant face à l’escalier, sur la partie arrière du bâtiment, du côté du canal.

Une dizaine de lits, avec de part et d’autre une minuscule armoire et une table de chevet et aux pieds un coffre en bois, composés cette partie du dortoir des Danseuses. Chloé et Loïs se dévêtirent promptement, avant d’aller suspendre leur robe et leurs sous-vêtements sur l’étendoir dressé au bout de la chambre, à côté de la porte donnant sur le balcon. La pudeur était une notion toute relative chez les Artistes. Aucun d’eux ne s’adonnait à des activités inconvenantes en public mais aucun n’avait de problème avec sa nudité ou celle des autres. Pour les Artistes, le corps était un objet d’Art, qu’il soit modèle ou instrument. Elles prirent ensuite le temps de revêtirent des vêtements secs avant de s’installer chacune sur son lit, ceux-ci se trouvant l’un à côté de l’autre. Là où Loïs s’allongea sur le côté pour faire face à Chloé, la petite blonde préféra s’asseoir en tailleur.

« - Alors… Te sens-tu prête.
- Je l’ai été dès l’instant où j’ai esquissé mes premiers pas de danse.
»

Voyant la moue incertaine de Chloé malgré sa voix pleine d’assurance, la jolie brune se mit à rire, d’un rire léger, un peu moqueur mais surtout complice. Chloé grimaça avant d’ajouter.

« - Je suppose…
- Tu es la meilleure d’entre nous, il n’y a aucune raison que cela se passe mal.
»

La petite blonde haussa les épaules, affichant une moue dubitative. Ce n’était pas tant l’échec qui la faisait douter, elle connaissait la valeur de son Art, sans prétention, mais c’était davantage l’avenir que lui réservait sa réussite. Depuis la disparition de Sabya, il y avait trop de questions qui se bousculaient dans son esprit, trop de colère aussi. Elle savait, bien sûr, que la vie d’Artiste Parrainé n’était pas un long fleuve tranquille, que tous les Mécènes n’avaient pas les mêmes exigences vis-à-vis de leurs protégés. Les apprentis Artistes étaient prévenus, on les préparait à leur éventuelle vie future, de manière superficielle et en omettant de nombreuses choses, Chloé s’en doutait, mais la mort n’avait jamais fait partie du jeu. Loïs sembla lire dans ses pensées.

« - Tu t’inquiètes trop. Ne crois-tu pas que si nous risquions quoique ce soit, la Confrérie aurait cessé d’avoir à faire aux Mécènes ?
- Mais Sabya…
- Oui, je sais Chloé, moi aussi je n’y crois pas.
»

Le visage de Loïs s’était assombri et sa voix ne laissait aucun doute sur la véracité de son affirmation. Chloé ouvrit la bouche pour répliquer, pensant l’avoir gagnée à sa cause, mais son amie se fit sévère et ne lui en laissa pas le temps.

« - Mais ça ne veut pas forcément dire qu’ils sont responsables.
- Ils nous ont menti. Ils ont menti à la Confrérie.
- Ecoute Chloé, peut-être que c’est plus compliqué que ça, non ?
»

La petite blonde fixa Loïs sans dire un mot. Cette dernière roula sur le dos en soupirant. Le silence s’installa. Chloé laissa son esprit vagabonder sur le flot de ses trop nombreuses réflexions. C’était la première fois que Loïs évoquait cette idée avec elle et elle instillait en elle un doute plus grand encore. Pouvait-elle s’être trompée ? Et, si les Mécènes n’étaient pas responsables qui l’était ? Cette question la fit frissonner. Leur petit monde était tellement fermé qu’il n’y avait aucune chance que le responsable soit autre qu’un Mécène ou un Artiste. Elle secoua la tête. Elle ne pouvait suspecter aucun des Artistes car, bien que certains puissent nourrir quelques inimitiés en raison de leur esprit de compétition, aucun ne se rendrait jamais coupable d’un acte pouvant entraîner la mort d’autrui. Ils étaient comme une famille, une immense famille. Et, le doute que Loïs éveillait en elle rendait donc le problème insoluble. La brune tourna alors la tête dans sa direction et voyant que Chloé n’avait pas bougé, elle esquissa un sourire.

« - Te souviens-tu de ce qu’elle nous disait à propos de la Présentation ?
- Choisissez votre Mécène avant qu’il ou elle ne vous choisisse.
»

Chloé rendit son sourire à Loïs. Ces mots étaient de Sabya et elle les accompagnait souvent d’un grand rire joyeux. Elles avaient pu rencontrer, à quelques rares occasions, la Mécène de leur amie. Une femme formidable d’après Sabya. Mécène et Artiste semblaient s’entendre à merveille et jamais Sabya n’aurait simulé une telle relation devant elles. Tout avait toujours laissé supposer que la Chanteuse avait eu de la chance. Elle semblait l’aimer, Liliane.

------

Chloé était un peu nerveuse, et excitée aussi. Dans deux jours, la lune ronde se lèverait sur Venise. Malgré tout les soucis qu’elle avait, ou qu’elle se créait, le jour de sa Présentation serait un grand jour, elle le savait et elle ne pouvait s’empêcher d’être impatiente. Elle ferait tout pour les impressionner. A cette idée, un immense sourire étira ses lèvres alors qu’elle se laissait emmener par le gondolier jusqu’aux Galeries. Il s’agissait du plus majestueux bâtiment appartenant aux Mécènes. On apercevait d’ailleurs souvent son dôme doré depuis les plus hauts bâtiments du Quartier des Artistes voire des alentours. Les Galeries réunissaient des salles de spectacles et d’expositions, des salles de répétition, des bureaux etc. On les disait tellement vastes que peu, même parmi les Mécènes en connaissaient tous les recoins et les secrets. Certaines rumeurs parlaient même de passages secrets dont certains conduisant si profondément sous Venise qu’on pouvait sortir de la ville par des souterrains creusés sous la lagune. De pures légendes pour endormir les petits apprentis Artistes mais Chloé ne pouvait s’empêcher de leur trouver un certain attrait. Ces histoires l’avaient toujours fascinée même si elle refusait de l’admettre.
La Danseuse avait rendez-vous aux Galeries avec un Artiste Parrainé de renom qu’elle devait rencontrer pour sa Présentation. Arrivée à destination, elle sauta prestement de la gondole au parvis qui s’étendait devant l’imposant bâtiment dédié aux Arts. Son parapluie bien en main pour rester présentable malgré le déluge, Chloé s’avança, traversant l’espace d’un pas mesuré, et gravit les quelques marches qui permettaient d’accéder aux immenses portes des Galeries. Elle s’arrêta, stupéfaite devant la taille démesurée de cette entrée, se demandant même un instant comment elle devait s’y prendre pour écarter les deux battants colossaux. Un mouvement sur sa gauche attira son attention et elle constata qu’une petite porte à taille humaine, taillée dans la masse monumentale qui se dressait devant elle, venait d’être ouverte. Elle s’en approcha et remarqua qu’un homme se tenait sur le seuil. Il s’agissait sans doute d’un serviteur car il s’inclina en l’invitant à entrer.

« - Mademoiselle. »

Ne sachant quelle marque de politesse elle devait lui donner, elle plia son parapluie et esquissa ce qui aurait pu être assimilé à une révérence. Il eut un demi-sourire qu’elle ne réussit pas à traduire avant de fermer la porte derrière elle et de poursuivre.

« - Monsieur aura un peu de retard. Il vous fait dire que vous pouvez l’attendre ici ou vous avancer jusqu’à son bureau où il vous retrouvera dès son arrivée. »

Chloé acquiesça avant de jeter un coup d’œil dans le hall d’entrée des Galeries et, comme elle s’y était attendue, il était à la mesure du bâtiment. La lumière tamisée lui permit de constater la présence de plusieurs personnes dont elle devinait les ombres mouvantes derrière tel pilier ou telle sculpture. Elle s’ébroua avant de revenir à l’homme qui se tenait à ses côtés.

« - Je souhaiterais l’attendre dans son bureau. »

Le serviteur afficha un air dubitatif mais s’inclina avant de lui énoncer la marche à suivre pour atteindre sa destination. Chloé le remercia et s’engagea dans l’allée qui traversait le hall et menait à l’escalier principal s’ouvrant en arc de cercle. La Danseuse sentait les regards inquisiteurs des Mécènes sur elle et cela la mettait mal à l’aise mais elle prit sur elle pour ne pas courir ni marcher trop vite. D’un pas lent qu’elle voulait assuré, elle gravit l’escalier principal puis se dirigea dans la galerie qui s’ouvrait sur sa droite comme le lui avait indiqué le serviteur. Il n’y avait personne à cet endroit et cela la soulagea. Elle poursuivit donc son chemin le cœur plus léger.
De nombreux tableaux ornaient les murs des galeries qu’elle traversait et elle ne pouvait s’empêcher de les admirer. Au bout d’un certain temps, elle constata qu’elle s’était éloignée du trajet qu’elle aurait dû suivre et craignit de s’être perdue. La petite blonde soupira agacée avant de tacher de faire chemin inverse. Mais, rapidement, elle dut se rendre à l’évidence : les galeries étaient un vrai labyrinthe et son manque d’attention n’aidant pas, elle était bel et bien perdue. Alors qu’elle faisait cet accablant constat, un tableau attira soudain son attention. De dimensions modestes, il était seul suspendu dans une petite pièce dont la porte était entrouverte. Chloé s’avança, intriguée. Elle l’observa quelques instants, il était de modestes factures, le cadre n’étant ni en métal ni en bois précieux, avant de se plonger dans sa contemplation. L’œuvre représentait une jeune femme rousse ravissante qui se tenait debout sur l’une des branches d’un arbre apparemment gigantesque, seule une partie étant représentée sur la toile. Les feuilles étaient d’un vert étincelant et la chevelure flamboyante du personnage tranchait sur ce fond de verdure tout en finesse. L’ouvrage semblait si réaliste que la Danseuse crut un instant qu’il s’animait.

« - Kisikil-Lila dansant sur les branches de l’arbre Huluppu. »

Chloé sursauta, son cœur manquant un battement. Le jeune homme se tenait à moins d’un mètre derrière elle et elle ne l’avait pas entendu venir. Il lui avait fait une peur bleue, ce qui se lisait clairement sur son visage livide. Il esquissa un fin sourire d’excuse.

« - Alexandre. Nous nous sommes déjà rencontrés.
- Vous m’avez fait peur.
- J’en suis désolé.
»

Il avait clairement entendu le reproche dans la voix de la jeune danseuse mais il ne sembla pas s’en formaliser. Elle continua à l’observer en silence, visiblement très contrariée. Et, comme elle ne semblait pas encline à ouvrir la bouche, il poursuivit :

« - Vous ne devriez pas être ici.
- Je me suis perdue.
»

Alexandre pencha la tête sur le côté avec un sourire entendu. Et, d’une voix douce, il lui dit :

« - Venez, je vous ramène sur le droit chemin. »

Il se dirigea vers la sortie mais remarquant que la jeune apprentie Artiste n’avait pas esquissé le moindre mouvement, il insista gentiment :

« - Venez… »

Elle finit alors par obtempérer. Et, alors qu’il refermait la porte derrière eux, Alexandre fixa un instant le tableau et Chloé vit à nouveau une immense tristesse submerger son regard azur. L’instant d’après, le visage du jeune homme était redevenu impassible. Bien que troublée, elle ne dit mot et le suivit en silence. Le trajet dura plusieurs minutes et Chloé se rendit compte qu’elle n’aurait jamais pu retrouver son chemin sans lui. Ils croisèrent plusieurs personnes mais nul ne fit attention à elle. C’était comme si en étant accompagnée d’un Mécène elle était devenue transparente et, loin de s’en offusquer, elle trouva cela plutôt reposant, voire même agréable. Aucun d’eux ne troubla le silence qui s’était installé jusqu’à ce qu’Alexandre s’arrête devant une porte.

« - C’est ici… »

Le Mécène sembla hésiter un instant puis, demanda :

« - Puis-je connaître votre nom ?
- Chloé.
- Vous êtes la Danseuse qui se présentera après-demain ?
»

Elle acquiesça, baissant les yeux, gênée alors qu’il n’y avait aucune raison pour ça. Il la gratifia d’un nouveau sourire avant de tourner les talons. Et, alors qu’il s’éloignait, la petite blonde s’écria, avant même de s’en rendre compte :

« - Alexandre ! Seigneur… Merci. »

Elle s’était corrigée machinalement et le salua de sa plus gracieuse révérence. Les mains dans les poches, il lui répondit :

« - Ce fut un plaisir. »

Puis, il reprit son chemin, sans se retourner. Chloé inspira un grand coup et toqua à la porte devant laquelle le Mécène l’avait conduite. On ouvrit rapidement.

« - Chloé. »

La personne qu’elle était venue voir se tenait là et l’invita à entrer d’un geste du bras. Elle s’exécuta puis, souriante, elle gratifia son hôte d’une nouvelle révérence parfaitement maîtrisée.

« - Adryan. »

Le jeune homme saisit l’une des mains de la Danseuse et vînt y déposer un léger baiser.

« - Vous êtes ravissante.
- Merci.
»

Elle aurait pu lui retourner le compliment. Bien que peu corpulent, il était grand, brun aux yeux noirs pénétrants et des mains… Des mains d’Artiste. De pianiste, pour être toute à fait exacte. Elle se sentit rougir et se fustigea intérieurement, se demandant ce qu’elle pouvait bien avoir ces derniers temps à tomber ainsi sous le charme de tous les hommes qu’elle croisait. Le Musicien ne sembla pas remarquer son trouble, ou ne laissa rien paraître par égard, et la conduisit jusqu’à un petit salon où deux fauteuils d’apparence très confortables (et elle constata rapidement qu’ils l’étaient réellement) se dressaient l’un en face de l’autre, une table basse supportant théière et tasses dressée entre les deux.

« - J’ai bien cru que vous n’arriveriez jamais…
- Je m’étais perdue dans les Galeries.
»

Il acquiesça, compréhensif et chacun s’installa dans un fauteuil. Adryan fit lui-même le service et lui tendit une tasse fumante avant de s’adosser à son siège.

« - Je serai donc le seul ? »

Ce fut à son tour d’acquiescer. Les apprentis Artistes qui se présentaient aux Mécènes pouvaient demander à être accompagnés par des Artistes Parrainés. Non pour ne point se trouver seul mais parce que leur Art s’en trouvait sublimé. Ainsi, généralement, un Danseur se faisait accompagner de Musiciens. Chloé, elle, avait choisi de n’être accompagnée que d’un pianiste. Et, pas n’importe lequel. Adryan lui sourit. Il semblait partagé entre le ravissement et l’amusement.

« - C’est un honneur.
- C’est vous qui m’honorez en acceptant.
» Répondit-elle dans un murmure en baissant la tête.

Cette façon qu’il avait de la regarder comme s’il pouvait lire en elle l’impressionnait et elle se trouvait sotte de se comporter ainsi, comme une adolescente en émoi. Lui, souriait toujours. Il se pencha pour saisir un livret posé sur la table, à côté de la théière. Chloé ne l’avait pas remarqué jusqu’ici. Il s’agissait vraisemblablement de la partition de la ballade sur laquelle elle souhaitait danser. Il observa la couverture où le titre et le compositeur étaient mentionnés en capitales dorées avant de reporter son attention sur Chloé.

« - La ballade d’Enora. En trois actes. Un choix… Surprenant. »

Cette fois, ce fut la petite blonde qui afficha un sourire où se partageaient ravissement et amusement. Adryan faisait preuve de tact là où Mérissa, l’Ancienne de la Maison des Danseurs, avait haussé les épaules dans un soupir entre désapprobation et résignation et où Loïs, amusée et critique, avait soutenu que son choix était tout simplement inconvenant et provocateur. Mais Chloé ne le voyait pas ainsi.

------

La lumière inondait la scène alors que le public était plongé dans le noir. Les planches avaient été cirées avec soin pour être ni trop glissantes, ni trop peu. Ce simple constat, sans grande importance, permit à Chloé qui se tenait derrière l’épais rideau rouge, de se calmer un instant en lui permettant de fixer ses pensées sur tout autre chose que ce qui l’attendait. Elle ne savait pas quoi faire. Elle allait danser, bien entendu, elle ne pouvait pas faire demi-tour et les planter là (bien que l’idée lui semblait de plus en plus séduisante) mais elle ne savait toujours pas quel Mécène choisir. Et, si la question ne lui était pas venue jusqu’ici, les mots de Sabya se rappelaient brusquement à elle et ce choix semblait pour l’heure de la plus haute importance. Elle se repassait inlassablement les mots de son amie et un souvenir émergea.

« - Rappelez-vous, les filles, que vous pourrez choisir votre Mécène. Pour ça, fixez la personne choisie comme pour lui dédier votre Art. C’est un message fort que les Mécènes perçoivent et comprennent. Liliane m’a dit que l’Assemblée tenait compte de ce genre de choses lorsqu’elle accordait, ou non, le parrainage à l’un des Mécènes. Pendant votre Présentation, prenez le temps de scruter votre public, vous devrez rapidement y trouver la bonne personne. »

Ces mots qui avaient été prononcés dans le but de rassurer les deux jeunes Danseuses à qui ils étaient adressés, éveillaient soudain chez Chloé une profonde anxiété. Et, si elle ne trouvait pas « la bonne personne » ? Cette idée la bouleversait et, si elle y pensait ne serait-ce qu’une minute de plus, elle allait se mettre à pleurer. Fort heureusement, c’est l’instant que choisit Adryan pour entrer sur scène et s’installait au piano. Il lui adressa un regard assorti d’un sourire d’encouragement qui lui mit du baume au cœur et elle acquiesça une unique fois. La luminosité déclina et les premières notes s’élevèrent dans un silence religieux. Il n’en fallut pas plus pour apaiser définitivement Chloé. Et, c’est avec un fin sourire qu’elle pénétra sur scène.
Pour le premier acte, vif et enjoué, sensé raconter l’enfance bienheureuse de la princesse Enora, unique héritière du royaume de son père, Chloé avait opté pour une robe brodée de fils d’or. Le bas était très moulant et donc très court pour ne pas gêner ses mouvements. Le haut très échancré dans le dos au point de dévoiler la chute de ses reins, formait un col bénitier faussement sage sur le devant, laissant tout juste deviner les courbes de sa poitrine. Elle n’avait d’autres accessoires que sa longue chevelure blonde et ses yeux verts étincelants. Et, alors qu’elle virevoltait sur les planches, elle parcourait d’un regard inquisiteur les rangs de sièges écarlates s’élevant en gradin devant la scène.
Les Mécènes présents étaient nombreux. Bien plus nombreux que pour la plus part des présentations, se douta Chloé. Mais, au vu de l’attention qu’ils lui accordaient, beaucoup étaient venus par curiosité, parce qu’elle était la plus jeune Danseuse à se présenter à eux. Ceux-là l’observaient avec intérêt mais elle ressentait une certaine distance. Ils étaient intéressés par le spectacle mais elle n’éveillait rien de plus chez eux. La foule des curieux était telle que la jeune danseuse n’eut pas assez du premier acte pour choisir la personne qu’elle désirait comme Mécène. Mais elle n’eut pas le temps de s’en formaliser, quelques minutes pour changer de costume et le second acte débutait.
Cet acte central racontait la vie d’Enora, jeune femme sublime promise à un homme pieux qui dut fuir devant sa beauté lors de la nuit de noce pour ne pas renier ses vœux. Obligée de vivre comme frère et sœur avec son époux, l’ayant retrouvé sur une terre qui n’était pas la sienne, la belle princesse finit immanquable par attirer l’attention d’autres hommes. Mais parce qu’elle était vertueuse jamais elle ne succomba à leurs avances. La danse de Chloé se faisait alors plus saccadée, plus torturée. Dans sa robe d’argent à bustier volantée jusqu’aux genoux, la jeune danseuse mimait la tristesse d’une épouse rejetée, le désarroi d’une jeune femme courtisée de toutes parts mais aussi la force de sa volonté sans faille.
Ces coups d’œil répétés au public lui permirent de constater la présence des deux seuls Mécènes qu’elle connaissait : Aaron et Alexandre. Et si le premier la regardait avec un intérêt bien plus grand que celui de tous les curieux réunis, le second semblait ne faire aucun cas de sa représentation. C’était même à se demander ce qu’il faisait là. Aaron la fixait avec tant d’insistance, tant de désir et… d’appétit qu’elle en aurait frémi si son corps n’était tout entier accaparé par la danse. Et, le grand blond l’attirait bien plus qu’elle ne l’aurait voulu. Mais, à choisir, ce serait Alexandre. Pour diverses raisons bien plus rationnelles que cette attraction hors norme qu’Aaron exerçait sur elle. Seulement, elle avait beau fixer le Mécène chauve, celui-ci ne lui accordait aucune attention. Alors, tout au long du second acte, elle alla de l’un à l’autre, lançant des regards de défi au Mécène blond puis, braquant ses émeraudes sur Alexandre dans l’espoir qu’il finisse par tourner la tête dans sa direction.
Puis, le troisième acte prit place et Chloé troqua sa robe argentée contre une longue robe blanche traînant jusqu’au sol et ornée de plumes du même blanc immaculé, échancrée dans le dos comme la toute première mais également sur le devant jusqu’au nombril. Cette dernière partie de la ballade racontait comment la beauté d’Enora poussa l’un de ses soupirants à tuer son époux dans l’espoir d’obtenir sa main en secondes noces. Terrassée par le chagrin d’être la cause de tant de peines et forte de son désir de n’appartenir à personne, la ravissante princesse se donna la mort. Et Chloé, elle, désespérait d’attirer l’attention d’Alexandre. Elle en aurait hurlé pour qu’il tourne son regard vers elle et elle l’observait avec tant de force qu’elle sentait les larmes poindre aux coins de ses yeux. Alors que de son côté, Aaron lui renvoyait la promesse de relever tous les défis.
La Danseuse esquissa le pas final. Une arabesque, un tour et la jeune fille se laissa tomber au sol, en grand écart, s’allongeant de tout son long sur sa jambe avant. Enora était morte, la Danseuse avait révélé tout son talent aux spectateurs ébahis. Elle avait échoué. Celui qu’elle croyait avoir choisi ne l’avait même pas regardée. Elle releva alors la tête et jeta un regard en direction d’Aaron. Lui, ne l’avait pas quittée des yeux. Et, ses lèvres s’étirèrent en un sourire carnassier. Chloé baissa la tête. Un mauvais pressentiment lui parcourut l’échine. Et les lumières s’éteignirent.




******
Annexes :
Kisikil-Lila et l'arbre Huluppu
La première origine est sumérienne : ki-sikil lil-là signifie « la jeune femme aérienne » (soit ki-sikil « la jeune femme » et lil-là « aérien ») parce qu'elle vivait dans un arbre.
La première mention du personnage remonte au mythe Nanne et l'arbre huluppu, relaté dans la tablette XII du mythe Gilgamesh, Enkidur et le Kur. Cette tablette, qui date de 2000 av. J.-C., a été retrouvée à Ur, cité mésopotamienne actuellement en Irak, dont serait originaire Abraham selon la tradition de la Torah, de l'Ancien Testament et du Coran. Son texte fut publié en 1930 par C.J. Gadd, du British Museum. C'est le premier texte retrouvé faisant état d'une ki-sikil (« jeune femme ») lil-là (« aérienne »), qui vivait dans un arbre (l'huluppu, assimilé au saule) sur les bords de l'Euphrate, arbre que la déesse Inanna sauva des eaux en le plantant dans son jardin sacré à Uruk.
Source : Wikipedia
Enora
Enora (VIIe siècle), ou Henora, ou Honora, ou Enor, princesse galloise, se fiança à Saint Efflamm qui a fait voeu de chasteté et lui proposa de vivre comme frère et sœur pour se consacrer à Dieu. Cependant, le soir de leurs noces, Efflamm ressent un tel trouble devant la beauté d'Enora qu'il doit s'enfuir pour ne pas succomber et s'installe près de Plestin-les-Grèves (dans le Trégor). Peu après, Enora rejoint Efflamm qui lui fait bâtir un oratoire de l'autre côté de la colline.
Source : Wikipedia
******


Revenir en haut Aller en bas
pretender
Pigiste
avatar

Messages : 921
Date d'inscription : 29/05/2010
Age : 32
Localisation : Buenos Aires

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Lun 7 Nov 2011 - 14:59

non non non non non non non
tu reviens ici tout de suite et tu postes la suite, c'est un ordre. C'est trop cruel d'arrêter là (et ouais, c'est la reine des fins de chapitre sadiques qui dit ça, c'est pour dire !). J'veux savoir ce que ça va donner ce mauvais pressentiment (surtout que moi aussi j'en ai un)

A part ça, le style est toujours un bonheur, en fait cette fic, pour moi, c'est comme un jeu vidéo terriblement bien scénarisé, comme si chloé était l'héroïne de ce jeu et moi la joueuse qui tient la manette, je vis (et vois) tellement tout ce qu'elle traverse que c'est l'impression que ça me donne, je suis avec elle dans les décors, elle dit ce que je dirais à sa place, elle admire un tableau que j'aurais admiré aussi... Je suis pas sûre de m'exprimer très clairement, mais pour que ça soit bien compris, je précise : c'est un super compliment que je suis en train de te faire Very Happy

en bref, je répète : reviens et pooooooooooooste Wink
Revenir en haut Aller en bas
Alexiel
Chroniqueur
avatar

Messages : 2325
Date d'inscription : 24/05/2010
Age : 36

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Dim 13 Nov 2011 - 18:14

J'avoue que j'ai été surprise par ta fic, c'est pas du tout ce a quoi je m'attendais.

Mais c'était une très bonne surprise. J'aime beaucoup l'univers que tu mets en place et j'attends la suite avec impatience.

_________________

« Le système nous veut triste et il nous faut arriver à être joyeux pour lui résister »Gilles Deleuze
Revenir en haut Aller en bas
http://www.scarletandfree.fr
chlexforever
Stagiaire
avatar

Messages : 18
Date d'inscription : 21/06/2010
Age : 28
Localisation : Meaux

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Jeu 17 Nov 2011 - 13:50

J'ai adoré le début de cette fic. C'est vrai que pendant les premières lignes j'ai eu du mal... C'est pas le genre d'histoire que j'aime particulièrement mais au bout du 1er paragraphe j'avais vraiment envie de connaître la suite. L'arrivée de Lex n'a fait qu'accentué cette envie lol....

Par contre, il faut absolument que tu viennes poster la suite très très vite!!! Tu peux pas arrêter comme ça.
Je me demande vraiment comment tu vas créer la relation "Chlex"... ça semble mal parti avec un Lex qui ne la regarde même pas...
Revenir en haut Aller en bas
Luthor
Assistant de Chloé
avatar

Messages : 342
Date d'inscription : 25/05/2010
Age : 26

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Mar 13 Déc 2011 - 17:30

Ohhhh non tu ne peux pas arrêter là!!!!! :O Je veux une suitee!

Lex qui ne la regarde pas du tout Pfff!
Revenir en haut Aller en bas
Chlo
Reporter
avatar

Messages : 3495
Date d'inscription : 26/05/2010
Age : 29
Localisation : Dans la cuisine!

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Mer 28 Déc 2011 - 19:51

Euhhhh affraid pale

*se cache et se roule en boule*

désoléeeeee du retard!

Tu vas halluciner mais j'avais même pas vu que tu avais posté la suite!!! THE HONTE INTEGRALE! pale

Enfin bref!

J'adore! La relation Lois et Chloé est très intéressante et j'étais assez captivée par les descriptions des lieux. Surtout lorsqu'elle se perd. Mais le mieux, à mon goût, c'est la description de la danse. Très très très fort! Bird C'est juste très beau et stressant. On entend presque la musique qui est derrière et qui accélère lentement mais surement. Vraiment très chouette.

Et... Alexandre... suis pas contente Laughing Nier Chloé?! Rohhhh THE vilain! Et Aaron... J'ai pas confiance? Normal? Laughing

Juste pour info, Pret, Laenan a sur toi un effet d'hypotypose. Tu vois et vis ce qu'elle écrit comme si tu y étais. merci mes cours de commu pour ce joli mot Very Happy

_________________
Revenir en haut Aller en bas
winnie
Pigiste
avatar

Messages : 687
Date d'inscription : 25/05/2010
Age : 33
Localisation : Clermont-Ferrand et Paris

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Dim 22 Avr 2012 - 1:03

J'émerge avec un beau retard, j'en reviens pas de ne pas l'avoir lue plus tôt... Pourtant ta fic réunit pas mal d'éléments très intéressant! Tout le monde que tu inventes et qui est très crédible pourla ville de Venise, et je me suis demandée plusieurs fois à quelle époque ça se passait (jvoyais bien le renaissance au début...) bon bref, la fan enmoi a tilté sur des détails qui m'ont rappelé deux choses: le début où Chloé escalade un mur pour regarder Venise depuis les toits, Assassin's Creed bien sûr! Et tout le système de mécène et de pseudo caste m'a faut penser au film La Courtisane qui se passe aussi à Venise... Et puis en plus tu nous mets des références à la mythologie sumérienne... Ça ne pouvait que me convaincre!! Je vais vraiment attendre la suite, j'ai hâte de voir comment va tourner la Présentation! Bravo Laenan je suis entièrement convaincue et trépigne déjà!! J'le sens moyen Aaron, j'espère que Lex va vite rattraper ça! Suite suite suite!! Very Happy

_________________
Nouveau site! --> http://www.pantadora.fr/
Revenir en haut Aller en bas
http://www.freewebs.com/winniefanfics/
Invité
Invité
avatar


MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Dim 29 Avr 2012 - 1:09

Une fic au début envoûtant. J'adore l'univers que tu as crée et je brûle d'impatience pour la suite!
Revenir en haut Aller en bas
Chlo
Reporter
avatar

Messages : 3495
Date d'inscription : 26/05/2010
Age : 29
Localisation : Dans la cuisine!

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Dim 12 Aoû 2012 - 20:49

Alors cette suite?

*sourire niais*

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Laenan
Chroniqueur
avatar

Messages : 1022
Date d'inscription : 24/05/2010
Age : 30
Localisation : France : Montpellier - Belgique : Liège

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Mar 8 Jan 2013 - 23:11


Note de l'auteur : Surpriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiise ! ^^

Bon bon bon, je crois que des excuses pour le retard s'imposent Embarassed (Même si je devrais très certainement les renouveler à chaque chapitre, on fera comme si ! lol)

En tout cas, merci pour vos feeds, ils me motivent vraiment à continuer ! Smile

Bonne lecture ! ♥️


========================================================================


Chapitre 3 : Noir – Mécène


En cette fin de journée, les lourds nuages noirs s’effilochaient, laissant la place aux rayons mordorés d’un soleil couchant automnal. L’eau des pluies intensives des deux derniers jours s’écoulaient goutte à goutte des toits miroitant de Venise. Deux colombes roucoulaient posées sur la cheminée qui se dressait sur le toit du bâtiment situé de l’autre côté du canal. Alexandre, installé dans un large fauteuil recouvert de velours bleu nuit, observait les toits de la cité où la vie semblait profiter de cette douce accalmie. Les pluies reprendraient très certainement dès le lendemain matin. Mais ce soir, le ciel serait clair, les étoiles brillantes dissimulées par l’intense lumière de la pleine lune. Et l’une d’elles tâcherait de briller plus que les autres. Le ciel semblait vouloir saluer la Danseuse qui se présenterait à la nuit tombée.
Le jeune Mécène se remémorait leur rencontre, deux jours auparavant. La Danseuse, Chloé, s’était égarée dans les Galeries, comme beaucoup d’autres avant elle, au sein de l’exposition de peintures. Les yeux mi-clos, il pouvait encore voir ses cheveux longs d’un blond cendré qui ondoyaient au creux de ses reins lorsqu’elle faisait un pas et ses iris du vert intense des pierres précieuses qui semblaient pouvoir voir jusqu’à votre âme-même. Il l’avait suivie en toute discrétion jusqu’à ce qu’elle voit le tableau. Ce souvenir raviva la douleur d’Alexandre. Il venait de perdre sa mère, Liliane. Celle-là même qui avait servi de modèle à la représentation de leur Mère à tous parce qu’il semblait qu’à travers les âges elle avait hérité de sa flamboyante chevelure. Le peintre n’aurait de toute façon choisi nulle autre modèle, il était l’un de ses Artistes Parrainés, elle était sa muse. Et, Alexandre était leur fils.
La tristesse était comme un poignard planté en plein cœur, le jeune homme porta la main à son visage, pressant ses paupières à présent clauses pour la faire taire. Mais rien ne pourrait le consoler à part une chose, il en était convaincu, trouver le responsable de la mort de Liliane. L’Assemblée prétendait qu’il s’agissait de Sabya, c’est ce que les Messagères voulaient, mais il ne les croyait pas.
Les Messagères étaient des Mécènes, uniquement des femmes, chargées des relations diplomatiques avec l’extérieur afin d’assurer la pérennité de leur société. Régulièrement, elles étaient envoyées en mission loin de Venise et restaient éloignées pendant plusieurs mois, lorsque ce n’était pas plusieurs années. C’est pourquoi on les appelait les « Messagères ». Mais elles pouvaient tout aussi bien se mêler des affaires internes, l’Assemblée s’en remettait souvent à elles et leurs agissements étaient toujours tenus secrets. Tous les Mécènes connaissaient leur existence et leur identité, mais personne n’en parlait, telle était la règle.
Qu’elles se permettent de travestir la vérité concernant le décès de Liliane le mettait dans une colère noire. Ce sentiment l’envahit soudain et il rouvrit les yeux, reportant son attention sur le paysage extérieur, tâchant de se calmer. Il le savait, il n’obtiendrait rien en se laissant ainsi guider par sa fureur. Cette dernière était leur pire ennemi.
Il entendit la porte de ses appartements s’ouvrir et les pas légers de Lilybeth qui s’avançait sur le tapis jusqu’à lui. Il ne réagit pas. La jeune femme s’installa sur l’appui de fenêtre, posant ses pieds nus sur l’accoudoir du fauteuil d’Alexandre. Il leva alors les yeux vers elle. Ebloui par le contrejour, il ne pouvait que deviner sa silhouette se découpant sur le ciel, le soleil jouant de ses rayons dans la chevelure dorée de la Mécène. Elle se pencha légèrement sur le côté pour le couvrir de son ombre, lui permettant de plonger ses iris océan dans ses yeux d’un vert clair mêlé d’or. Les mêmes cheveux blonds et les mêmes yeux que son frère. Il ne prêta aucune attention à sa robe légère du même vert dévoilant les fines courbes de sa poitrine. Elle souriait, visiblement de bonne humeur.

« - Lex, tu as demandé à me voir.
- Il faut que tu me dises la vérité.
- Quelle vérité ?
- Tu sais très bien de quoi je veux parler…
»

La jeune femme écarquilla les yeux faisant mine de ne pas saisir où Alexandre voulait en venir. Il prit sur lui pour ne pas montrer son agacement et précisa :

« - Le décès de ma mère.
- Eh bien… Je crois que tu sais tout.
- Ne me prends pas pour un imbécile !
- Lex, je t’en prie…
- Je sais que vous voulez cacher la vérité.
- Vous ?...
- Les Messagères.
»

Lilybeth esquissa un sourire avant de se pencher en avant, ses longues boucles blondes aux reflets cuivrés venant encadrer son doux visage alors qu’elle le rapprochait de celui du jeune homme.

« - Oui. Tu as raison. Mais, comme tu dois t’en douter, si je parle, je le paierai très cher.
- Beth…
»

Elle posa un index sur ses lèvres pour l’empêcher de continuer. Le remord voila ses traits un bref instant et elle murmura :

« - Ne me complique pas la tâche. Nous sommes amis. »

Alexandre la fixait intensément, sans ciller, à tel point qu’il lui devînt insupportable de soutenir son regard et elle détourna les yeux, attendant son verdict. Il finit par acquiescer lentement, une unique fois.

« - Très bien. Je n’insisterai pas. Pas cette fois. »

Malgré qu’il ne lui offre qu’un sursis, Beth retrouva son sourire enjoué et descendit prestement de l’appui de fenêtre sur lequel elle s’était perchée. Ses pieds nus s’enfoncèrent dans l’épais tapis et elle vînt s’installer sur les genoux d’Alexandre avant de déposer un baiser sonore sur sa joue.

« - Je meurs de soif ! »

Il soupira en indiquant de l’index le bureau derrière lui sur lequel se trouvait une carafe en argent. D’un bond, Lilybeth se releva. Elle fit le tour du bureau, parcourant du bout des doigts les motifs ésotériques des incrustations de bois plus clair, saisit la carafe et versa une partie du contenu écarlate dans un verre en cristal. Elle lui apporta le verre qu’il refusa alors elle le porta à ses lèvres et en but une gorgée, fermant les yeux pour apprécier toute la saveur du nectar.

« - Je le préfère chaud. »

Il haussa les épaules.

« - C’est tout ce que j’ai à te proposer. »

Elle vida son verre d’une traite et laissa échapper un soupir d’aise. Lex n’ayant pas bougé, la jeune femme vînt s’assoir sur l’accoudoir où elle s’était appuyée un peu plus tôt. Souriante, elle l’interrogea :

« - Viendras-tu à la Présentation ce soir ?
- Bien sûr. Pourquoi ?
- Aaron n’arrête pas d’en parler. Je pense qu’il va vouloir la parrainer.
»

Lex hocha distraitement la tête. La jeune femme poursuivit :

« - Ca ne t'intéresse toujours pas ? »

Il sourit, amusé. Elle lui rendit son sourire, complice.

« - Pas plus que toi.
- C'est bien ce que j'imaginais...
»

Ils se turent, plongeant la pièce dans le silence l’espace de quelques secondes. Puis, Lilybeth se leva, salua Alexandre et se dirigea vers la porte.

« - A ce soir.
- A ce soir.
»

Elle disparut dans le couloir en lui adressant un clin d'oeil, il la trouva radieuse. Cette visite lui avait finalement fait du bien. Il savait pourtant que ça ne durerait pas.

------

Au haut de l’escalier principal des Galeries, à l’abri dans l’ombre d’un des immenses piliers qui soutenait la voûte toute plaquée d’or du grand hall, Alexandre regardait la foule des Mécènes se pressant, dans une joyeuse cacophonie, à l’entrée du Grand Opéra. D’ici une petite heure, la Présentation débuterait et les spectateurs attentifs aussi bien que les curieux devraient être installés. Il était extrêmement rare qu’autant de Mécènes décident d’assister à une Présentation, les Galeries s’en trouveraient pratiquement désertes, il avait donc décidé de saisir l’occasion qui se présentait à lui. Il avait du mal à s’expliquer cette décision mais un souvenir fugace lui était revenu en mémoire et il ne pouvait pas attendre pour vérifier son exactitude, pas plus qu’il ne pouvait se permettre d’être surpris. Son enquête ne serait pas bien accueillie par l’Assemblée, encore moins par les Messagères, Beth le lui avait fait comprendre à maintes reprises.
La foule avait pris possession du Grand Opéra et le hall était à présent vide, Lex s’en détourna et prit la direction de l’exposition de peintures. C’est là qu’il trouverait une réponse à ses questions, il en était persuadé. Et c’est aussi pour cela que le souvenir de sa rencontre avec la Danseuse le hantait depuis deux jours. Il avait eu un début de réponse sous le nez et il avait été trop aveugle pour s’en apercevoir immédiatement. Le Mécène parcourait les couloirs de l’exposition d’un pas pressé, sachant parfaitement quel chemin il devait suivre, et sans accorder le moindre regard aux œuvres y étant exposées. Sa course n’en dura pas moins plusieurs minutes avant qu’il n’arrive devant la petite pièce de dimensions carrées où le tableau représentant Kisikil-Lila était exposé. La porte était fermée mais jamais verrouillée, Alexandre l’ouvrit et pénétra dans la pièce le cœur battant.
Une quinzaine d’années auparavant, lorsque le tableau avait été achevé et accroché en ce lieu, Liliane était venue l’admirer en compagnie de son fils. Elle lui avait alors dit que, quoiqu’il advienne, elle serait toujours là pour lui, comme leur Mère, et que ce tableau en était le témoin. Il se souvenait alors que ces mots, à l’époque, l’avaient profondément marqué. Les mots, ou l’attitude de Liliane, il ne savait plus bien. Mais la scène qui s’était jouée là avait un sens. A présent, le jeune homme contemplait le tableau avec une pointe d’anxiété. Et si sa mère n’avait eu l’intention que de le rassurer avec quelques paroles comme toutes les mères adressent à leur enfant ? Peut-être que, dans sa quête éperdue de vérité, il se raccrochait à des illusions ?
Lex scruta le tableau et ses environs. La pièce était absolument vide et rien, ni tenture, ni tapis ne pouvait permettre de dissimuler quoique ce soit ici. Le sol de marbre poli, renvoyant le reflet des lumières suspendues aux quatre coins de la salle, témoignait du caractère épuré de la décoration. Mais lorsque ses yeux revinrent sur le tableau un détail attira soudain son attention. Il fronça légèrement les sourcils, l’œuvre picturale n’était plus parfaitement dans la position qui devait être la sienne, on l’avait déplacée. Lex s’approcha alors du tableau et avec d’infinies précautions, il saisit le cadre en bois et décrocha l’œuvre de son support. Immédiatement, il repéra, glissée dans le cadre derrière la toile, une mince feuille de papier pliée en quatre. Un message. Chancelant, il s’en saisit, replaça minutieusement le tableau, et déplia le mot. Quelques phrases écrites à l’encre noire s’étalaient au centre de la page :

« Lex, mon chéri,
Si tu lis ces mots, c’est que je ne suis plus et que tu cherches à comprendre. Nous avons été trahis. Notre secret a été ébruité. De grands dangers pèsent sur nous. Je veux que tu te tiennes prêt et que tu sois prudent. Ne cherche pas à en savoir plus, je t’en prie. Ta vie m’est si précieuse.
Je t’aime,
Maman.
»

Alexandre se laissa glisser le long du mur et s’assit au sol, repliant ses genoux contre son torse. Il relut encore et encore la lettre de sa mère jusqu’à pouvoir la réciter par cœur. Puis, il la replia soigneusement et la rangea dans une poche de son pantalon. Une larme silencieuse traça son chemin le long de sa joue. Sa mère ne l’avait effectivement pas abandonné mais elle n’avait pas non plus répondu à ses questions. Et à présent qu’elle l’invitait à ne plus enquêter, il était partagé entre le désir de respecter sa volonté et celui de découvrir la vérité quant à sa disparition. Ce message le plonger dans le plus grand désarroi.
L’amour qu’il portait à Liliane était immense et le respect qu’il avait pour elle tout aussi grand. Les Mécènes recevaient une éducation très stricte. Ca n’était pas qu’une question de savoir-vivre, bien qu’étant donné leur statut social il leur fallait apprendre vite les bonnes manières, c’était aussi et surtout une question de survie. Remettre en cause la décision de ses aînés était inadmissible. Discuter la volonté parentale l’était tout autant. Alors lorsqu’il s’agissait du vœu d’une mère, Messagère de son état, la question ne devait même pas se poser. Lex n’avait qu’une chose à faire, suivre les consignes qu’elle lui avait laissées. Alors, il se releva, prit quelques minutes pour reprendre contenance et se dirigea vers le Grand Opéra.

------

Le premier acte venait de s’achever lorsque le jeune homme pénétra dans la salle. Il s’en voulait de ne pas avoir vu le temps passé lorsqu’il était dans la salle du tableau. Pourtant, personne ne sembla remarquer son entrée, aussi discrète que possible, et il se félicita de ne pas attirer l’attention. En parcourant machinalement les rangées de spectateurs, il croisa le regard interrogateur, et passablement inquiété, de Beth, assise non loin de son frère. Il s'en détourna aussitôt. Ne souhaitant pas devoir faire face à ses questions, il ne chercha pas à les rejoindre et s’assit à la première place libre qu’il trouva. A peine fut-il installé que la Présentation reprit.
Durant les premières minutes, Alexandre mobilisa toute sa bonne volonté pour tâcher d’être attentif malgré les sombres pensées qui torturaient son esprit. Avoir décidé de stopper ses recherches n’effaçait rien, ni ce qui s’était passé ni la peine qu’il éprouvait, ça ne rendait pas le décès de sa mère plus acceptable non plus. Au contraire, sa récente découverte lui laissait un goût amer. Le goût de l’Injustice où Liliane se posait en bourreau. L’ambiance du spectacle n’aidant pas, Lex perdit rapidement le fil, se tournant en lui-même, seul face à ses démons, la musique entêtante l’invitant à se laisser aller dans leurs bras. Le second entracte n’y changea rien. Le jeune Mécène s’était muré dans son chagrin, cherchant une solution qui se dérobait sans cesse à lui.
Ce fut lorsque le final approchait que des murmures parcourant les rangs de sièges du Grand Opéra le rappelèrent à la réalité. Il cligna des paupières, comme sortant d’un rêve, et les mouvements sur la scène attirèrent son attention. Il avait raté toute la Présentation et il s’en voulut aussitôt car lorsque son regard se posa sur la Danseuse, il ne put plus la quitter des yeux. La Confrérie avait dit vrai, elle était la meilleure Artiste de sa génération. Sa danse était juste, parfaitement maîtrisée. Alexandre n’avait jamais vu autant de grâce et de beauté dans cette pratique de l’Art, pourtant il était un fervent amateur de danse. Pour lui, le spectacle ne dura que quelques secondes, à peine une minute. De sublimes secondes. Chloé fit une arabesque, un tour puis, se laissa glisser au sol en grand écart, son buste recouvrant sa jambe avant avec élégance. La signification de ce dernier mouvement ne pouvait lui échapper. L’émotion le submergea, c’en était trop. Et alors qu’il se levait pour quitter la salle, il vit, comme tous les spectateurs, le dernier regard que Chloé adressa à Aaron. Elle avait fait son choix.
Alexandre fut le premier Mécène à quitter les lieux, avant même que les lumières ne s'éteignent.


Revenir en haut Aller en bas
Admin-Chlo
Admin
avatar

Messages : 251
Date d'inscription : 29/09/2012
Age : 29

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Mer 9 Jan 2013 - 23:06

OH.

Ooooohhhhhhhh

Je suis très contente de cette suite mais du coup... hum...


NON MAIS T ES UNE SADIQUE!

Et pas une maman morte qui interdit à son fils de chercher. Comment le pousser encore plus dans ses recherches?! (quoiqu'en dise la loi/les valeurs ancestrales et tout) Il va le faire! Mais quelle andouille cette liliane!

Et ne pas admirer une danseuse c'est pas sympa ^^

Hum... Demander une suite, c'est possible? Smile

_________________
Revenir en haut Aller en bas
winnie
Pigiste
avatar

Messages : 687
Date d'inscription : 25/05/2010
Age : 33
Localisation : Clermont-Ferrand et Paris

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Ven 22 Fév 2013 - 22:10

SADIIIIIIIIIIIQUE!!!

Ahem, bon, ce fut court, très court, parce que bon, tu nous plonges dans ton récit et pis bam! tu coupes... ceci dit, je suis tjs aussi fan de ton univers et de ton Venise, pis ya une intrigue qui s'installe avec la mère de Lex, ça va être intéressant! Bon après, mettre chloé chez Aaron, ça va en faire des embûches pour lex-qui-devrait-shaker-ton-popotin-un-peu-plus-vite! ah et le personnage de lilibeth me plait, je sais pas trop ce qui va se passer avec elle, mais ça me plait!

suite suiiiiiiiiiiiite!! cheers

_________________
Nouveau site! --> http://www.pantadora.fr/
Revenir en haut Aller en bas
http://www.freewebs.com/winniefanfics/
kfn
Pigiste
avatar

Messages : 732
Date d'inscription : 26/05/2010

MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   Ven 22 Fév 2013 - 22:28

aw !

j'ai eu du mal à accrocher au début mais maintenant que tu as posé les personna ges c'est plus simple !

J'espère que la suite viendra vite parce que quelle coupure !
Je ne pensais pas que ce se passerait comme ça DU TOUT !!! L intrigue autour de Liliane me plait bien aussi, j'aime bien voir un Lex à moitié entre salopard et enquêteur tourmenté par sa mère !!!

Par contre, et je crois que Winnie a fait la même remarque précédemment, j'aurais bien aimé quelques précisions temporelles, parce que je ne sais pas si c'est une société existant actuellement (genre franc maçons) ou si c'est dans le Venise antique .... et ça m'empêche un peu de visualiser tout ça Wink

SUIIIITE
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Venise Secrète [Chlex] [M]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Venise Secrète [Chlex] [M]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Shivers : le forum du chlex :: Fanfics :: Fanfics en cours-
Sauter vers: