Shivers : le forum du chlex

D'abord unique forum français entièrement dédié au couple Chloé/Lex de Smallville, Shivers se tourne aujourd'hui vers l'écrit sous toutes ses formes !
 
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 Coupable d'aimer

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Sixpence
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MessageSujet: Coupable d'aimer   Sam 21 Aoû 2010 - 15:09

Disclamer : rien n’est à moi
Ship : Chlex, si je puis dire
Note : trois ans après la fin de la saison 2 revue à ma sauce lol


Je m’appelle Chloé Sullivan, j’ai 20 ans et toute ma vie aujourd’hui est à reconstruire.
Jamais je n’oublierai ce fameux jour, le 13 juin 2003 où mon existence a prit une tournant auquel je ne me serais pas attendue.
Jamais je n’aurais pu imaginer que sous cette image que nous, pauvres êtres vulnérables et sujets à de très fortes émotions, se cache en vérité un animal sauvage dénué de toute conscience et de réflexion.
S’il nous arrive de perdre le contrôle de nous-même et de nos sentiments, il arrive malheureusement que ce soit en effet cette face cachée qui sorte de l’ombre.
C’est un avertissement que je vous donne, je parle en connaissance de cause, prenez garde ! Qui sait ce qui vous attend au tournant ? Nous ignorons tous de quoi est fait demain.
J’ai en effet été cet animal sauvage et j’ai malheureusement atteint la proie que je traquais.
Je dis malheureusement parce qu’aujourd’hui j’espère être une toute autre personne à qui la vie offre une seconde chance.
Après trois ans passés dans l’étroitesse d’une cage, je retrouve la liberté et je vois de nouveau le soleil briller dans le ciel.

_Chloé ma chérie tu es prête ? Nous partons dans quinze minutes.
Après une telle coupure, une telle mise à l’écart, je m’étais imaginée que bien des choses auraient changées, que les anciennes habitudes seraient mortes mais je n’avais pas encore conscience à quel point certaines choses restaient immuables.
Je n’étais sortie que depuis une semaine et pourtant je sentais déjà quelques aspects de ma personnalité se manifestés de temps à autres.
_Papa on en a parlé une bonne centaine de fois, je ne veux pas, je ne peux pas t’accompagner à cette réception, c’est trop tôt !
Je voyais mon père, arborant son éternel air désespéré posé sur moi lorsque je le décevais ou l’impatientais, tentant par tous les moyens de nouer son nœud papillon autour de son cou alors que je ne bronchais pas, mon bras appuyé dans l’entrebâillement de la porte de sa chambre.
_Chloé. Dit-il en se tournant davantage vers moi, me fixant intensément. Cette soirée c’est l’occasion pour toi de renouer pour de bon avec le monde extérieur, d’avoir de nouveau des contacts avec des personnes autres que moi ou l’épicier.
_Mais c’est un début ! Je t’en pris laisse moi aller à mon rythme, tu m’avais promis de ne me forcer à rien, je ne suis pas prête, ça fait trop de monde d’un seul coup.
_Tu ne connais personne là bas, c’est au contraire le moment idéal et ton psychiatre approuverait mon idée.
_C’est au-dessus de mes forces, je ne m’en sens pas capable, et je ne peux pas t’assurer que ce sera davantage le cas dans une ou deux semaines mais bientôt, je te le promet je t’accompagnerais où tu voudras.
_Oui, excuse moi ma chérie.
Ce qu’il avait pu me manquer ! Sa chaleur, son amour, son réconfort ainsi que ces quelques mots qu’il me glissa à l’oreille.
_Je t’aime tellement, je voudrais tant que tu retrouves une vie normale.
_Et tu y contribues bien plus que tu ne l’imagines. Lui dis-je en le serrant plus fort contre moi.
_Si tu as faim le frigidaire est plein et ne t’en fais pas, je n’ai pas l’intention de m’éterniser.
Il m’embrasse sur le front et quelques instants plus tard, j’entends la porte de l’appartement se fermer, je me retrouve donc seule.
Quelle ironie, une des choses à laquelle j’aspirais le plus ces trois dernières années était de retrouver un jour la compagnie des gens qui m’étaient proches alors que maintenant je n’attends plus que les instants de solitude que je vais pouvoir passer.
Bien sûr, on se sent touché par cette présence si réconfortante qu’un parent ou un ami peut apporter et malgré tout, on se sent terriblement seul. Jamais ils ne pourront comprendre toutes les épreuves endurées.
Je me tiens debout, adossée à la fenêtre et je regarde couler les flots d’eaux du ciel, glissant en lignes parfois droites, parfois courbes le long de la vitre embuée par mon souffle.
Cette scène n’est pas sans me rappeler mes nuits interminables passées dans cette chambre si froide qui fut la mienne pendant trois longues années où, comme ce soir, je regardais tomber la pluie en même temps que coulaient les larmes le long de mes joues, unique instant que je m’autorisais afin d’extérioriser toute souffrance en moi.
Il m’arrive parfois de me demander par quel miracle j’ai survécu à tout ça. Un sourire éclaire mon visage resté si longtemps éteint, après mûre réflexion, une des personnes la plus importante de ma vie y est pour beaucoup, oui, je me suis battue pour cette personne qui était finalement la seule à pouvoir me soutenir et me comprendre.
En sortant, ma première pensée fut d’ailleurs pour elle, promettant de poursuivre cette lutte contre moi-même.

Aujourd’hui, s’il y a une chose dont je suis sûre, c’est qu’il me sera impossible de reprendre le cours de mon ancienne vie, il me faut bâtir quelque chose de neuf autour des ruines de ce qui a été mon existence pendant dix-sept années. En y réfléchissant bien, cette vie fut assez dérisoire comparée à celle qui me tend les bras et que je vais accueillir à bras ouverts.
Mes objectif sont certes assez limités à l’heure actuelle mais suffisants pour réveiller ma détermination restée si longtemps endormie.
L’unique danger susceptible de se dresser devant moi s’est d’avoir prit la décision de tout recommencer à côté de l’endroit même où ma vie s’est retrouvée totalement bouleversée.
C’est un défi que je prends le risque de relever, et pourtant, une fois de plus je pourrais bien me brûler les ailes et cela, seul l’avenir me le dira.

Depuis mon retour, je ne dors pas. Je pensais pourtant que le sommeil serait la première chose que je retrouverais en même temps que la chaleur sécurisante des miens et donc ma tranquillité d’esprit mais je me suis bien fourvoyée sur ce point.
Enfoncée dans mes couvertures, dans la pénombre de ma chambre, j’entends mon père rentrer. Il n’a pas menti, quatre heures se sont seulement écoulées depuis son départ.
Allongée dos à la porte, je l’entends s’approcher et j’imagine son sourire affectueux qu’il pose sur moi, m’imaginant endormie. En réalité il n’en est rien, je ne parviens pas à fermer l’œil, une boule me compresse l’estomac chaque nuit, me forçant à rester éveillée. Je suis terrorisée et je sens parfois quelques perles salées dévaler mes joues déjà meurtries et viennent ensuite les crises de tremblements. Je les subie chaque nuit, les sachant passagères et de courtes durées et garde cela pour moi sans en parler à mon père.
J’ai pourtant toutes les raisons d’être sereine et de me détendre seulement ce n’est pas ainsi que je vois les choses.
Maintenant que je suis revenue, je suis de nouveau dans ce monde qui s’est montré si hostile envers moi. Je suis seule à mener ce combat. Partout et à n’importe quel moment je me sens vulnérable et en danger, ce sentiment s’amplifie au coucher, lorsque je me retrouve seule avec la nuit où chaque bruit, chaque mouvement est une torture.

Quelques heures plus tard, malgré la fatigue qui me ronge et m’affaiblie un peu plus chaque jour, je me lève avec les premières lueurs de l’aube et me rue sur la cafetière qui elle seule peut soulagée mon calvaire, délivrant son précieux nectar dont je me délecte, seul moyen de me faire tenir le coup une nouvelle journée.
J’en viens à me demander comment mon père n’a pas remarqué les énormes cernes qui perdurent sous mes yeux et c’est tant mieux. La dernière chose que je veux est de l’affoler et de le tourmenter plus qu’il ne l’est déjà.
Ce problème c’est à moi de le résoudre, il est né de mes angoisses et de mes souvenirs qui n’ont pas finis de me traumatiser et je sais que jamais je ne pourrais les effacer totalement. Au mieux je peux les ranger dans un coin de ma mémoire et ne pas trop y songer.

Je m’assoie ensuite en tailleur sur le canapé et me met à zapper sur les dizaines, peut-être centaines de chaînes de télévision jusqu’à trouver celle de l’actualité.
Je crois que ce lien avec l’extérieur a aussi contribué à ma préservation et à mon rétablissement. Il ne se passait pas un jour sans que je consacre une heure ou deux à lire le journal là bas.
Alors que je m’apprêtais à changer de canal, j’entends un journaliste parler d’importants travaux de rénovations du vieux Métropolis financés par la très puissante Luthorcorp.
Ce nom, il me restera à tout jamais en travers de la gorge et je me réjouie que mon père soit sortie de l’influence de Luthor et désormais loin de cette entreprise.
Je suis même très fière de tout ce qu’il a réussit à accomplir durant mon absence. Il a suivit quelques formations et passé des concours pour finalement monter sa propre entreprise en informatique.
Nous n’avons pas encore vraiment eu l’occasion d’en discuter mais je me doute qu’il a dû galérer pour en arriver à un tel résultat.
A présent, il a une vie stable sans avoir besoin de se soucier de quelconques problèmes financiers et j’ai découvert avec surprise le grand appartement au cœur la ville qu’il a les moyens de payer et d’entretenir.

Je regarde l’horloge, 10 heure passé. Connaissant mon père il ne se lèvera pas avant une ou deux heures encore alors je nettoie la cuisine et vais prendre une douche réparatrice avant de me préparer, m’habiller et enfin allumer mon ordinateur.
Il est possible que j’y passe la plupart de mon temps aujourd’hui, Métropolis étant relativement calme le dimanche et n’étant de toute manière pas plus décidée qu’hier à mettre le nez hors de cet appartement.

Lorsque j’ouvre ma boîte mail, je crois avoir une hallucination, j’hésite un moment avant d’ouvrir le message de Clark.
Mon père lui a sûrement appris ma sortie mais je ne comprends pas l’utilité de reprendre contact avec moi alors qu’il m’a délaissé ces trois dernières années.
Pourtant, s’il y avait une personne sur laquelle je croyais pouvoir toujours compter, c’était bien lui. Oui, j’avais espéré qu’il me soutiendrait, qu’il viendrait me voir ou qu’il m’écrirait, je ne demandais rien d’autre qu’un signe de sa part pour me faire comprendre qu’il pensait à moi.
J’ai longtemps espéré, peut-être un peu trop d’ailleurs. Il a tout simplement décidé de rompre tout contact et étrangement, je n’arrive pas à lui en vouloir. Ce qu’il a vu il y a trois ans lui a probablement fait peur, je me vois mal le blâmer pour cela.
Malgré moi, les premières lignes m’attendrissent, me font rire même, je le reconnais bien là, des banalités telles que « comment vas-tu ? » ou « j’espère que ce n’est pas trop dur pour toi ». Il a toujours été très maladroit quand il s’agissait de trouver les mots juste pour parler à quelqu’un et ça n’a pas l’air d’avoir changé.
Je suis contente d’apprendre qu’il fait des études de journalisme, je me rappelle encore lui avoir un jour dit que ça lui irait comme un gant.
J’apprends également sa relation avec Lana, qui a l’air d’être sérieuse et me parle vaguement de son adhésion à l’équipe de football de la faculté.
En définitif il mène la vie dont il a toujours rêvé. Il sort enfin avec celle qui est le grand amour de sa vie, il pratique son sport favori et donne toujours un coup de main à la ferme. Même si je me réjouis pour lui, je ne peux m’empêchée d’être envieuse de tout ce qu’il a accompli, si rien de tout cela ne s’était passé, peut-être aurais-je goûté à cette vie parfaite.
Plus bas dans son message, il me demande de lui répondre, il veut me voir.
Voilà qui me bloque sur place. Bien sûr qu’il me manque et que j’ai envie moi aussi de le voir mais mon état ne me le permet pas encore. Je me sais fragile et je ne suis pas certaine de pouvoir tenir le coup à de telles retrouvailles.
Une partie de moi est terrifiée de l’image que je donne et que je vais donner à mon entourage, même après trois longues années et cela est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de Clark Kent.
Après quelques minutes de réflexion, je garde son message en archive en attendant de prendre une décision.
Mes autres courriers concernent les cours par correspondances que je vais suivre pendant quelques temps, jusqu’à ce que je sois prête à me mêler à la foule d’étudiants.
Je n’en ai pas parler à mon père mais mon souhait serait de continuer ces cours jusqu’à ce que j’obtienne mon diplôme et seulement ensuite je me renseignerais sur d’éventuels cours en faculté, mais pas ici.
Rien n’est encore définitif, je ne fais que réfléchir aux différentes options qui s’offrent à moi mais dans mon intérêt, il ne faut pas que je reste à Métropolis toute ma vie, il y a tellement d’autres endroits dans lesquels je pourrais me reconstruire.

Un peu plus tard dans la journée, je me fais violence pour prendre un peu de repos et après une heure, je sens doucement mes yeux se fermer.
Alors qu’il me semble m’être assoupie depuis seulement quelques minutes, j’ouvre brusquement les yeux et m’assoie sur le bord de mon lit, passant mes mains sur mes yeux mi-clos puis dans mes cheveux ondulés retombant dans mon dos. Je n’ai pas eu l’occasion de les couper en trois ans et il me tarde de retrouver mon joli carré.
Totalement sortie des limbes du sommeil, je fronce les sourcils, ne comprenant pas pourquoi cette maudite sonnette continue à retentir dans mes oreilles.
J’enfile donc rapidement mes vêtements que j’avais éparpillés en vrac sur la moquette de ma chambre et me traîne jusqu’à l’entrée et ouvre sans vérifier au préalable qui se trouvait derrière.
Je manque un sursaut lorsque je vois cet homme, arborant toujours cette expression d’impassibilité légendaire, son costume trois pièces et sa crinière brune lui tombant sur les épaules.
_Pardonnez-moi Melle Sullivan, je vous dérange sans doute ?
_Heu, pas vraiment, pourquoi êtes-vous là ? Lui demandais-je complètement ahurie.
_Comment ? Votre père ne vous a pas prévenu de ma visite ?
_Mon père ? Non je…
_Je venais prendre de vos nouvelles.
Mon froncement de sourcils le fait sourire, je ne comprends pas le but réel de sa visite ni pourquoi mon père a omis de me parler de ça.
Je m’écarte du passage et le laisse entrer, refermant la porte derrière lui.
_Je ne vais pas m’imposer chez vous longtemps Chloé, je suppose que, votre retour, ne doit pas être évident à gérer.
_Mr Luthor…
_Comme vous avez changé depuis ce fameux jour.
Je ne réponds rien à cela, je me sens déjà suffisamment gênée en sa présence et je trouve sa réplique déplacée, quoi que s’il fait référence à ma tête de zombie c’est compréhensible.
Je le vois reprendre son air sérieux alors que je tente d’avoir un peu plus de prestance devant lui.
_Je ne comprend pas que Gabe ne vous ait pas parlé de mon rôle dans votre affaire.
_Je ne vous suis pas, que voulez-vous dire ?
_Je ne pense pas être la meilleure personne pour vous raconter toute l’histoire, alors que votre père est tout indiqué.
_Pour ça faites-moi confiance, je veux savoir ce qui se passe.
Je le vois se diriger vers la sortie et ouvrir la porte alors que je n’ai pas bougé. Il se retourne vers moi une dernière fois.
_Je me réjouie de vous voir en si bonne santé Chloé, surtout prenez le temps de vous reposer.
D’un œil méfiant, je le vois quitter l’appartement et referme vite après son passage.
Je suis encore sous le choque de ce que je viens d’apprendre et je passe machinalement une main dans mes cheveux et tente de trouver une explication plus rationnelle que la perspective que mon père me dissimule des choses à moi, sa propre fille.
Je me sens tellement affolée à l’idée qu’il est pu passer un pacte avec cet être vil que j’empoigne le téléphone et tente de le joindre, mais en vain.
N’ayant rien d’autre à faire, je retourne dans ma chambre et me replonge dans mes cours et à cette heure je préfère encore une bonne prise de tête avec des équations sans queue ni tête plutôt que de ruminer en tournant en rond dans le salon.

Alors que je viens à peine de me calmer et que mon cœur reprenait un rythme à peu près normal, j’entend la clé se tourner dans la serrure et en conclue que mon père est revenu.
Que faire ? Lui sauter dessus et l’accuser des pires complots alors que je ne suis sûre de rien ou me contenter de sous-entendre certaines choses en espérant qu’il se confie ?

Je vais simplement dans le salon et le vois déjà derrière les fourneaux, tablier attaché autour du coup et autour de la taille.
Silencieuse, je m’installe sur un tabouret autour du bar et toussote pour faire part de ma présence.
_J’espère que tu ne m’en veux pas trop, j’avais encore deux ou trois bricoles à faire au bureau et je pensais avoir finit assez vite et je n’est pas vu le temps passer.
Bien qu’il soit tourné, je me contente d’acquiescer alors qu’il ne me voit pas, tout en gardant le silence.
_Tu vas bien ?
Cette question suffit à me convaincre de ne pas repousser la conversation à après le repas, et puis ça me démange trop.
_Tu as encore des contacts avec les Luthor ?
_ça fait plus de deux ans que je n’ai pas vu Lex.
_Papa, ce n’est pas de lui que je te parle mais de son père.
_Pourquoi cette question ?
_Ce qu’il a dit est vrai alors !
Cette fois il se retourne et me regarde d’un drôle d’air alors que je me sens déterminée à lui tirer les vers du nez.
_Il est venu ici ?
_Et il s’est montré d’une incroyable hypocrisie.
_De quoi vous avez parlé ?
_C’est lui qui a parlé, moi j’étais bien trop occupée à essayer de réaliser ce qui se passait et surtout a essayer de me convaincre que mon père m’aurait avertit que le diable me rendrait une petite visite.
_J’ignorais qu’il devait passer, enfin je ne pensais pas qu’il le ferait si tôt.
_Tu es bien en contact avec lui alors.
_Je ne voulais pas t’ennuyer avec ça, pas déjà, ta sortie est récente, je voulais avant tout que tu te reposes et que tu reprennes un minimum tes repères.
_Les repères que j’espérais retrouver étaient basés avant tout sur la confiance ! Est-ce que c’est trop demandé ?
Je ne voulais pas monter le ton mais tous arrive trop vite et j’ai les nerfs à fleur de peau.
_Chloé je ne t’ai pas menti. Dit-il en me prenant dans ses bras. Seulement il y a des choses importantes que je voulais aborder avec toi uniquement quand tu te serais un peu remise.
_J’en sais trop maintenant, si tu veux que je me rétablisse, il faut que tu sois totalement honnête envers moi.

Le déjeuner finit, nous nous asseyons dans le canapé, chacun sa tasse de café dans les mains. Je le vois passer sa main sur son visage, il est nerveux et cherche probablement ses mots mais je ne le presse à rien.
_J’aurais tout fait pour que tu t’en sortes tu le sais ?
_Oui mais, je ne vois pas ce que viens faire Lionel Luthor dans mon histoire.
_Je regrette de devoir te l’annoncer comme ça mais sans son aide, tu ne serais pas là aujourd’hui mais probablement en prison ou pire, tu aurais été exécutée.
Terrorisée, les larmes aux yeux, je me lève et le fixe intensément, tentant d’y lire un quelconque mensonge mais ils ne reflètent que la vérité, qui me frappe durement.
_Mais ce n’est pas possible, comment as-tu pu me cacher une chose pareille !
_J’étais désespéré, je ne voulais pas te perdre je ne savais pas vers qui me tourner mais je n’aurais jamais permis que tu finisses ta vie en prison, tu ne le méritais pas.
_Alors tu t’es tourné vers Lionel.
_Il a accepté de nous venir en aide, il a fait venir un des meilleur avocat au monde, il a fait jouer ses relations, dépensé beaucoup d’argent.
_Je ne peux pas croire que son argent est pu tout faire.
_Tu as raison ça ne suffisait pas. Il a fallu convaincre le juge que tu n’étais pas consciente de ton acte.
_Mes amis….
_Oui, ils ont accepté de témoigner dans ce sens, Clark a été le plus dur à convaincre mais il était crucial qu’il te dénonce comme irresponsable.
_Je comprend mieux pourquoi je n’ai jamais eu de ses nouvelles.
_Je suis désolé ma chérie. Il m’a appelé après le procès pour me dire combien il s’en voulait d’en être arrivé à une telle extrémité mais le plus important s’était que tu puisses un jour revenir et avoir l’occasion de tout recommencer.
_Quel accord as-tu passé avec Lionel ? Rien n’est gratuit avec lui.
_Je n’en ai aucune idée, il n’a jamais été question que je lui sois redevable mais je ne suis pas naïf, je m’attendais chaque jour à le voir débarquer pour réclamer son dû et encore plus depuis ta sortie.
_S’il était tombé sur toi c’est ce qu’il aurait probablement fait.
_C’est possible, mais il voulais vraiment nous venir en aide, il me demandais régulièrement de tes nouvelles.
_Je pensais bêtement que je pourrais mettre de côté cette période de ma vie, ce qui c’est passé, mais c’est inutile de se leurrer, ce que j’ai fait me poursuivra toute ma vie.
_Il faut que tu te battes ma chérie, mais quoi que tu dises, je me sentirais toujours redevable envers lui, il est parvenu à dissimuler ta sortie aux médias.
_Quoi ?
_Ce qui s’est passé, tu dois bien te douter que ça a fait énormément de bruit partout, je croyais que je ne tiendrais pas le coup, je n’avais aucun instant de répit et pendant six mois ça a continué sans arrêt malgré les efforts de Lionel pour étouffer l’affaire mais tu te doutes bien que la tâche était quasi impossible.
_Qu’est-ce qui a changé alors ?
_Avec Lionel nous nous sommes préparés avant ta sortie pour que ces chacals te laissent tranquilles, tout s’est fait dans le plus grand secret et s’est très bien comme ça. Dit-il en me serrant contre lui.
_Donc, il, ne sait pas que j’ai été relâché ?
_Non, d’ailleurs tu l’as vu de tes yeux, lors de la dernière audience avec le juge. Seule la présence de ton psychiatre et des médecins qui t’ont suivi était nécessaire, il n’avait pas son mot à dire.
Je resserre mon étreinte autour de sa taille mais ne peut enfouir une sombre pensée qui m’envahie.
_Tu trembles, ma chérie qu’est-ce qu’il y a ?
_Je ne peux m’empêcher de penser qu’il peut encore m’atteindre et qu’il ne tente quelque chose quand il saura, que, j’ai été libérée. Dis-je en sanglotant.
_Chloé, chasses-toi cette idée de la tête, il ne peut plus rien faire contre toi tu m’entends ?
Il voulait m’en convaincre, il souleva mon menton de sa main et m’obligea à le regarder.
_D’accord ?
J’acquiesce en guise de réponse et il pose ses lèvres sur mon front avant de retourner dans la cuisine. J’espère l’avoir convaincu, je refuse de le stresser davantage.

Après ces aveux, je commence à croire qu’il n’a jamais réellement compris ce qui m’a poussé à commettre l’irréparable et je doute encore plus qu’il connaisse réellement la personne qui avait demandé la peine capitale pour moi.
Ce qu’ils ignorent tous, c’est que j’aurais préféré finir sur la chaise électrique plutôt que ces trois années de souffrance, le passé que je suis contrainte de traîner aujourd’hui. J’ai tant de fois souhaité mourir là bas, j’étais si seule, si perdue.
Ce qui est certain, c’est que je n’hésiterai pas à en finir si tout doit recommencer.
Je sais que rien n’est impossible et savoir que le déclencheur de ma folie se trouve près de moi ne me laisse rien présager de bon, le revoir suffirait à provoquer une nouvelle crise.

Ce soir là, mon père était parti se coucher tôt, une longue journée l’attendant demain.
J’avais donc l’appartement pour moi et il était exclu que j’aille me coucher moi aussi, cherchant désespéramment à fuir ces longues heures douloureuses qui semblaient me traquer un peu plus chaque nuit.
J’errai ainsi d’un bout à l’autre de la pièce principale, une tisane à la main, ressassant continuellement tout ce qui avait suivit cet événement horrible dont j’étais entièrement responsable.
Il m’est souvent arrivé de me demander, mais pourquoi ais-je mis si peu de temps pour me remettre d’un tel traumatisme ? Je sais en connaissance de cause que certaines personnes ne se relèvent jamais après être tombées, et pour des choses qui peuvent paraître insignifiantes comparé à mon acte.
Et bien il est possible que je m’en sois sortie en partie parce que je reconnais mon entière responsabilité dans ce que j’ai fait, je sais que c’était de ma faute et je sais aussi que je ne pourrait jamais effacer, ou me faire pardonner ce que j’ai fait. Ce n’est pas non plus ce que je cherche, loin de là. Je veux juste pouvoir regarder une nouvelle fois devant moi quand je me serais totalement relevée.

Sans m’en rendre compte, je me retrouve assise sur la chaise de mon bureau, tenant entre mes mains glacées l’immortalisation d’un des nombreux moments de joies passés avec mes amis. Bien sûr, je sens un soupçon de nostalgie m’envahir, passant mes doigts sur nos visages souriants et heureux en cette chaude journée d’été mais surtout, lorsque je regarde cette photographie aujourd’hui, je suis confrontée à cette image de moi, reflet d’une part de mon existence qui je l’espère, n’est pas morte. Oui, c’est un souvenir empli d’espoir pour moi et sous l’effet d’une soudaine impulsion, j’empoigne mon téléphone et compose un numéro que je connais par cœur.
J’appuie sur chacune des touches avec assurance, sachant que je ne me heurterais pas à un mur. Depuis ma plus tendre enfance, c’est sans aucun doute la personne qui m’a toujours soutenu et qui a toujours été là quand j’en ai eu besoin. Avec Pete j’ai toujours pu discuter sans tabou ni aucune gêne quelconque. Je ne crois pas avoir déjà ressentit une telle complicité avec quelqu’un.
La preuve en était qu’il venait exactement trois fois par semaine au centre pour me voir, ayant participer fortement à mon rétablissement et je me souviens, à chaque visite, j’avais toujours la sensation que des mois s’étaient écoulés. Chaque étreinte était comme une nouvelle bouffée d’énergie vitale et d’air frais.
_ «Allo »
_Comment tu vas ?
_ « Chloé ! Je suis content d’entendre ta voix, tu peux pas savoir à quel point ça a été dur de ne pas sauter sur le téléphone depuis que tu es sortie ! Et toi comment tu te sens ? »
_ Mieux maintenant que j’entends la tienne de voix ! Et je te remercie de m’avoir laissé un petit temps de récupération, je savais que tu comprendrais.
_ « Tu galères pas trop ? Et avec ton père comment il prend les choses ? »
_Je n’ai pas envi de continuer à en parler sans que tu sois en face de moi, tu peux passer ?
_ « Et comment ! Je suis là dans dix minutes ma belle. »
_A tout de suite. Dis-je en raccrochant.

Impatiente de la visite qui m’attend, je retourne dans le salon et m’écroule de tout mon poids dans le canapé. Je m’allonge, les mains derrière la tête, sentant un sourire se graver sur mes lèvres avant que, malgré moi, le film de mon procès ne me revienne en tête, ce fameux jour où Pete fut amené à témoigner, c’est un souvenir que je ne suis pas prête d’oublier.

Flash back : le 3 juillet 2002

_Maître Rylan, souhaitez-vous faire appel à votre prochain témoin ?
_Oui votre Honneur. J’appelle Pete Ross à la barre.
_Objection votre Honneur ! Intervint l’avocat de la partie adverse, assit aux côtés des parents de la victime.
Le juge abaissa légèrement ses fines lunettes sur son nez et acquiesça, le laissant poursuivre.
_Mr Ross n’était pas présent ce jour là il ne sera donc pas apte à témoigner des faits, qui sont accablants votre Honneur.
_Monsieur le juge permettez moi d’insister. Dit Rylan. Mais Mr Ross est le plus proche ami de Mademoiselle Sullivan et par conséquent la personne qui la connaît le mieux, son témoignage me parait capital au contraire.
_Objection rejetée. Annonça le juge d’une voix ferme. Faites entrer Mr Ross.
Ce fut un effort considérable pour Chloé que de faire face au visage déterminé et à la fois coléreux qu’affichait Pete en entrant dans la grande salle. Chloé connaissait bien cette expression et elle n’annonçait rien de bon malheureusement. Il paraissait hors de lui et elle savait en le fixant dans le blanc des yeux qu’il ne resterait pas maître de ses paroles bien longtemps.
Cela faisait trois semaines qu’il ne l’avait pas vu, en fait il n’avait pas été autorisé à la voir depuis son arrestation et jamais il ne l’avait vu dans un tel état qu’il qualifiait de cadavérique. Il était cru il en était conscient mais en entrant il s’était posé la question pendant une demi seconde si c’était bien elle qui était assise à l’autre bout de la salle, les mains menottées, entourée de deux policiers armés. Mais ce qui ressortait le plus était les traits de son visage, tirés, le teint pâle, de gros cernes noirs sous ses yeux inexpressifs, la mine déconfite et s’il ne s’y trompait pas, en moins d’un mois elle avait maigrit, trop maigrit malgré le minimum de prestance qu’on lui avait ordonné qui n’existait que par sa tenue, un jean, un chemisier blanc et une veste en jean par-dessus.
Un unique regard fut échangé entre eux, un seul mais puissant qui traduisait bien toute la confiance, la loyauté et l’amour qui définissait leur amitié de longue date.
Le plus dur fut de passer tout près d’elle, assez pour ressentir cette présence qu’elle lui avait toujours apportée ainsi que son odeur propre qui elle n’avait pas disparu.
Il prit place à la gauche du juge sur une estrade bien plus basse et attendit la suite.
_Mr Ross, levé votre main et jurez que tout ce que vous nous direz à moi et a cet assemblée sera la vérité et rien que la vérité.
_Je le jure.
_Mr Ross, depuis combien de temps connaissez-vous Mademoiselle Sullivan ? Commença à questionner Rylan.
_Depuis dix ans, depuis qu’elle est venue vivre à Smallville avec son père.
_Chloé Sullivan a toujours été une brillante élève, son dossier scolaire en marque la preuve, et passionnée par son activité de journalisme au lycée, vous pouvez confirmer ?
_C’est une vocation pour elle. Jamais elle ne s’est posée la question de ce qu’elle ferait plus tard, c’est déjà évident dans sa tête et elle est déterminée dès qu’elle prend une décision, c’est une de ses plus grandes forces, le journalisme c’est en quelque sorte sa seconde nature.
_Maître Rylan, pouvez-vous en venir à l’affaire qui nous concerne s’il vous plait ? Intervint le Juge.
_Bien sûr. Répondit-il sans montrer la moindre déstabilisation. Mr Ross, dîtes-nous comment Mademoiselle Sullivan a rencontré Mr Luthor.
_Par l’intermédiaire de Clark Kent. Ils ont été présentés dans le cadre professionnel, Clark et Chloé devaient faire une interview de Mr Luthor.
_Et comment qualifiez-vous les rapports de Mademoiselle Sullivan avec Lex Luthor depuis ?
_Ils se croisent à peine. Et lorsque l’occasion se présente ça se limite à « bonjour » et « au revoir. »
_Mademoiselle Sullivan vous parlait-elle souvent de Monsieur Luthor ?
_On évite le sujet au possible, Chloé sait bien que je hais leur famille aussi bien le père que le fils.
_A-t-elle ne serait-ce qu’une fois essayé d’aborder ce sujet avec vous ?
_Non, il n’y a d’ailleurs aucune raison, nous n’appartenons pas au même monde et Clark est le seul à côtoyer Lex.
_Donc vous ignorez de quelle façon Mademoiselle Sullivan a réagit lorsqu’elle a appris le mariage de Mr Luthor ? Non posons la question différemment. Avez-vous détecté ou ressentit un comportement inhabituel chez Mademoiselle Sullivan après l’annonce de ce mariage ?
_ Non. A ce moment là la seule chose dont elle se souciait était la mise à sac du journal au lycée et elle a fait des pieds et des mains pour le remettre en état.
_Bien et le jour du mariage, vous n’étiez pas sur la liste des invités, avez-vous vu Mademoiselle Sullivan ce jour là ?
_Non, j’étais chez moi, nous nous apprêtions à partir en vacances avec ma famille.
_Comment avez-vous réagit lorsque vous avez appris ce qui s’est passé à l’église ?
_C’est Clark qui m’a prévenu, il a débarqué en trombe chez moi, je, je n’ai pas voulu le croire au début.
_Vous n’imaginiez pas que votre amie soit capable d’un tel acte n’est-ce pas ?
_Non.
_Je vais vous poser une dernière question, répondez sincèrement Mr Ross. D’après vous, Chloé était-elle consciente de ce qu’elle faisait ce jour là ?
Pete savait ce qu’il devait répondre mais il s’en voudrait pendant longtemps, c’était pourtant la seule solution pour éviter le pire.
_Je connais Chloé comme si elle faisait partie de ma famille, elle n’était pas elle-même ce jour là.
_Très bien, merci Mr Ross. Je n’ai plus de questions Mr le Juge. Déclara-t-il en retournant s’asseoir.
_Mr Le juge, si vous le permettez je voudrais interroger le témoin. Intervint Maître Cole.
Rylan le fixa avec inquiétude. Il s’attendait à ce que ça arrive mais il savait qu’il n’hésiterait pas à se montrer dur. Il lança ensuite un regard réconfortant à Chloé, la partie n’était pas gagnée mais il avait confiance.
_Mr Ross, vous avez certifié que vous ne parliez jamais de Mr Luthor avec Mademoiselle Sullivan, donc vous ignorez tout de l’opinion qu’elle porte envers lui.
_Elle-même évitait le sujet lorsque Clark parlait de lui. Répondit Pete avec force.
_De quelle façon ?
_Avec une moquerie qui ne faisait rire aux éclats qu’elle et moi, dois-je décrire ? Rembarra-t-il.
_Très bien. Tout à l’heure vous avez expliquez que Mademoiselle Sullivan était dévastée par l’incident au journal du lycée, comment pouvez-vous être certain qu’elle ne souffrait pas pour une autre raison qui vous aurait échappé ?
_Objection votre Honneur, Maitre Cole ne peut appuyer sa question sur aucune preuve. Intervint Rylan.
_Objection rejetée, poursuivez votre développement.
_Je vais reformuler ma question. Mr Ross, il est possible que l’annonce du mariage de Mr Luthor ait, attristée, voire chamboulée Mademoiselle Sullivan sans en parler à qui que ce soit. De plus, elle n’était pas invitée.
_Maître, Chloé n’était pas invitée pour la simple et bonne raison qu’elle et Mr Luthor n’ont absolument rien en commun et se sont parlés deux fois dans l’année.
_Mr Ross, pouvez-vous répondre à ma question oui ou non ?
Pete regarda alternativement Maître Rylan et Chloé, sachant qu’il était coincé et qu’il ne pouvait que répondre négativement. La question posée était tordue mais Cole avait su où frapper.
_Je ne suis pas en mesure de répondre.
Quelques voix s’élevèrent à ce moment là, bon augure ? Mauvaise augure ? Impossible à dire.
_Mr Ross, d’après vous, qu’est-ce qui a poussé Mademoiselle Sullivan à s’introduire dans l’église le 13 juin dernier, perturbant ainsi la cérémonie de mariage ? Pourquoi d’après vous a-t-elle sortie un revolver de sa veste et a-t-elle tirée plusieurs fois, tuant sur le coup Mademoiselle Bryce et blessant grièvement Mr Luthor ?
_Chloé n’était pas maîtresse de ses actes ce jour là elle n’avait pas besoin d’avoir un mobile.
_Je n’ais plus de questions Mr le Juge. Annonça Cole en regagnant sa place.
Quelques instants plus tard, après un long silence insoutenable, le Juge se leva, imité par l’assemblée et annonça la fin de l’audience pour la journée.

J’ouvre grand les yeux, comme si on me tirait brusquement d’un long sommeil et me précipite sur la porte. Pete n’a pas le temps de dire quoi que ce soit, je suis déjà dans ses bras, sentant un élan de joie me prendre toute entière et mon cœur bat à vive allure, rendant ma respiration plus saccadée que jamais.
_Je suis content de constater que tu étais aussi pressée que moi de te voir.
_M’en parle pas. Dis-je en l’étreignant plus fort.
Pete répondit à mon étreinte en me soulevant presque du sol et glissa ses lèvres dans mon cou pour un gros bisou bruyant comme il adore les faire et me repose à terre. Je me dégage à mon tour et me met à le détailler. Il n’a pas changé. Quoi que, je distingue une musculature développée sous ses vêtements flashis.
_Tu as meilleure forme. Tu as repris des couleurs. Remarqua-t-il.
_Merci, et je mange plus aussi, enfin j’essais.
_Justement j’ai pensé à toi. Dit-il en me tendant une boite rectangulaire enrubannée.
Je lui fais un sourire en le remerciant et referme enfin la porte.
_Alors ? Qu’est-ce que ça te fais de pouvoir enfin voler de nouveau de tes propres ailes.
Je lui jette un étrange regard alors que je devine une énorme boite de chocolats au travers du papier que j’ai déchiré. La vérité c’est que l’oisillon ne trouve pas encore le courage de quitter le nid et je ne suis pas certaine de vouloir entendre de lui les mêmes paroles que mon père.
_Ça vient petit à petit. Mais après trois ans d’absence je ne me sens plus vraiment du même monde que toi ou quelqu’un d’autre que je pourrais croiser dans la rue.
_C’est normal, il te faut un temps de réadaptation je suppose et on ne se remet pas facilement d’un épisode si traumatisant de notre vie.
_Et pourtant les médecins sont parvenus à un résultat que jamais je ne me serais cru capable d’atteindre.
_C’est-à-dire ?
_Je ne suis plus dégoûtée de me regarder tous les matins dans une glace en songeant à ce que j’ai fait. Je n’ai plus cette impression d’être un monstre capable de tuer tu comprends ? Je suis parvenue à vivre avec en ayant tout à fait conscience de ce qui m’a réellement poussé à une telle extrémité.
_Et tu m’en parles avec tant d’aisance et de calme. C’est incroyable !
_Tu t’es rappelé pour les chocolats ! Dit-elle enjouée en exposant la boite rectangulaire devant lui.
_Je sais que ce sont tes préférés, content que ça n’est pas changé.
_Il y a des choses qui ne pourront jamais changer. Je te remercie, ça me fait plaisir.
_Je t’en pris, je me voyais mal débarquer là les mains vides et puis je voulais marquer le coup à ma façon.
_Tu veux boire quelque chose ?
_Non merci, j’ai fait le plein avant de venir et malheureusement je ne peux pas m’éterniser.
_Pourtant tu étais le bienvenu si tu avais envi de manger un morceau.
_Est-ce que c’est ta façon à toi de me dire que tu t’ennuis et que tu ne veux pas rester seule.
_En sortant je m’étais fait une autre idée de ce que serait la solitude.
_Chloé, désolé de remettre ça sur le tapis maintenant mais, il y a quelque chose qui m’inquiète dont je dois te parler.
Comprenant qu’il va aborder un sujet sérieux qui ne va forcément me plaire, je m’assoie près de lui, prête à l’entendre ou pas.
_Pour te dire franchement, je ne pense pas que rester ici, je veux dire, dans cette ville. Tu sais quel danger potentiel ça comporte pour toi.
_Pete, crois-moi je le sais parfaitement, j’y ais déjà réfléchis d’ailleurs et je ne suis ici que temporairement mais j’ai besoin de, d’être là, sans que de grandes distances me séparent des attaches que j’ai encore. Mais, tu as raison il y a effectivement un risque que je ne suis pas prête à courir alors, il y a un service que j’aimerais que tu me rendes.
_J’ai peur de ce que je vais entendre mais vas-y.
_Si jamais, par n’importe quel hasard, n’importe quand, si j’étais amenée à le voir de nouveau, même si aucune parole n’était échangée…
_Attends Chloé je vois pas pourquoi ça arriverait.
_Mais si ça devait arriver ! S’énerva-t-elle. Si tu étais amené à déceler un changement même minime de mon comportement je veux que tu fasses en sorte que je retourne là bas. Je veux que tu me fasses de nouveau interner.
_Quoi ? Tu parles pas sérieusement ? Parce que, à cause de ce salaud tu serais prête à retourner là bas ?
_Il ne s’agit pas de vouloir. Ce serait dans l’intérêt de tout le monde, qui sait de quoi je serais capable si je revoyais Lex ?
_Et tu ne fais pas suffisamment confiance à ton père pour voir si ça ne va pas ?
Je détourna le regard quelques secondes, me racla la gorge et prit une grande bouffée d’oxygène. Il était temps que je lui dise la vérité. C’était tout à fait légitime qu’il sache, lui, la seule personne à m’avoir soutenu du début à la fin sans jamais me juger.
_Mon père n’a jamais su ce qui m’a poussé à tirer sur Lex et Helen.
_Tu aurais dû pourtant, aujourd’hui il serait plus apte à te soutenir comme tu le mérites, imagine dans quel brouillard tu le laisses ?
_Je le sais mais, comment il pourrait comprendre ?
_Moi j’y suis bien arrivé, alors pourquoi pas ton père ?
_C’est différent tu le sais bien. Toi tu es parvenu à concevoir que je souffrais trop. Je n’avais jamais eu aussi mal. J’étais, j’étais amoureuse tout simplement. Mes émotions prenaient trop le dessus je ne pouvais plus raisonner correctement je n’écoutais que mon cœur. Un amour impossible et maladif qui m’a poussé à bout.
_Oui je le sais bien. Tenta-t-il de me réconforter en passant son bras autour de mon épaule. Mais tu es passée au dessus de tout ça, tu t’es battue comme une forcenée pour en arriver là. Je te préviens ! Si jamais il te fais encore perdre la tête je le démolis.
_Je te rappel quand même que dans l’histoire c’est lui la victime.
_Moi c’est pas comme ça que je vois les choses. C’est toi qui a morflé et qui a le plus souffert, c’est toi la véritable victime.


Victime ou coupable, il serait impossible de revenir en arrière pour changer le cours de choses. Je ne chercherais jamais à effacer de ma mémoire ce crime qui m’aura valu trois ans d’enfermement tout simplement parce que cette date et cette période fait partie de ma vie, de mon ancienne vie certes mais il serait inutile et irrespectueux envers les personnes qui m’ont toujours entourées de vouloir faire abstraction du passé. Pete est parti depuis une heure déjà et je me traîne dans cet immense appartement, ma tasse de café dans les mains, sentant naître en moi encore plus de détermination et de courage que je n’en ai montré ces dernières semaines et la preuve en ait que je suis devant l’écran de mon ordinateur, prête à renouer avec mon petit fermier du Kansas.
Je n’hésite pas sur les mots à taper dans mon message, je n’ai aucune rancune envers lui. Je sais qu’il a des principes auxquels il tient et devoir y renoncer juste pour moi en témoignant en faveur de mon internement a dû être une des choses les plus difficiles qu’il ait eu à faire. Il a le droit de savoir que je ne lui en veux pas et que je comprends aujourd’hui pourquoi il l’a fait. Je lui propose de venir avec Lana s’il en a envi mais j’ai déjà la présomption qu’il viendra seul.
Satisfaite de ma décision et légère comme jamais dans ma tête et dans mon corps, je souhaite une bonne nuit à la ville qui s’étend sous mes pieds et qui, elle, restera éveillée jusqu’au bout de la nuit.

Après une longue série d’étirements, j’ouvre de grands yeux en fixant l’heure indiquée par mon réveil, 10H déjà ! En trois ans c’est bien la première fois que je me délecte d’un si long sommeil. Serait-ce la fin de ma phase d’angoisses et d’insomnies ? Serais-je réellement en train de reprendre pied ? Cette idée me fait sourire comme jamais, sentant des mois et des mois d’efforts porter leurs fruits. Je me surprends même à pousser la chansonnette sous ma douche. Oui, je crois qu’il est tant pour moi de reprendre vraiment le contrôle de ma vie et ma priorité sera de mettre au clair ce qu’il reste de zones d’ombres dans mon procès. Je me sens enfin prête à connaître toute la vérité.
En me séchant, une idée me traverse l’esprit et je sais que je ne ferai pas face à un refus. Mon père travaille et en semaine il n’a pas pour habitude de rentrer déjeuner avec moi ou très rarement, ce qui me laisse cette occasion de contacter Lionel Luthor. La dernière fois il espérait peut-être trouver mon père et sans doute voir dans quel état se portait l’ex internée mais il avait aussi tout fait pour me mettre la puce à l’oreille et me pousser au questionnement. Il allait devoir en répondre.
Bon, 11H, en laissant un message à sa secrétaire je suis quasiment certaine de le voir débarquer ici pendant la pause déjeuner. Il serait même capable d’annuler un rendez-vous.

Je rigole encore en mangeant mon assiette de crudité, assise sur un tabouret de la cuisine. Une secrétaire mielleuse qui me confirme que Mr Luthor est en déplacement et qu’il ne sera pas disponible dans les prochains jours. La pauvre, le chômage n’est pas loin. Je sais très bien qu’il est dans son bureau. Oh tient comme c’est bizarre, la sonnette de la porte d’entrée retentit.
En deux temps trois mouvements, je débarrasse la table histoire qu’il n’est pas la sensation de déranger, il serait capable de remettre notre entrevue à plus tard et je commence à m’impatienter de ne pas avoir les réponses à mes questions.
Je lui ouvre la porte et le trouve, comme à son habitude, les mains derrière le dos et sans broncher je le salue en le laissant entrer. Bizarrement, je sens remonter en moi des souvenirs vieux de trois ans, lorsqu’il prenait l’habitude de passer à l’improviste au journal et je tente alors maladroitement de me montrer aussi sûr de moi et impassible que trois ans auparavant.
_J’ai été surpris de votre appel Chloé.
_Vraiment ? Allons Ne me dites pas qu’après votre mystérieuse visite ou chacun de vos mots étaient tous calculés pour me mettre dans le doute et me forcer à me poser des centaines de questions était désintéressée ? Demandais-je en croisant les bras sur ma poitrine, ignorant au maximum ce sourire naturellement machiavélique qui se dessinait sur son visage.
_Vous êtes toujours aussi perspicace, c’est une qualité qui vous honore ! Ricana-t-il.
_Que vouliez-vous à mon père ? Quel sera le prix à payer pour avoir contribué à, disons, « mon sauvetage », et toute la discrétion sur ma sortie ? Insistais-je sans broncher.
_Vous me croyez donc incapable de faire un geste envers votre père, et surtout envers vous ? S’étonna-t-il, ou feint-il d’être étonné.
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MessageSujet: Re: Coupable d'aimer   Sam 21 Aoû 2010 - 15:10

_En échange de quoi ? Dis-je en montant le ton, je commence à en avoir plus qu’assez de rester dans l’ignorance ce que me concerne au premier plan et lui semble s’en amuser.
_Que vous le croyiez ou non Chloé, la dette a déjà été payée, il y a trois ans. Précisa-t-il.
J’étais abasourdie, il n’y avait pas d’autres mots pour le dire, j’ouvrais si grand les yeux qu’ils auraient pu sortir de leur orbite.
_Alors dites-moi ce que vous avez demandé à mon père !
C’était la première fois que je me mettais dans un tel état de colère mais il me provoquait intentionnellement, sûrement sa façon à lui de me tester et voir si j’avais retrouvé la ténacité d’avant.
_Chloé, la seule chose dont vous ayez à vous souciez dès à présent est votre rétablissement ainsi que le début de votre nouvelle vie, vous et votre père ne m’êtes redevables en rien. Sur ce, dit-il en soulevant sa manche pour y regarder l’heure, je dois vous laisser, j’ai des rendez-vous qui m’attendent et une réunion à préparer.
Encore chamboulée, je l’accompagne jusqu’à la porte, lui ouvre et murmure un « bonne journée » auquel il me répond, suivit d’un sourire qui aurait pu paraître sincère si je ne me méfiais pas toujours autant de lui.

J’eu à peine le temps de refermer la porte qu’une grande main me l’en empêcha, me faisant sursauter et automatiquement une main se posa sur ma poitrine. Incapable de faire le moindre mouvement, je laisse Clark entrer, un gros bouquet de fleurs multicolores dans l’autre main, comme s’il venait rendre visite à un malade mais j’apprécie le geste. Il referme lui-même la porte et nous restons là, pendant une bonne minute, gênés au possible sans oser faire le moindre mouvement vers l’autre. Pour finir, Clark fait enfin les quelques pas qui nous séparaient et me prend dans des ses bras avec une telle force qu’il me fait décoller du sol et me fait tournoyer dans les airs, le parfum des fleurs venant me chatouiller les narines.
_Pardonne moi.
Je fonds dans son cou pour taire un sanglot à cette demande. Jamais il n’était parvenu à me toucher à ce point et je suis heureuse de constater que je le connais toujours aussi bien. Je n’avais aucune raison de lui en vouloir pour ces trois années de silence mais je regrette d’avoir douté de lui pendant un certain temps.
Il me pose à terre et m’offre son plus beau sourire et me tend mon bouquet.
_Il vient du jardin à la ferme, je sais que tu les adores.
_Merci beaucoup !
Il me suit dans la cuisine où je cherche dans les placards un vase suffisamment grand pour contenir toutes ces fleurs, espérant qu’elles parfument l’appartement pendant plusieurs jours. Une fois trouvé, je remplis d’eau un vase en verre que je ne connaissais pas, fais tremper le bouquet dedans et dépose le tout sur la table de la salle à manger.
_Tu n’as pas eu trop de mal à trouver ?
_Non, la fac se trouve juste à côté donc c’est pratique.
J’acquiesce sans rajouter quoi que ce soit. Je ne savais même pas que l’université était à quelques pas et je me sens complètement idiote tout d’un coup.
_Tu veux boire quelque chose ?
_Café ! Si tu as.
_As-tu déjà vu Chloé Sullivan sans café ?
Nous rions pendant un instant et je sors deux tasses du placard, la cafetière est pleine les quatre-vingt-dix pourcents du temps, j’ai juste à mettre les tasses dans le micro ondes et m’asseoir en face de lui.
_J’ai croisé Lionel Luthor en sortant. Fit-il simplement remarquer.
Je ne me sens pas l’âme à lui mentir ou à changer complètement de sujet pour lui faire comprendre que se ne sont pas ses affaires, et puis, j’ai besoin d’en parler à quelqu’un.
_Ce n’est pas la première fois qu’il vient, au début je croyais que c’était mon père qu’il voulait voir, et comme toujours, il s’est montré très mystérieux.
_Comment ça ? Ne semblait-il pas comprendre.
Après tout il était fort possible qu’il ne soit pas au courant de l’implication de Lionel dans mon procès.
_Pour faire court, sans son intervention je ne serais probablement pas là en train de parler mais en prison, ou pire, sous stèle au cimetière de Smallville.
_Maintenant que tu me le dis, il y a pas mal de choses qui tombent sous le sens. Ton avocat par exemple, j’ai eu l’occasion de discuter un moment avec lui avant une audience et il m’a dit qu’il venait de Seattle, je comprenais pas comment ton père pouvait payer un avocat pour qu’il vienne de si loin.
_Oui, je dois admettre qu’il a été génial, il faudra que je l’appelle un de ces jours pour le remercier, même s’il était engagé par Lionel Luthor.
_Mais le principal c’est que tu sois là, et en forme d’après ce que je vois.
Nous échangeons un sourire un il pose sa main sur la mienne, son geste m’apporte tellement de réconfort, je ne suis pas sûr qu’il s’en rende compte.
_Tu sais, il ne faut pas en vouloir à Lana, si elle n’est pas là c’est parce que….
_Ecoute Clark, préférais-je le couper, je crois savoir, et je n’ai aucun grief contre elle, nous passions pas mal de temps ensemble, nous partagions la même maison alors, me voir débarquer à l’église avec une arme, j’aurais sans doute réagit comme elle. Tu sais, dans l’état dans lequel j’étais ce jour là, j’aurais très bien pu la blesser, ou pire encore, je ne visais pas l’endroit où je tirais, je m’en souviens clairement. Elle se tenait tout prêt de Lex et il a finit à l’hôpital alors que je ne visais qu’Helen.
Tous mes mots sortaient difficilement de ma bouche, mais c’était comme si une force mystérieuse me poussait à me justifier, et puis la thérapie consistait aussi à parler de vive voix de tout ce que j’avais pu ressentir. Aujourd’hui ce n’était plus une nouveauté, je l’avais fait pendant trois ans mais en discuter avec Clark s’avérait bien plus compliqué que je j’aurais pu le croire.
_Pendant un an je n’ai fais que d’y penser, je me suis si souvent refait le film de cette journée dans ma tête et je me disais que j’aurais pu intervenir, au lieu de ça je suis resté bloqué sur ma chaise. Mes parents ont mis plusieurs semaines pour me faire comprendre que je ne pouvais pas changer le passé, que je ne pouvais pas intervenir et que c’est moi qui aurais pu me faire blesser si j’avais pris la moindre initiative.
_Et ils avaient raison, et je décrète que tu peux dès à présent retrouver ta tranquillité d’esprit et continuer à entretenir la vie que tu t’es choisi, tu dois être content.
_Je n’ai pas à me plaindre c’est vrai, même si c’est parfois dur, je suis les études que je voulais, mon père ne m’empêche plus de pratiquer le seul sport dans lequel je ne me ridiculise pas totalement et puis, il y a Lana.
_Je vois ! Et bien sache que je suis contente pour toi !
Nos regards se trouvèrent au même moment et je sais pertinemment que nous pensons à la même chose, si rien de tout cela n’était arrivé, nous serions ensemble en étude de journalisme, peut-être aurais-je moi aussi un petit ami…Mais il est inutile de se faire du mal à imaginer ce qui aurait pu être alors je secoue légèrement la tête comme pour chasser de telles pensées malsaines et nous sert une deuxième tasse de café dans le silence.


Après le départ de Clark, une idée avait fusionné dans mon esprit. Assise sur ma chaise de bureau, je suis occupée à dresser une liste des différents points importants qui m’aident à me sortir pour de bon de ce gouffre. Reprendre contact avec mes proches était une étape capitale que j’ais réussie avec brio et j’avoue être assez fier de mes efforts. Le plus ardu sera de mettre le pied dehors et de reprendre contact avec la civilisation cette fois. J’ignore quand exactement je me sentirais prête à franchir ce nouveau cap mais je sais que les visites successives de Pete et Clark jouent un rôle majeur, ça me permet aujourd’hui de me sentir encore mieux dans ma peau, je me sens, libérée et soulagée d’un lourd fardeau. Alors que je me croyais presque entièrement seule dans mon combat contre ma folie, je sais aujourd’hui que je n’avais jamais été autant soutenue que pendant cette période. Une larme menace de couler mais je la retiens, pleurer ne m’apportera rien, surtout dans un moment que je qualifierais de « joie ».
_Chérie je suis rentrée !
17h ! Je suis très surprise qu’il rentre si tôt mais ça ne m’empêche pas de courir jusqu’au salon pour l’enlacer. Il sourit, et je crois que j’y suis pour quelque chose. Je n’ai pas un air de déprimée, j’ai sûrement repris quelques couleurs et surtout, je ne suis pas encore en pyjama comme si j’étais sur le point de me coucher.
_Tu te sens en forme aujourd’hui ?
Je ne comprends pas tout de suite le réel sens de sa question mais j’acquiesce, cherchant la télécommande de la chaîne hi fi.
_Il y a quelque chose que tu veux qu’on fasse ce soir ? En trois ans ma culture cinématographique est presque entièrement à refaire alors, pourquoi pas ?
_Heu, je suis désolé Chloé, dit-il, visiblement embarrassé, mais ce soir je suis invité à une soirée au musée, et, j’espérais que tu m’y accompagnes également. Avoua-t-il en posant ses mains sur mes épaules.
Pour la première fois depuis qu’il me demande de sortir avec lui, je me surprends à hésiter sur la réponse à donner. Je tourne la tête pour éviter son regard de chiot suppliant, réfléchissant à toute vitesse. Je ne sais vraiment pas quoi faire, en même temps ça me tente beaucoup, le musée ! Belle entrée en matière pour une première sortie. Mais la perspective de me retrouver face à des gens que je connais me bloque toujours autant.
_Comme ça tu pourras faire la connaissance de Mary, c’est une associée au bureau, une amie aussi, c’est elle qui m’a invité.
_Et, qu’est-ce que je pourrais mettre sur moi qui serait susceptible de me faire passer inaperçu ?
Il me reprend dans ses bras, content d’être parvenu à me convaincre aussi facilement. Malgré tout, j’ai encore quelques réticences que j’essais d’enfouir, de toute façon il est trop tard pour reculer maintenant, et puis quelque chose me dit que ça pourrait me faire du bien de changer un peu d’atmosphère.

J’entends mon père frapper contre ma porte, me demandant si ça allait, mais, c’est difficile à dire, je n’ais pas porté de vêtements aussi moulant depuis trois ans, et je ne fais que pouffer devant mon miroir. Je me sens, boudinée, grosse dans cet ensemble pantalon noir et haut dos nu de la même couleur. De plus, maladroite comme je suis, j’ai les pires difficultés pour le nouer autour de mon cou.
Je souris à mon père qui est finalement entré sans m’en demander la permission mais puisqu’il est là, il va pouvoir m’aider et j’ai à peine le temps de dire ouf qu’un joli nœud orne désormais ma nuque. J’ai noué ma tignasse de cheveux blonds en chignon pour ne pas être gênée. Plus qu’une légère touche de maquillage histoire de cachée les cernes et les poches sous les yeux et se sera quasi parfait. J’ai le traque, ça fait longtemps que je n’ais pas ressenti ce genre de sensation, j’inspire et j’expire un coup, et mon père me masse un instant les épaules.
_ça va bien se passer ma puce, et puis tu ne seras pas toute seule, je serais là moi.
J’acquiesce, un peu rassurée à cette pensée. Et puis si jamais je ne me sentais vraiment pas à l’aise je sais très bien qu’il me restera l’option de rentrer simplement à la maison, je ne me forcerais pas si jamais je sentais que c’était encore trop tôt.


Dire qu’une soirée au musée serait une belle entrée en matière était une expression très faible pour qualifier tout ce qui se trouve autour de moi. Déjà, le tapis rouge était déroulé aux portes, ce qui m’a plus qu’estomaquée. Pendant une seconde je me suis demandée si mon père ne m’a pas entraîné dans un piège à célébrités, lesquelles grouillent partout autour de moi d’ailleurs. Je reconnais entre autres un des joueurs des Sharks les plus en vogue d’après ce que j’ais aperçu dans les tabloïds. Et oui, après une si longue absence il est important d’en passer aussi par cette source d’informations. Le grand brun et baraqué jeune homme est accompagné de sa dernière conquête en date, un mannequin si ma mémoire est bonne, le profil semble correspondre en tout cas. J’aperçois un peu plus loin le sénateur, droit et fier qui discute avec d’autres politiciens ou diplomates dont les visages ne me disent pour ainsi dire rien. Comme quoi, beaucoup de choses peuvent changer et évoluer en trois ans, s’en est presque aberrant. Outre l’appétissant gratin qui foule le sol du musée ou ricanent déjà des choses futiles de la vie, mes yeux se posent à droite, à gauche, du sol au plafond. Où ais-je donc atterris ? Tout n’est que paillettes et confettis dégringolant de temps à autres sur mes épaules pour venir s’éparpiller sur la moquette déjà scintillante. De jolies tables ont été dressées dans tous les coins, buffets, petits toast et champagne à volonté.
Coincée derrière mon père comme une fillette timide voire craintive, une énorme boule me contractant douloureusement le ventre, je remarque que peu de gens s’intéressent réellement aux expositions protégées par des cages de verre ou accrochées sur des murs et puis les quelques journalistes présents se pressent tous en meutes non pas devant ces chefs d’œuvre mais plutôt empressés de faire les parfaits clichés qu’ils revendront le lendemain au meilleur prix au journal à scandales le plus offrant. C’est tout à fait le genre de comportement et d’attitude qui me dégoûte. Voyant que le passage est libre, je tente une escapade à plus d’un mètre de mon père, curieuse de savoir si parmis ces tableaux, ou ces sculptures il en existe certaines qui datent de moins de trois ans. Au moins cette soirée pourrait être l’occasion de commencer ma « rééducation » culturelle. D’une autre manière, c’est également l’occasion rêvée et discrète de laisser mon père seul avec sa soit disant amie. Malicieusement, je jette un coup d’œil derrière moi, amusée de voir mon père si décontracté. Je réalise soudainement que je lui apporte un stress immense depuis ma sortie mais je ne lui en veux pas, il veut me protéger, et quel père ne s’inquièterait pas autant pour sa fille ? Vu sous cet angle, avoir accepté de sortir ce soir était une très bonne initiative de ma part. Et si cette soirée était aussi la sienne ? Peut-être n’a-t-il pas été invité, ou n’a-t-il pas invité cette femme dans un but désintéressé. Je crois que ça me ferait plaisir de voir mon père refaire sa vie. Je ne peux qu’imaginer les galères qu’il a endurées ces trois dernières années, il en a parcouru du chemin en peu de temps. Ça aussi c’est un sujet qui viendra rapidement de lui-même et qu’il a soigneusement tenté d’éviter jusque là. Il pense en priorité à moi, mais j’ai hâte de savoir enfin tout ce qu’il a entreprit et accompli ces derniers mois.
Je m’arrête devant un tableau, particulier au premier coup d’œil parce qu’il me fait automatiquement penser à moi aux premiers abords. Bon d’accord je ne suis pas une jeune pom-pom girl mais par contre je suis bien apeurée et poursuivie par une ombre non identifiable, en ce qui me concerne il s’agit de l’ombre effrayante de mon passé qui me suit où que j’aille et qui, à tout moment pourrait me rattraper. La toile est signée Isaac Mendez. Jamais entendu parler mais son style particulièrement fin et réaliste et sa faculté de décrire une émotion, un état d’esprit m’intrigue beaucoup, je ferais des recherches sur ce peintre originaire de New-York. C’est presque incroyable mais j’ai du mal à défaire mon regard de ce visage effrayé, il m’hypnotise presque. Je me gratte le nez une seconde et me décide enfin à tourner les talons. Dommage que je n’ai pas apporté mon appareil photo ce soir, j’aurais volontiers fait une entorse au règlement, après tout, ce n’était pas un crime. D’accord, je me reprends, mets fin à ce rire nerveux et respire un bon coup, une autre toile est exposée à quelques pas. Un pas de plus et je me stoppe net, me paralyse même, les yeux exorbités. Je préfère croire que mon père ignorait que le plus jeune milliardaire de cet Etat et aussi mon pire cauchemar fait lui aussi parti des festivités. Déboussolée au possible, une main sur le visage en espérant que mon début de migraine ne va pas venir aggraver mon malaise et ma bouffée de chaleur, je fais tout de suite demi tour et percute de plein fouet un serveur qui manque de perdre l’équilibre et de faire tomber son plateau de verres. Le pire est évité parce que sinon je me faisais immédiatement repérer et ce léger incident m’incite à accélérer le pas et je me rue sur mon père que j’aperçois derrière un petit groupe de personne rassemblé en cercle. Je m’excuse brièvement mais sèchement et viens secouer avec empressement la manche de la veste de mon père.
_Papa donne moi les clés de la maison, je veux rentrer, papa je t’en pris ! Suppliais-je au bord des larmes.
_Chloé chérie mais enfin qu’est-ce qui se passe ? S’inquiéta-t-il en se retournant.
_Papa vite, je veux rentrer ! Tentais-je d’y mettre plus de force et de volonté.
Je le voyais déçu et hésitant à accepter ma demande désespérée, croyant peut-être à un trop brusque changement de décision compte tenu de la foule qui grouille maintenant à l’intérieure de la grande salle.
Une larme roule sur mon visage et c’est sans doute ce qui le convainc de me donner le petit trousseau. Je ne le remercie même pas, trop pressée d’atteindre la sortie, ça devient vital pour moi, prendre une bonne bouffée d’air. Je sens mon cœur battre et se compresser tellement fort que ça en est douloureux. Il suffirait de peu pour que je fasse un malaise, cet endroit, et surtout cette présence trop proche de moi me met dans un état de panique démesuré. Très légèrement rassurée, je me rapproche rapidement des portes mais avant que je n’ai pu faire le moindre mouvement, une main puissante s’empare de mon bras avec violence et me traîne sur le côté, dans un endroit trop sombre pour moi et me plaque sans ménagement contre le mur, ne lâchant pas pour autant son emprise sur mon bras que je sens brûlant et douloureux sous ses doigts. Je ne cache pas ma terreur et un cri en me retrouvant seule, face à ce visage si froid et dur, dissimulant le reste de son corps par les ténèbres qui nous entourent.
Il fulmine, prêt à exploser, je le sens et je le vois aussi dans ses yeux, beaucoup trop de souvenirs doivent remonter rapidement à la surface et je ne préfère pas imaginer sa réaction au plus profond de lui au moment où il m’a aperçu, soit devant ce tableau, soit avec mon père. Je sais qu’il n’a pas été mis au courant de ma libération et à ne pas m’y tromper il doit refouler une furieuse envie de meurtre. Je cris une seconde fois en me protégeant le visage de mon bras valide quand il approche son visage du mien et me met subitement à trembler, une cascade de larmes dévalant sur mes joues alors qu’il commence à me susurrer quelques mots à l’oreille qui résonne déjà dans ma tête comme mon dernier jugement.
_Je te fais la promesse que je vais te surveiller de près Chloé. Et, à la moindre erreur, au moindre faux pas, je te ramènerais moi-même d’où tu viens.
La vision floue, ravagée par les larmes, je ne peux que sentir qu’il me ramène vers la sortie en me traînant de la même manière et, victime de sa force, je ne peux que me laisser faire, de toute façon trop faible pour faire ou dire quoi que ce soit. Je suis trop bouleversée pour ça. Mécaniquement, j’essais d’essuyer les larmes qui ne cessent de couler. Plus loin que la peur et la détresse, c’est un tout autre sentiment qui m’envahi de toute part sans que je ne puisse le contrôler, pendant cet instant tout redevient comme avant et je sens remonter malgré moi tous les sentiments insensés que j’éprouve pour lui. Tout ça me dépasse, je ne peux que les subir.
_Je ne veux surtout pas te voir dans les parages ! Siffla-t-il en me lâchant brusquement comme un vulgaire déchet avant de faire demi tour pour aller se fondre dans la masse.
Caressant mon bras meurtri et endoloris, j’ai eu le temps de lire de la pitié sur son visage et à juste titre, je n’ai nullement cherché à me défendre, trop abasourdie de le retrouver ici, j’ai tout bonnement perdu tous mes moyens devant lui.


Le visage complètement ravagé par les larmes, je me rue dans ma chambre et m’effondre sur mon lit. Mes sanglots m’empêchent de respirer correctement et pendant une seconde rien qu’une, je souhaiterais m’étouffer et mettre ainsi fin à tous mes maux. Je n’avais plus autant souffert depuis le jour de l’annonce du mariage de Lex. Je coince un bout de ma couette entre mes dents pour étouffer un cri de rage, me battant contre moi-même pour ne pas sombrer de nouveau, il faut que me calme à tout prix. Je n’ai pas envi que mon père me voit dans cet état s’il rentrait à ma suite. Je ferme les yeux, permettant ainsi à d’autres larmes de suivre le même chemin que les précédentes. Pourquoi ce souvenir remonte-t-il soudainement à la surface ?
Je m’en souviens comme si c’était hier.
C’était un vendredi soir, dernier week-end d’avril. Clark et moi finissions un article pour la Torche qui était censé couvrir la première page de l’édition du lundi. Je ne me souviens pas de quoi parlait cet article par contre, ma mémoire n’a pas jugée utile de conserver ce détail apparemment. Nous n’avancions déjà pas beaucoup ce soir là. La présence de Lana en train de faire ses comptes devait y être pour quelque chose j’imagine. Une heure plus tard et quelques tasses de café avalées, je me défoulais sur une feuille en papier qui avait été roulée en boule, puis déchirée dans les coins pour finir à mes pieds en plusieurs morceaux et l’article n’avançait pas. Je me souviens par contre de mon cri d’exaspération quand le téléphone de Clark s’est mis à sonner. J’étais prête à déclarer forfait et à le laisser en plan avec le dossier sous les yeux. Et tout de suite, ma curiosité jusque là plongée dans un profond sommeil a été tout de suite attirée lorsque le prénom de Lex est venu résonner dans mes tympans. J’ai alors esquisser un léger sourire accompagner d’un rosissement de mes joues qui passa inaperçu puisque Clark était toujours plongée dans la description du corps de Lana, même au beau milieu d’une conversation téléphonique. Mine de rien, je me suis mise à faire semblant de travailler pour mieux suivre leur discussion. Mais au final, je n’ai rien réussit à savoir. Clark, ou bien Lex allez savoir, a coupé court à l’appel, ce qui a contribué à renforcer mon état d’énervement d’ailleurs. Clark s’est levé, faisant comme s’il n’avait pas vu mon regard médusé, à enfiler son sac rouge sur une épaule et s’est très brièvement excuser, soit disant qu’il devait absolument passer voir Lex au manoir. Je suis restée interdite pendant une minute, vraiment on aurait dit que j’avais été pétrifiée. Ce fut ma tête qui se débloqua en premier, pour voir Lana se retourner d’une façon très, « élégante », s’imaginant avec sa cervelle de moineau que je n’avais pas compris qu’elle avait suivit toute la scène. Furibonde, j’ai balancé tout le contenu de mes affaires à la va vite dans mon sac et j’ai quitté le Talon, sous une pluie torrentielle. Arrive maintenant le lendemain, de bonne heure j’avais tout de même décidée de finir, seule, cet article, restant sur les nerfs après l’épisode de la veille. Je n’étais pas prête de pardonner ça à Clark, c’était trop souvent et j’avais mes limites. Que je sache je n’étais pas un réceptacle à lettres d’excuses. Mes gestes brusques venaient d’ailleurs confirmer mon état d’esprit. Je me souviens bien de mes tremblements ce jour là, ça m’avait inquiété. Et comme par hasard, le dit Clark déboula justement dans le bureau comme un boulet de canon, comme d’habitude en sommes, sauf que cette fois il n’avait pas eu le droit à un seul regard, je restais concentrée sur mon travail. Je ne réagissais pas plus à l’appel de mon prénom, je voulais qu’il comprenne que son attitude de la veille m’avait bouleversé et déçue, beaucoup déçue. L’ambiance était devenue doublement tendue quand il avait enfin compris le problème, et il n’avait pas cherché à établir le dialogue, ça lui aurait tellement peu ressemblé !
Par contre, le bruit d’un magazine balancé sur une chaise je l’avais entendu et m’étais, à tort, jetée dessus. Je voulais savoir ce qui pouvait l’amener dans mon antre de si bonne heure. Je m’étais emparée du magazine à pleines mains, et la seconde suivante j’étais tombée net sur une chaise, le regard vide et pourtant fixé sur l’image de la couverture qui annonçait les fiançailles de Lex et d’Helen. Je comprenais maintenant pourquoi Lex avait tenu à ce que Clark vienne au manoir si tard. Et sans comprendre d’où me venait cet élan de rage, j’ai déchiré la revue en autant de morceaux que je le pus et me suis mise à crier, la tête dans les mains. Tout ce qui se trouvait sur le bureau finit par terre, toute ma pile de dossiers, l’écran de mon ordinateur s’éclata sur le carrelage, les crayons roulèrent sur le sol. Je me souviens avoir violemment balancé ma chaise de bureau, renversant une des étagères et tout ce qui s’y trouvait dégringola tel une avalanche de classeurs et de feuilles. La chaise avait bien abîmé la poutre centrale de la pièce et lorsque je suis revenue à moi, j’ai réalisé la folie qui m’avait emportée, j’avais peur, je cherchais à fuir je ne savais quoi, moi sans doute. Je sanglotais, comme tout à l’heure lorsque j’ai aperçu Lex, et pour finir, je me suis recroquevillée dans un coin de la salle pour pleurer des heures durant, un peu comme maintenant. Et cet accident ne s’est jamais répercuté pour moi, un coupable tout désigné a été accusé à ma place.

Les yeux rouges et gonflés, la tête lourde, je me déplace difficilement jusqu’à ma table de nuit et plonge ma main dans le tiroir. J’en sors une de mes boites de médicaments. Ça fait plusieurs nuits que je n’en prends plus, ayant depuis quelques jours trouvé un sommeil plus tranquille. Mais ce soir c’est bien finit, j’ai besoin de ça pour me calmer. Au lieu d’un seul, je prends au creux de ma main trois comprimés et les avales d’un trait. J’attrape ma bouteille d’eau, bois une ou deux gorgées pour faire passer le tout et me lève. J’exploite les derniers efforts qu’il me reste pour me déshabiller et mettre ma chemise de nuit pour enfin me glisser sous les draps. J’aurais dû refuser d’accompagner mon père, je n’ai pas su sentir le coup venir. Si seulement cette nuit pouvait effacer les traits si fins de ce si dangereux personnage de ma mémoire, je souhaiterais tellement l’oublier, TOUT oublier.

Malgré le brouhaha qui s’élève tout autour de moi, et malgré le brouillard tournoyant qui m’entoure, je tente d’ouvrir mes paupières que je sens plus lourdes que jamais. Automatiquement, je porte mes mains jusqu’à la tête. Elle est tellement douloureuse que j’ai bien l’impression qu’elle est prête à exploser et me met à gémir. Ce n’est pas seulement ma tête, tout mon corps me fait atrocement souffrir et je n’ai qu’une envie, que cela s’arrête. Je me sens fiévreuse, nauséeuse aussi. Ouvrant peu à peu les yeux, la première chose que mes yeux me permettent de voir sont mes mains tremblantes au-dessus de ma tête. La minute suivante, je sens le matelas s’affaisser à côté de moi suivit d’une main réconfortante et chaleureuse se poser sur ma joue. Je l’entend me parler mais j’ai tellement mal au crâne que je parvient pas à traduire ce son lourd, rauque et grave qui me parvient dans les oreilles. De toutes mes forces, je tente de me concentrer sur cette main caressante plutôt que sur cette douleur lancinante et je referme les yeux, prise d’une bouffée de chaleur, je sens une fièvre puissante traversée mon corps des pieds jusqu’à la tête. Mes tremblements reviennent en même temps que mon père se relève, me privant de son contact rassurant et je réalise soudain qu’il n’est pas seul dans la pièce. Je perçois de façon plus lointaine d’autres sons tout aussi graves mais déjà je soupçonne plus de conviction dans les mots prononcés. Petit à petit, les idées se remettent en place dans mon esprit et je crois savoir ce qui se passe. Le cours de la soirée repasse à une vitesse folle devant moi sous forme d’images floues et toutes décousues, mais je me rappelle de chacun de mes actes, de mes mouvements. Quelle bêtise ais-je encore trouvé à faire pour inquiéter mon père ?
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MessageSujet: Re: Coupable d'aimer   Sam 21 Aoû 2010 - 15:10

Plus clairement, j’entends la porte de ma chambre s’ouvrir, la lumière du couloir venant m’aveugler, même les yeux fermés et j’écoute attentivement les informations qui me parviennent.
_Son état n’est pas inquiétant rassurez-vous monsieur Sullivan, elle a pris une trop forte dose de médicaments mais lui faire un lavage d’estomac n’est pas nécessaire. Une ou deux journées de repos la remettront sur pied. Par contre je vous demanderais je bien la forcer à manger quelque chose toutes les demies heures, c’est important. Si elle ne se nourrit pas, là son état pourrait se dégrader et il faudrait la conduire à l’hôpital. Faite la boire aussi, très régulièrement, les pilules qu’elle a avalées l’ont complètement déshydraté.
_Merci docteur.
_Par contre, si la fièvre ne baisse pas avant demain ne lui donnez rien, c’est un effet secondaire dut aux cachets et lui donner d’autres médicaments en plus n’arrangeraient pas sa santé. Dans deux jours grand maximum votre fille sera rétablie.

J’avais relevé ma tête pour mieux entendre le pronostic du médecin mais au fur et à mesure qu’il parlait, ma tête s’était reposée d’elle-même sur l’oreiller et mon corps ne voulait qu’une seule chose, se détendre totalement dans un sommeil réparateur. Moi aussi j’en avais besoin. J’avais beau avoir la sensation que des heures s’étaient écoulées, seulement deux séparaient le moment où je m’étais couchée, bourrée de calmants, et le moment où je me suis réveillée. Mon regard se pose sur ma table de nuit. Un verre rempli d’eau y a été posé et ça tombe très bien, ma bouche est sèche et pâteuse, et surtout, au-delà de ça, c’est vrai que j’ai soif. Je m’empare du verre et vide son contenu d’un trait, même si la moitié se renverse sur les draps ou sur ma chemise de nuit, au moins ça me rafraîchit un peu. Trop faible pour réitérer le mouvement de mon bras vers la table de chevet, je laisse le verre tomber négligemment sur le sol et ais juste le temps de sourire maigrement à mon père avant que mes paupières se referment d’elles-mêmes. Je ne me suis pas rendu compte à quel point mon corps était en manque de sommeil.

J’ignore si cette fois c’est bien la réalité, mais je crois bien avoir dormie une éternité toute entière, et je l’aurais bien mérité. Oui enfin, si cette sensation pâteuse dans la bouche n’était pas encore présente. Instinctivement, je cherche de quoi satisfaire mon besoin de m’hydrater mais en ouvrant les yeux, la première chose qui m’attire c’est cette forme endormie sur ma grande chaise blanche en osier. Je me tourne sur le côté avec un petit grognement et reste là, en pleine admiration de mon père, le coude posé sur l’accoudoir et la tête sur le point relevé, les yeux fermés. Un détail m’intrigue cependant. Même dans son sommeil, son visage exprime toute l’inquiétude qu’il a pour moi, ses sourcils sont froncés même dans son sommeil. Comme s’il ne dormait pas mais plutôt comme s’il était en pleine méditation tout en veillant sur moi. Je le sais très bien, la situation ne s’y prête absolument pas et pourtant cela aurait tendance à me faire sourire. Et il se dessine finalement sur mes lèvres lorsque j’aperçois un second verre d’eau et un pichet posés sur la table de nuit. Je m’en empare avec les mêmes difficultés que cette nuit mais sentir le liquide traverser mes lèvres, caresser ma langue…..je redécouvre la sensation de l’eau de ma bouche, s’en est presque magique, et c’est très agréable. Cette fois, je prends mon temps pour finir mon verre, le repose et me rallonge. De toute façon, connaissant mon père je me doute qu’il ne me laissera pas quitter le lit, et pour une fois je n’ais pas du tout l’intention de le contredire, je suis bien là où je suis. En plus il n’est que dix heures d’après ce qu’affichent les chiffres digitaux de mon réveil.
Plusieurs fois, je me tourne et me retourne dans mon lit à la recherche de la bonne position pour me rendormir mais rien à faire, je n’arrive pas à trouver comment bien me mettre pour être complètement à l’aise et détendue. Je tape nerveusement des poings contre mon oreiller, pestant contre moi-même, seule responsable de mon état. Je sais très bien que m’énerver après coup ne sert à rien mais c’est comme si j’en avais besoin. D’un mouvement sec, je pousse ma couette et m’assied sur le matelas. J’avais complètement oubliée que mon père dormait toujours sur ma chaise et je suis soulagée de ne pas l’avoir réveillé avec tout le bruit que je fais.
J’ai à peine le temps de mettre un pied sur la moquette que je sens mon malaise revenir, je me sens barbouillée, j’ai envi de vomir et en plus de ça, ma tête tourne tellement vite et dans tous les sens que c’est à me rendre dingue. Je m’arrête un instant au bord du lit, prend ma tête entre mes mains et respire un bon coup. Je sais que je devrais restée au lit mais c’est plus fort que moi, j’ai besoin de sortir de cette pièce qui commence sérieusement à m’oppresser.

Comme si le besoin ressentit en était instinctif, je marche dans le couloir, puis jusque la cuisine tel un automate et je me mis à chercher à l’aveuglette un verre dans le placard. La bouteille était restée sur la table et je m’en servis un grand verre que je vidai d’un trait, sentant le liquide essayer de repousser cette boule dans ma gorge. Même un simple verre d’eau fraîche me donnait la nausée malgré le rafraîchissement qu’il m’apportait.
Encore déambulante et dans les vaps, la meilleure solution était de retourner se coucher, que faire d’autre ? Rester là à faire le tour de l’appartement sana aucun but, sans aucune envie, inutile. Je me laisse donc glisser de ma chaise et titube sur quelques mètres avant d’atteindre le couloir. J’ai juste jeté un coup d’œil derrière moi par simple automatisme et pourtant, je m’arrête une nouvelle fois, convaincue d’avoir vu quelque chose qui, même une fraction de seconde, a troublé mon esprit. En effet, une enveloppe blanche est posée sur le carrelage près de la porte, sans doute quelqu’un l’a faite glissée dessous.
Je m’en approche mais déjà de loin je ne vois aucune écriture d’aucune sorte sur le devant. Je me baisse, la ramasse et la retourne, au cas ou, mais rien, juste une enveloppe blanche et je suppose que c’est tout à fait volontaire qu’elle soit ouverte, laissant apparaître un morceau de papier glacé dépasser.
J’entends mon père qui sort de la chambre, s’étirant bruyamment mais je ne réponds pas à sa question évidente de savoir comment je vais, j’hésite à ouvrir cette enveloppe, elle ne m’inspire pas confiance, rien que par son absence d’informations.
_Qu’est-ce que c’est ? Me demande mon père en posant sa main sur mon épaule.
_Aucune idée, je viens de la trouver et…
Je n’ai pas le temps de finir ma phrase que mon père me l’arrache brutalement des mains, sait-il à quoi s’attendre ? Je le sens tendu et hésitant à l’ouvrir lui aussi, mais, ça n’a rien à voir avec mon appréhension, il a une idée de ce qu’il peut s’agir.
_Des absurdités tout ça, il, il ne faut pas en tenir compte. Dit-il.
J’ignore cependant s’il le disait pour moi ou à lui-même. Il ne tente pas un mouvement de recul quand je m’empare du papier mais je regrette aussitôt d’avoir levé les yeux. Je manque de m’étouffer et me rue sur le canapé. J’ai besoin de m’asseoir, et de souffler. Je crispe mes doigts sur mon pantalon et ferme les yeux, me plongeant sans m’en rendre compte dans un mouvement de balancier d’avant en arrière. Je sais parfaitement de qui vient ce mot. « Tu es complètement folle, tu vas retourner d’où tu viens », ça avait le mérite d’être clair. Qui d’autre que Lex, qui m’avait menacé quelques heures auparavant. Moi qui avais espéré misérablement que ses mots étaient dû au choc de me revoir circuler de nouveau librement.
Mon père me rejoint et je profite largement du soutien physique qu’il m’apporte pour m’appuyer contre son épaule. Il m’aide à me lever et me traîne jusque ma chambre. J’ai de nouveau très chaud, et je frissonne en même temps, je souhaiterais tant fermer les yeux pour ne les rouvrir que dans un quart de siècle environ, le temps que mes pêchés soient oubliés. Il n’y a que dans ces moments de faiblesse que je pense à fuir la réalité, et j’avoue, j’ai peur. Je sais que les Luthor ont toujours été des gens influant, Lex possède le pouvoir de me renvoyer de là où je viens comme il dit, comme si je venais d’une galaxie très très lointaine. Et pour la première fois, j’espère de tout mon cœur que Lionel fera barrage.
Je rembourre mon oreiller derrière mon dos et me cale confortablement contre la tête de lit. Mon père attend que je lui donne une éventuelle explication. C’est logique, mon second début de malaise coïncide avec cette lettre, je ne peux pas me résigner à garder le silence plus longtemps. Seulement, le sujet Lex a toujours été très compliqué a abordé avec mon père, je réalise soudain que je lui cache encore une grande partie de la vérité. Un jour je lui dirais, et ce même jour je ferai un grand pas à travers le long chemin de mon rétablissement.
_Ma chérie dis-moi, as-tu la moindre idée de qui pourrait provenir cette lettre ?
_La raison pour laquelle, je suis rentrée si vite, c’est, c’est parce que, j’ai, Lex était là. Avouais-je difficilement.
Mon père baisse rapidement la tête, ferme les yeux et compresse les deux morceaux de papiers violemment dans sa main en murmurant quelques mots inaudibles pour mes oreilles.
_Ma chérie si tu savais comme je m’en veux, si j’avais été mis au courant que ce, enfin qu’il serait là, crois-moi jamais je ne t’aurais demandé de m’accompagner !
Je me redresse et l’étreint aussi fort que je le peux, l’air confus. Evidemment que je sais qu’il n’était pas au courant, comme aurait-il pu me piéger ? Il me donne un gros baiser dans les cheveux et s’écarte. Nous nous sourions et je me laisse aller contre mon oreiller, complètement éteinte. Mon corps est à bout, bientôt se sont mes paupières qui vont se fermer et j’ai tout juste le temps de rabattre l’oreiller contre le matelas que je me sens plonger dans le sommeil.
_Jamais je ne laisserais Lex te toucher, il a fait assez de dégâts comme ça. Me chuchote mon père avant d’éteindre ma lampe de chevet. En quittant la pièce, il prend le soin de laisser la porte de ma chambre entrouverte et dans une grimace, j’espère que les choses n’empireront pas demain.

Sans faire de bruit, j’entre dans la chambre de mon père, tout frais et pimpant, prêt à partir travailler. Dans une moue étrange, je traverse les derniers mètres qui le sépare de moi et viens m’asseoir sur le bord de son lit, ma tasse de thé au miel dans les mains. Je le regarde dans le reflet du miroir, toujours impressionnée de le voir mettre sa cravate comme un chef. Pourtant, je me rappelle comme si c’était hier que c’était la guerre tous les matins et que j’arrivais en renfort pour faire ce qu’il appelait toujours ce ‘saleté de nœud’. Cette petite anecdote parvient à me faire sourire c’est étrange.
_Je tâcherais d’être là pour midi, mais tu me connais, moi et la ponctualité ça à toujours fait deux. Repose toi surtout ne t’occupe de rien, je passerai chez le traiteur.
Il se retourna à ce moment là et m’embrassa longuement sur le front. Sans comprendre pourquoi, savoir que sa petite manie de toujours arriver en retard me fait encore davantage sourire. Je le suis dans le couloir et subitement je réalise en le voyant enfiler son manteau que je ne lui ais même pas demander comment c’était passé sa soirée. Oui, outre le fait que la mienne ais été une catastrophe sur toute la ligne, lui semblait au contraire ravi de cette sortie avec une femme dont j’ignore absolument tout pour le moment. Mais, tout cela m’intrigue, et si a peut me permettre de penser à autre chose qu’à mon problème et ma rencontre de la veille, je me tiens prête à écouter son récit dans les moindres détails.
Nous entendons la sonnette juste à côté de nous et d’un même mouvement, mon père et moi nous regardons dans un pareil froncement de sourcils, personne ne nous dérange jamais à cette heure de la matinée et le facteur n’a pas encore commencé à faire le tour de l’immeuble.
Alors que mon père va ouvrir la porte, je vais dans le salon pour zapper sur nos dizaines de chaînes pour sans doute éteindre la télé dans les cinq minutes qui suivront. A peine ais-je eu le temps d’attraper la télécommande laissé en plan sur un coussin du canapé que j’entends mon père hurler. Comme hier soir, je me retrouve paralysée sur place, mais ça n’a absolument rien à voir avec le ton qu’emploi mon père.
_DEGAGEZ DE CHEZ MOI ! DE QUEL DROIT VOUS VOUS PERMETTEZ DE DEBARQUER ICI APRES CE QUE VOUS AVEZ FAIT HIER SOIR !
_Monsieur Sullivan calmez vous ! Demanda Lex plus calmement.
_NON JE NE CALMERAIS PAS ! OSEZ SIMPLEMENT ESSAYER D’APPROCHER MA FILLE QUE VOUS AUREZ DEJA LA POLICE AUX FESSES ESPECE DE…
_Papa arrête ! M’interposais-je.
Je ne sais par quel miracle j’ai réussi à sortir de cette transe qui me tétanisait mais je me retrouve à tirer mon père par le bras avant qu’il ne fasse quelque chose qu’il regretterait.
_Allez-vous en ! Ou j’utiliserai cette lettre comme preuve du harcèlement que vous nous faites subir ! Maugréât mon père dont le teint avait viré au rouge par la colère, lettre chiffonnée en main.
_Monsieur Sullivan, j’ignore de quoi vous parlez, je n’ais jamais vu cette lettre auparavant je vous le jure ! Je voulais juste, je voulais te revoir Chloé. Dit-il en s’adressant directement à moi de ce regard si envoûtant qu’il maîtrisait parfaitement et qui me dégoûtait plus que tout autre chose.
_NE VOUS ADRESSEZ PAS À MA FILLE ! COMMENT OSEZ VOUS APRES CE QUE VOUS LUI AVEZ FAIT SUBIR !
_Papa !
_Je m’occupe de le faire sortir, toi chérie referme bien la porte derrière toi, enferme toi. Me murmura-t-il. A-t-il peur que Lex ne revienne me tourmenter ?
Je n’ais même pas le temps de trouver une réponse que déjà la porte se referme sur moi, laissant disparaître mon père et, Lex. J’obéis à mon père et m’enferme à double tour, peut-être n’a-t-il pas tort, je devrais me méfier. Les belles paroles de Lex toutes pleines de conviction ne peuvent plus m’atteindre, il ne peut plus qu’essayer de se convaincre lui-même de son mensonge, je sais très bien qu’il est l’auteur de cette lettre. Petit et sournois, voilà comment qualifier un tel geste, et cela lui ressemble en tout point.

Assise à mon bureau, je m’aperçois que ça fait bientôt une heure que je ne fais rien, la tête posée sur ma main, avachie complètement sur mon fauteuil. Ce n’est certainement pas aujourd’hui que j’arriverai à quoi que ce soit alors je referme violemment mon bouquin avec l’envi puissante de l’envoyer voler dans la pièce. En plus je sens encore mes paupières lourdes et mes yeux me piquer comme si je souffrais d’un cruel manque de sommeil alors que je n’ai pas vraiment souvenir d’avoir fait autre chose que dormir ces dernières vingt-quatre heures. J’espère qu’il ne me faudra pas plusieurs semaines pour me remettre de ma dernière bêtise en date et je dois admettre que je mérite mon état, mais, lorsqu’on se sent seul et piégé comme s’était le cas, je crois qu’on est plus susceptible de se laisser aller à faire n’importe quoi. Au lieu de rester ici à me replonger dans mes troublantes pensées, je parviens à me lever avec l’espoir de pouvoir avaler quelque chose. Je n’ai pas faim, mais au moins mon envi de vomir semble avoir disparu, je sais pour mon bien qu’il faut que je me force au moins à manger un fruit, et surtout à boire. En arrivant dans la cuisine, je vois que mon père n’a pas oublié de laisser mon verre et la bouteille d’eau bien en évidence sur le comptoir et même si ce n’est pas grand-chose, je me rend compte que j’ai étonnement de chance d’avoir quelqu’un sur qui compter depuis ma sortie. Sans ça j’ignore si je pourrais tenir le coup comme je le fais maintenant, j’ai entendu dire là bas que certaines personnes encore fragiles qui sortaient n’avaient plus personne pour les attendre, et ces personnes là, il arrivait qu’on les retrouve dans la rubrique nécrologique le lendemain. Je me prends la tête entre les mains en entendant de nouveau cette maudite sonnette, et je n’ai pas du tout envi d’aller ouvrir mais la personne de l’autre côté de la porte se montre bien insistante. Je me lève mais entre les derniers mètres qui me séparent de l’entrée, un doute m’assaille, puis la peur me prend au ventre dans une boule oppressante. Et si c’était Lex qui revenait pour obtenir ce qu’il n’avait pas réussi à avoir tout à l’heure. Mon père aurait eu raison ? A croire que je doute encore de la persévérance dont peut faire preuve un Luthor, que je peux être naïve parfois. Inutile de regarder par le judas, j’ai enfin compris qu’il ne peut s’agir que de lui. Je défais le verrou de la porte, mais laisse accrochée la petite chaîne pour maintenir cette distance que constitue la porte entre lui en moi et, dans un soupir, je me décide à ouvrir.
_Est-ce que mon père n’a pas été assez clair tout à l’heure ? Dégage ! Prononçais-je distinctement tout en essayant de dissimuler toute la crainte qu’il pouvait éveiller en moi.
_Allons Chloé, tu savais pertinemment que je me présenterais de nouveau à ta porte.
_Et pour quoi faire HEIN ! Le message est très clairement passé, deux fois plutôt qu’une d’ailleurs !
_En quelle langue vais-je devoir te faire comprendre que je ne suis pas à l’origine de cette, lettre que ton père prétend avoir reçu ?
_En chinois si ça t’amuse ! Tu es la seule personne à vouloir me nuire qui soit au courant de ma sortie, il n’y a pas à chercher plus loin.
_Faux ! M’annonça-t-il.
J’allais refermer la porte, lasse de ses mensonges mais il coinça son pied dans l’embrasure avec force.
_Laisse moi entrer.
_Jamais de la vie !
_Si tu me laissais entrer, tu pourrais découvrir des vérités que l’on a intentionnellement cherché à te cacher jusqu’ici, réfléchis bien Chloé.
Pour la première fois depuis qu’il se trouve face à moi, j’ose le regarder dans les yeux, mais, comme d’habitude, je n’y lis qu’une froideur et une impassibilité résistante à toute épreuve. Ce n’est pas de cette façon que j’en apprendrais davantage sur ses réelles intentions. Mon bras se lève de lui-même jusqu’au petit loquet qui retient la chaîne et je vois Lex froncer des sourcils sous mes tremblements. Je déglutis, moi qui voulais cacher mes émotions au maximum c’est raté. J’hésite un long moment mais ma nature semble reprendre le dessus, la curiosité est plus forte que ma raison. Rapidement, je m’écarte de la porte et vient me placer derrière le canapé, prenant appuis contre le dossier. Je le vois s’avancer, sortir un crayon et un morceau de papier et y griffonner quelques mots, je ne comprends rien de ce qu’il fait jusqu’à ce qu’il tourne la feuille vers moi.
_ça m’étonnerait que ce soit cette écriture qui ait écrit ta fameuse lettre.
_Désolé ça ne prouve rien ça ! C’est trop facile de changer d’écriture. Et au cas où tu l’aurais déjà oublié, la façon dont tu m’as agressé hier soir ne m’encourage absolument pas à te laisser le bénéfice du doute ! Lui lançais-je d’une voix chevrotante, les larmes aux yeux face aux images de la veille qui me reviennent en tête.
_T’es-tu montrée observatrice lors de cette soirée, est-ce que tu aurais reconnu des gens dont le visage t’était familier ? Demanda-t-il sans me démontrer ne serait-ce qu’une once de pitié pour ma peine.
Je me contente de secouer la tête de gauche à droite en signe de négation.
_Pourtant, les parents d’Helen étaient présents ce soir là, et ils ont très probablement remarqué que tu étais là. Tout ce que j’ai voulu faire hier soir s’était de te mettre en garde, d’une façon que tu juges brutales certes ! Mais ceux sont eux qui ont dû envoyer cette lettre Chloé, pas moi !
_Mais c’était complètement stupide comme initiative ! Ne trouvais-je rien d’autre à dire, trop déroutée par ce que Lex venait de m’apprendre, la seule idée qui me semblait impossible et à laquelle j’avoue ne pas avoir pensé.
_Je suis parfaitement d’accord. Mais ces gens ont été détruits par la mort de leur fille et ils sont prêts à n’importe quoi pour obtenir justice.
_Il y a déjà eu justice ! Criais-je. J’ai passé trois ans, enfermée, droguée de divers traitements à en devenir complètement dingue ! Certifiais-je, hors de moi.
_Pour eux c’est très loin d’être suffisant. Se contenta-t-il de rajouter, l’expression toujours dénuée de la moindre émotion.
Je le vois se diriger vers la sortie alors je profite de ces quelques secondes pendant lesquelles il me tourne le dos pour retrouver une respiration normale et tenter de me calmer.
_Chloé, s’il y a un conseil que je peux te donner, c’est de faire attention.
_Pourquoi tu es venu me mettre en garde ? Pourquoi tu es venu tout simplement ?
Je l’entendis soupirer et se retourna quelques instants plus tard, la main sur la poignée de la porte.
_Tu ne pourrais pas comprendre.
Il referma lentement la porte derrière lui et me laissa complètement déboussolée.
Dans un sens il ne m’avait rien appris, il s’était fichu de moi, mais il ne s’était pas montré hostile au moins. Maintenant je commençais à croire que Lex pouvait avoir dit la vérité. A tâtons, je cherche à me diriger le long du canapé, longeant le dossier de ma main et viens m’asseoir sur l’accoudoir. Mes yeux se perdent dans le vide et des images vieilles de trois ans resurgissent dans mon esprit. Les parents d’Helen……Je les revois totalement dévastés du meurtre de leur fille, je revois leur hargne à me faire plonger au plus bas lors du procès, je me souviens de la crainte que m’inspirais leur avocat, réputé pour être l’un des meilleurs et très réputé aux Etats-Unis. Comment ais-je pu ne pas les reconnaître hier soir ? Il faut dire que c’était ma première vraie sortie depuis très longtemps, je ne pouvais donc pas être attentive comme autrefois à tout ce qui se déroulait autour de moi.
En baissant les yeux, je remarque le bout de papier abandonné par Lex et me penche pour le ramasser. En regardant avec attention son écriture, il est vrai qu’elle est très différente de celle que j’ai vu sur la lettre. D’une main, je me masse les tempes, déjà fatiguée de savoir que certaines personnes ne rêvent que de me martyriser encore davantage, comme si je n’avais pas déjà payé le prix fort pour mes erreurs. Je range le morceau de papier dans la poche arrière de mon jean et retourne dans ma chambre. Il n’y a qu’un peu de repos qui pourra m’apaiser.


Je suis plongée dans mes cours depuis je début de l’après-midi, et pourtant, sourire aux lèvres, je ne peux m’empêcher de me laisser distraire en regardant l’heure toutes les dix minutes depuis plus de deux heures. Hier soir, mon père est rentré à la maison avec un gros paquet dans les mains en m’interdisant de l’ouvrir avant le lendemain matin. J’étais tellement impatiente ! J’ai tenté de le faire craquer par tous les moyens possibles et imaginables mais à ma grande déception je n’ai pas réussi à lui sortir les vers du nez.
A sept heures ce matin, je pensais être la première levée, mais en réalité mon père était déjà parti travailler. J’étais un peu surprise, d’habitude il ne quitte jamais l’appartement avant huit heures. Dans la minute qui suivit, je m’étais bien entendu jetée sur mon cadeau. Mon père c’était ruiné pour m’acheter une nouvelle tenue complète ! J’étais ébahie ! Il savait décidément choisir ce qui m’allait le mieux. Un pantalon noir, une tunique bordeaux et un tee-shirt à manches longues. Pour accompagner le tout, il avait choisi avec goût de jolies petites chaussures noires à talon discret. Ce cadeau me faisait tellement plaisir que je n’avais même pas remarqué le petit mot qu’il m’avait laissé sur la boite. Il m’emmenait au théâtre et dîner dans un restaurant que je ne connaissais que de nom pour sa réputation. Pourquoi tant d’attention ? C’était trop ! Je l’avais bien entendu appelé pour lui dire au moins milles merci et au lieu de rester pendue au téléphone, il m’avait proposé d’aller essayer tout ça. Je n’avais plus voulu quitter ces nouveaux vêtements de la journée, j’ai comme l’impression de faire peau neuve avec, d’être soudain une nouvelle Chloé prête à prendre son envol et d’oser quitter le nid avec ma première sortie catastrophique cinq jours auparavant.
Il est seize heures et en me débrouillant bien j’ai encore le temps de préparer mon compte rendu d’anglais. Mais pour l’instant, je pense avoir mérité une petite pause après trois longues heures à m’acharner sur mes mathématiques et mon français.
Le médecin est repassé hier pour vérifier que je m’étais complètement rétabli et ho grande nouvelle, je peux de nouveau boire la seule boisson qui peut me permettre de tenir le choc toute une journée. Ça ne sera que la troisième de la journée après tout alors je ne vois pas pourquoi je m’en priverais.
On sonne à la porte, je n’attend personne aujourd’hui mais j’ai au moins le mérite d’être présentable. Naturellement, je met un peu d’ordre dans ma tunique et déverrouille la porte.
_Lex ! M’exclamais-je d’une voix étouffée par la surprise de le trouver là.
_Bonjour, est-ce que je peux entrer ? Me demande-t-il d’un ton que je qualifierai d’aimable.
Je préfère m’écarter et lui laisser le passage libre, sa visite s’écourtera du moment que je cède à sa demande, il ne sert à rien de lui résister. Alors, comme l’autre jour, je m’écarte au maximum de lui et croise mes bras sur ma poitrine, le regard bas.
_As-tu reçu de nouvelles menaces ?
_Non. Répondis-je sèchement. Il est venu pour satisfaire sa curiosité, maintenant qu’il a sa réponse il peut repartir, moi je n’ai plus rien à lui dire, il a déjà bien de la chance que je tolère sa présence.
_Et toi, comment vas-tu ?
Choquée d’entendre ces mots sortir de sa bouche, je le regarde droit dans les yeux avec dans l’intention de lui montrer combien ces simples paroles peuvent me heurter, me blesser.
_Tu es vraiment la dernière des pourritures ! Tu te permets de venir sonner à ma porte, tu viens faire ton curieux et maintenant tu oses me demander comment je vais ? Est-ce que j’ai besoin de te rappeler qu’il y a trois ans tu as demandé la peine capitale pour moi ?
_Je n’ai pas oublié, je ne vois pas comment je pourrais, mais tous les deux nous avons pris du recul par rapport à tout ça. Me dit-il en tentant une approche vers moi mais je n’ai malheureusement pas la force de bouger, il me paralyse.
_Rappelle toi de ce jour Chloé ! Ce fameux jour où la peine capitale a été demandée, je n’étais pas là, mais encore à l’hôpital et à peine sorti du coma.
Sentant un torrent de larmes me monter aux yeux, je comprime mes bras encore un peu plus contre mon corps dans l’espoir de faire cesser mes tremblements. J’ai écouté avec attention ce qu’il vient de me dire, et un énorme doute m’assaille. En effet Lex était absent au procès à cette période, il ne s’était pas encore remis de la balle qu’il avait reçue, j’ouvre la bouche une première fois mais rien n’en sort. Je ferme les yeux un instant, tente de me calmer et fait une deuxième tentative.
_Lex est-ce que, est-ce que la demande émanait réellement de toi, ou, quelqu’un d’autre l’a-t-elle prise à ta place ? Osais-je enfin demander.
Son sourire me donne des frissons et je me détourne une nouvelle fois de son regard si ravageur, je vais même jusqu’à lui tourner le dos, je supporte de moins en moins sa présence, elle commence à me retourner l’estomac.
_Tu es très perspicace Chloé, comme toujours, c’est une qualité qui ne se perd pas.
_C’est quand même ce que tu aurais voulu. Dis-je d’une voix plus basse.
Je sursaute dans un hoquet en sentant son souffle sur mon oreille, je ne l’ai même pas entendu se déplacer tellement je suis troublée.
_Si tu es encore en vie aujourd’hui, c’est uniquement grâce à moi. Me murmure-t-il.
Je ne retiens pas les premières larmes, rapidement suivies de cascades qui dégoulinent le long de mes joues et tout mon corps se contracte lorsque la main de Lex passe sur ma hanche pour venir caresser mon ventre. Je me retire d’un mouvement brusque et cherche à mettre plus de distance entre nous et me retourne vers lui.
_Mon père est venu me voir à l’hôpital pour me faire part de l’avancée du procès, et des décisions prises. A partir de ce moment j’ai compris que j’avais été manipulé par les parents d’Helen. Ils cherchaient avant tout à se venger de cet attentat en faisant passer la demande capitale comme la mienne. J’ai alors supplié mon père d’intervenir. Par n’importe quel moyen je voulais qu’il fasse en sorte que tu ne sois pas exécutée. En retour je lui ais donné ma parole que je reviendrais travailler avec lui.
Mes jambes ne me soutiennent plus, tout mon corps est contracté par de violents spasmes et je n’arrive plus à respirer entre mes sanglots. Je chercher rapidement un meuble auquel je peux me soutenir avant de faire un malaise. Je n’arrive même plus à savoir où je suis, ma vision s’embrouille et ma tête semble peser plusieurs tonnes. Je comprends maintenant pourquoi Lionel m’a dit que la dette avait été payée il y a trois ans, ce n’était pas avec mon père qu’il avait un accord, mais avec son fils.
_En sortant de l’hôpital j’ai appris que mon père avait réussi avec brio à retourner les choses en ta faveur, c’était deux semaines après la décision du juge. Après ça, mon père a tout fait pour me mettre à l’écart, pour que je ne puisse pas prendre le moindre contact avec toi ou que je tente une quelconque intervention.
Pour la première fois en le regardant droit dans les yeux, j’aperçois enfin une émotion, et ce n’est pas de la pitié, c’est de la peine, je sens qu’il voudrait s’approcher de moi, mais quelque chose l’en empêche alors que s’il venait jusqu’à moi, je ne suis plus très sûre que je le repousserais cette fois-ci.
_Maintenant tu connais la vérité Chloé, fais-en ce que tu veux. Dit-il en me laissant dans mon désarroi.
En partant, il n’a à m’offrir qu’une simple grimace qui pourrait se traduire comme un sourire compatissant, seulement encore une fois, il s’en va en laissant planer la réponse à la question la plus évidente, pourquoi ?


Toute envie de sortir et de m’amuser a disparu et j’ai déçu mon père à son retour. Je n’avais aucune idée de la façon dont j’allais lui annoncer ça. Il a tout de suite remarqué mes yeux gonflés et rouges et ma petite mine, mais j’ai choisit de lui faire croire à une simple petite déprime. Je sais à quoi il a pensé, il a cru qu’une fois encore je cherchais à me défiler, refusant de faire le moindre effort pour oser sortir de chez moi.
J’ai l’impression d’avoir fait un bon dans le passé subitement. Le temps où je mentais à mon père pour cacher mon chagrin à chaque fois que le sujet Lex Luthor était abordé soit par Clark soit dans les potins des tabloïds. Et ce soir je ne peux pas me résoudre à avouer à mon père que Lex est venu ici, pour m’apprendre une vérité qui est sans doute toujours inconnue aux yeux de mon père. Il est mauvais de trop s’enfoncer dans son mensonge, et je réalise que j’ai trop attendu, j’aurais dû lui avouer bien plus tôt que ma folie est née de cet amour irrationnel que j’éprouvais pour Lex, qui est toujours présent quelque part au fond de moi et qui, aujourd’hui plus que n’importe quand depuis trois ans ne demande qu’à se libérer. Jamais je ne trouverais la force de le lui dire, comment pourrait-il comprendre ?
Je me retourne du côté de la fenêtre. Je suis dans le noir total, allongée sur mon lit et une unique phrase résonne encore dans ma tête, «Si tu es encore en vie aujourd’hui, c’est uniquement grâce à moi». J’ai cette impression tenace, cette sensation dérangeante que j’ai une dette envers lui. Comment puis-je espérer avancer tout en sachant désormais qu’il m’a permis d’avoir cette seconde chance aujourd’hui ?
Un autre regard à l’extérieur me donne une soudaine impression de suffoquer, comme je l’ai déjà ressentie parfois, au cours de ces trois années. Dans le noir, ma vision s’éclaircit, je revois les murs de ma prison, la puanteur de cet endroit, les bruits suspects partout autour de moi, de nouveau, je suis enfermée, et j’ai envi de sortir. J’ai tellement peur que la porte refuse de l’ouvrir en tirant sur la poignée que je saute de mon lit, me rue vers la sortie et attrape mon manteau au passage. Près de l’entrée, mon père m’intercepte et pose ses mains sur mes épaules, l’air inquiet. J’ai dû l’alerter à faire autant de bruit.
_Où vas-tu comme ça ?
_J’ai besoin de prendre l’air, je ne vais pas loin, ne t’inquiète pas. Le rassurais-je.
Il pose ses lèvres sur mon front mais je continue à lire du souci dans ses yeux auquel je ne peux que rendre un sourire crispé, je regrette de ne pas être en mesure de lui offrir la soirée qu’il nous réservait. En revanche je me fais la promesse que ce n’est que partie remise.

Je frissonne en passant les portes de l’immeuble, bon sang je n’avais pas prévu qu’il fasse aussi froid. J’aurais dû penser à prendre des gants, mais quel bien fou me fait cet air si frais qui entre par grandes bouffés dans mes poumons, voilà une chose essentiel qui pourrait sans nul doute contribuer à améliorer mon état. Je regarde à gauche puis à droite, mais la rue semble déserte, je sais qu’il est vingt-deux heures passées mais je croyais que Métropolis vivait de nuit comme de jour. Mais ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre, loin de moi l’envi de croiser qui que ce soit. Je pense longer le trottoir jusqu’au croisement et prendre à droite pour descendre jusqu’au parc, voilà une chose qui manque cruellement à mon père, un peu de végétation.
Sur le chemin, un petit sourire éclaire mon visage, quel plaisir de n’entendre que l’écho de ses propres pas sur le bitume. Sans lever la tête, j’entend le moteur d’une voiture approcher puis ses feux viennent illuminer la pointe de mes nouvelles chaussures fraîchement cirées. Pourquoi cette auto s’arrête donc à mon niveau ? Je n’ai pas envi d’y porter la moindre attention et continuer ma route seulement le bruit de la vitre qui se baisse m’oblige à me retourner, mon cœur tambourinant fortement dans ma poitrine.
_Monte. M’ordonne presque Lex sans m’accorder le moindre regard, les mains posées sur le volant.
Hors de question que je le suive, le ton de sa voix suffit à m’effrayer et le rencontrer une fois dans la journée s’est déjà beaucoup me demander. Il a réussit à gâcher ma soirée, je vais pas le laisser en plus perturber ma nuit. Je reprends donc ma marche mais cette fois j’accélère le mouvement, je ne souhaite pas être suivie, pourtant je crains qu’il ne soit trop tard pour ça. Arrivée au croisement, dans un coup d’accélérateur parfaitement maîtrisé, il me coupe le passage et je me retrouve face à la portière côté passager.
_Monte ! Insista-t-il avec plus de force.
Je sens que je vais regretter ce que je m’apprête à faire mais je ne suis pas folle au point d’attiser la colère de Lex et de me retrouver dans sa voiture de force alors j’ouvre brusquement la porte sans réfléchir et m’assoies sur le siège, un air noir encré sur le visage.
_Ceinture.
Je me hâte à la boucler, me souvenant les remarques de Clark sur la conduite très particulière de Lex mais au fond, j’espère que la vitesse me permettra d’oublier ma détresse.
Aucun mot n’est échangé pendant le trajet, il garde cette prestance si particulière qui lui est propre, sait conserver son sérieux en fronçant légèrement les sourcils et bizarrement, j’aime sa façon de conduire, si rapide en effet mais tellement fluide. Il a vraiment l’air de savoir ce qu’il fait. Tout ce que j’espère c’est qu’il ne prendra pas le risque de tourner la tête de mon côté, il remarquerait immédiatement que je l’observe dans ses moindres détails depuis notre départ. Je me souviens maintenant pourquoi cet homme me fascine tant.
Autant je ne me posais aucune question en le voyant prendre les grands axes de communication, autant je me demande à présent où il m’emmène maintenant qu’il prend la direction de petites routes qui ne me rappellent rien. Il s’engage maintenant sur une route qui n’est plus du tout éclairée, il nous éloigne des habitations, ça me rappelle les petites routes de campagne de Smallville mais, me retrouver dans le noir en sa compagnie n’est pas pour me rassurer. Un peu plus loin, je remarque un panneau signalant un cul de sac et puis, plus loin, j’aperçois la cime de grands arbres, quel besoin a-t-il de nous éloigner autant, il m’inquiète vraiment et si je devait m’en tenir à mon angoisse je le supplierais de me ramener chez moi tout de suite.
Il coupe son moteur à l’orée de cette simili forêt qui nous fait face, et pour dissimuler ma peur je cache mes mains entre mes jambes et baisse de nouveau la tête.
_Je ne pouvais pas tout te dire tout à l’heure, je ne voulais pas prendre le risque que ton père débarque à l’improviste, je voulais un trouver un autre contexte pour qu’on puisse parler. Dit-il en se tournant vers moi, le bras posé sur mon appui tête.
_Fais vite ! Parce que ton cadre est assez morbide je dois dire !
_Tu as peur ?
Je ne pouvais que lui ouvrir de grands yeux, incapable de démentir.
_Qu’est-ce qui t’angoisse Chloé ? Que crois-tu qu’il puisse arriver ? Murmura-t-il.
Il s’amusait de me voir dans cet état de panique je pouvais le sentir, mais je ne pouvais rien répliquer, paralysée.
_Tu mérites que je t’explique les raisons qui m’ont poussé à faire une telle demande auprès de mon père.
_Je t’écoute. Lui soufflais-je, pourtant pas très sûre de vouloir entendre le fin mot de cette histoire.
_J’ai résisté à pas mal d’interdits dans ma vie, la tentation était grande à chaque fois mais je crois que tu es la personne à laquelle j’ai eu le plus de mal à renoncer. Dès que j’ai fait ta rencontre je l’ai su, et chaque fois que nous étions amenés à nous rencontrer je me faisais violence, je devais refouler tout ce que j’avais en moi. Que pouvais-je faire d’autre que taire mes sentiments Chloé ? Quel droit aurais-je pu prétendre avoir sur une adolescente de dix-sept ans ?
_Lex ! Le coupais-je, les larmes aux yeux, refusant d’entendre la suite qui, je le savais, me poignarderait en plein cœur.
_Chloé si je ne t’ai pas invité à mon mariage c’est uniquement parce que j’aurais dis non à Helen. Je l’aimais ce n’était pas le problème, mais à côté de toi mon choix n’aurait pas été difficile.
Je plonge en plein cauchemar, ce genre de chose ne peut pas m’arriver, pas à moi, mon malaise me gagne une seconde fois aujourd’hui, les larmes inondent mes joues et dans ma panique, je cherche la poignée de la portière en suffocant, je veux m’enfuir, je ne veux pas y croire. Et pourtant, il semblerait que Lex ait souffert autant que moi de cet amour que nous devions taire. Si seulement nous avions su qu’il était réciproque, je n’aurais sans doute jamais fait autant de dégâts dans sa vie.
Il m’attrapa violement par le poignet pour m’empêcher de sortir et me force à me tourner vers lui. Les mots sont prêts à sortir, pour la première fois de ma vie j’ai envi qu’il sache, et plus que tout j’ai besoin de savoir si je me sentirais libérée d’un tel poids.
_Si j’ai pété les plombs et que j’ai tué Helen de sang froid c’est parce que j’ai toujours été folle amoureuse de toi depuis que je t’ai rencontré ! Lui criais-je au visage.
Et alors que je croyais qu’il aurait un mouvement de recul, peut-être avec les mêmes regrets que moi, il me plaque contre la portière et plaque ses lèvres sur les miennes avec fureur et emprisonne mes mains pour m’empêcher de bouger. Il met tellement d’ardeur dans son étreinte que je ne cherche même pas à lui refuser le passage dans ma bouche, et puis ça fait tellement longtemps que j’en rêve, sentir sa langue venir caresser et s’enrouler avec la mienne avec fièvre. Je m’autorise une seconde d’abandon pendant laquelle je gémis à son baiser mais la réalité me rattrape très rapidement. Je le repousse avec les quelques forces qu’il me reste et le regarde gravement.
_Lex, je suis folle ! Et je risque de replonger uniquement parce que nous nous sommes vus !
Autant que je profite de cette entrevue un peu particulière pour le mettre en garde, ça me permettait par la même occasion de me faire un rappel, je devais absolument me méfier. J’allais encore une fois baisser les yeux mais la main puissante de Lex me force à le regarder et je le sens en profiter pour ma caresser le visage et la nuque.
_Non tu ne retomberas pas ! Tu es plus forte que ça Chloé.
Sans plus attendre, il prend mon visage en otage pour un second baiser tout aussi passionné que le premier auquel je me surprends à participer aussi activement que lui, jamais je n’ai connu ça, la passion d’un homme, ni même un baiser enflammé, même si c’est dans une voiture. Trois ans plus tôt ça aurait été une anecdote brûlante à raconter qui aurait vite fait le tour du lycée.
J’accroche mes mains autour de son cou et sans comprendre pourquoi, je le laisse partir à la découverte de ma gorge avec sa langue et je commence à sentir ses mains se frotter partout sur mon corps, sur ma taille, mes cuisses, mes seins. Il réveille en moi des sensations jamais éprouver auparavant et je m’échauffe déjà sous ses caresses, j’ai tellement envi de ça, perdre le contrôle et me laisser aller dans ses bras, rien qu’une fois, cette fois et comme s’il avait lu dans mes pensées, il vient me murmurer chaudement à l’oreille :
_En souvenir du passé.
Nous nous embrassons comme pour décider d’un commun accord que la nuit nous appartient. Il abaisse au maximum le dossier de mon siège et m’allonge complètement sous lui. Trop troublée pour faire quoi que ce soit, je me laisse guider par toute son expérience et chacun commence à déshabiller l’autre. Lex est plus pressé que moi et déboutonne déjà avec beaucoup de maîtrise mon pantalon alors que je dénude son torse parfaitement musclé, frôlant ses épaules de mes mains moites. Au fur à et mesure, je prend du retard sur lui. Il ne me reste que mes sous-vêtements alors que je m’atèle à sa ceinture. Il met tellement d’ardeur dans chacune de ses caresses que je suis forcée de m’arrêter pour profiter de ces quelques instants de plaisir. Sans gêne, je caresse son sexe une fois l’avoir mis à nu et écarte les jambes. Il a dû comprendre que je n’avais aucune expérience et je prie intérieurement pour qu’il soit doux au début. De mon côté, je le détend en lui massant les fesses et la nuque et enfouis ma tête dans son cou lorsque je le sens prêt à me pénétrer.

Un quart d’heure plus tard, je repousse doucement le corps trempé de sueur de Lex, j’ai besoin de reprendre mes esprits. Je voudrais surtout que Lex me laisse respirer tranquillement juste un instant mais il continue à me toucher, passe sa main dans mes cheveux et m’embrasse le visage. Bien sûr, après le moment que nous venons de partager je n’ai pas tout de suite envi de sortir de cette bulle mais il y a définitivement quelque chose qui me dérange dans cette situation. Rien que l’idée que moi, la meurtrière de sa femme ait couchée avec lui me parait complètement déplacée. Je sens naître en moi un puissant sentiment de regret d’avoir fait une chose pareille. Je suis descendue bien bas cette fois-ci, ses mains recommencent à me caresser et je ne fais rien, je ne l’en empêche pas alors que je suis certaine qu’il suffirait d’une parole pour le ramener à la raison. Je me dégoûte mais je ne résiste pas à ses lèvres brûlantes qui cherchent encore le barrage de mes dents et je me serre contre lui.
La tête plongée dans la courbe de son cou, je me mords la lèvre tellement je culpabilise d’être montée avec lui dans sa voiture. Partout dans cet espace confiné je sens nos deux odeurs qui se mélangent et la buée s’est collée aux vitres, dissimulant à la vue de tous notre écart de conduite. Lex n’a pas l’air de comprendre la situation dans laquelle on s’est fourrée, moi en revanche j’en ais pleinement conscience et je pose ma main sur son torse avec la ferme intention de l’éloigner de moi pour de bon. Je le fixe une seconde puis pars à la recherche de mes sous vêtements en tout premier lieu.
Une fois habillée, il me lance un regard que je lui rends, comme s’il voulait s’assurer que je sois vraiment prête à rentrer.
Le trajet se passe de commentaires, je n’ose même pas le regarder. A la place, je me concentre sur la route qui défile à une allure hallucinante, mais je ne me risquerais pas à me pencher pour surveiller sa vitesse. La seule chose que j’attends avec impatience désormais c’est qu’il me ramène au pied de mon immeuble. Cet instant arrive plus rapidement que je n’aurais pu l’espérer, je reconnais le bas de la rue et Lex ralentit considérablement son allure jusqu’à ce qu’il s’arrête enfin. Je m’apprête à sortir, mais je ressens aussi l’envi de lui adresser la parole une dernière fois avant de le voir disparaître de ma vie pour de bon.
_Lex, c’est la dernière fois que nous nous voyions n’est-ce pas ?
_Ce serait plus sage en effet, j’espère que tu réussiras à reconstruire ta vie comme tu l’entends. Après ce que tu as enduré je pense que tu le mérites.
_Merci.
_Chloé, il y a néanmoins une chose qu’il serait bon que tu fasses, tu n’as peut-être pas réalisé mais tu te rendras compte que tout ira mieux pour toi le jour où tu te sentiras prête à raconter la vérité à la personne à laquelle tu tiens le plus.
Il me laisse à nouveau sans voix, comment a-t-il deviné que je n’ai pas tout raconté à mon père ? Comment parvient-il à lire si facilement en moi ?
_Parle avec ton père Chloé. Dit-il pour me sortir de mes pensées.
J’acquiesce pour toute réponse, lui dit un timide adieu qu’il me rend et je le regarde bien une dernière fois pour encrer son visage dans ma tête avant de fermer la portière.

Je ne l’ai pas regardé s’en aller, je préfère commencer à tourner la page tout de suite et je comprend d’où vient cette subite crampe à l’estomac, signe de ce dernier fardeau que je porte depuis des années et qu’il est grand temps que j’abandonne. Lex a raison, je ne pourrais être en paix avec moi-même qu’après avoir expliqué la vérité à mon père. En passant les portes de l’immeuble, tout me parait subitement très clair. Jusqu’à présent, je pensais pouvoir être capable de recommencer ma vie ici, tout du moins au début, mais je me suis toujours voilée la face. Qu’ais-je réellement fait depuis ma sortie ? Je suis restée cloîtrée chez moi, refusant de voir du monde et de chercher à m’intégrer de nouveau. J’ai trop peur qu’on me juge ici, que les gens gardent de moi l’image d’une folle meurtrière. Cette ville n’a plus rien à m’apporter, même si les quelques personnes auxquelles je tiens sont encore ici. Pour mon bien, il faut que je reparte sur des bases plus saines ailleurs. Je pensais pouvoir retrouver mes repères en restant à Métropolis mais les seuls qui existent encore ici ne sont que les traces de mon ancienne vie sur laquelle je cherche à tirer un trait. Je sais maintenant ce que je dois faire et mon père me soutiendra, j’en suis sûre, il est tant que je lui fasse un peu plus confiance et que j’apprenne de nouveau à me fier à quelqu’un.
En rentrant, je me retrouve étouffée par deux grands bras qui m’enlacent, tout juste si mon père ne me fait pas décoller du sol. Je fronce les sourcils et percute enfin sur ce geste un peu trop empli d’affection à mon goût. Il a dû s’inquiéter comme un fou, moi qui lui avais promis de ne pas m’éloigner !
_Où étais-tu passée ?
_Je n’est pas vu l’heure passée excuse moi.
Je le resserre dans mes bras pour le rassurer une bonne fois pour toute et un petit sourire se dessine au coin de ma bouche, j’avais toujours gardé au fond de moi la certitude que ma folie réapparaîtrait au moment où Lex croiserait de nouveau ma route, mais en réalité, c’était justement ce dont j’avais besoin. Exprimer mes sentiments pour ensuite être capable de lui dire adieu. J’espère retrouver ma tranquillité d’esprit maintenant. Je me libère de son étreinte et le regarde avec appréhension, il me reste également à savoir de quelle façon je vais entamer la conversation et ce ne sera possible qu’après m’être rempli le ventre, je meurs de faim. Soulagée que je sois rentrée et en un seul morceau, mon père s’assoie sur un tabouret autour du comptoir et m’observe d’un œil attentif, la tête posée contre sa main. Je lui souris en étirant difficilement mes lèvres de mon visage crispé par l’angoisse mais c’est la dernière étape, le dernier pas à franchir avant que tout aille mieux. Je lève soudain les yeux devant moi, je crois que je commence à prendre conscience de ce qui va se passer, je suis impatiente aussi, j’ai envi de pleurer, mais derrière se cache une puissante envi de pousser un cri de joie à ma nouvelle vie qui me tend la main.

Trois jours plus tard…

S’est bien moi ça ! Il ne m’a pas fallut dix minutes pour mettre tout l’appartement sans dessus dessous pour mettre la main sur ces fichus billets d’avion, une heure avant mon départ. Une dernière fois je regarde sous mon lit en soufflant un bon coup. Stressée au possible, je me relève comme un piquet et passe ma main dans mes cheveux, finalement je ne les couperais pas, je préfère les laisser tels qu’ils étaient le jour de ma sortie, ils font eux aussi partie de ma nouvelle vie. Je râle un bon coup et j’essaye de me rappeler ce que j’ai bien pu faire de ces foutus billets. Pourtant j’ai cherché partout, même dans les endroits les plus improbables où je n’aurais jamais eu idée de les ranger. Pour me donner bonne conscience je revérifie encore si ma valise est prête, si je n’ai rien oublié nulle part.
_Ma chérie détend toi ! On va finir par les trouver. Me rassure mon père qui ramasse mon désordre après moi.
_On serait pas en train de les chercher si tu les avais bien rangé ! Dis-je sur le coup de l’énervement.
Son téléphone sonne et il décroche pendant que je retourne dans le salon, qu’est-ce que j’en ai fait ? Et ce n’est que la troisième chose que j’égare bêtement en l’espace de trois jours. Je n’ais même pas encore réalisé tout ce qui m’est arrivé que j’ai parlé à mon père. Je n’avais jamais vu mon père aussi ému. Il a aussi fallu que je le rassure, le pauvre culpabilisait de ne pas avoir vu que j’allais mal à ce moment là et que lui n’avait peut-être pas été suffisamment présent. Ça m’a pris du temps pour le rassurer et bien lui faire comprendre que personne n’avait rien vu. Bon, concernant ma petite escapade nocturne avec Lex, disons simplement que j’ai préféré passer cet épisode sous silence, il restera mon déclencheur secret.
Comme j’ai jugé qu’il réagissait plutôt bien à mes confidences, je lui fais part de mon désir de m’éloigner dans la foulée. Quand il m’a demandé où je n’avais aucune idée précise en tête mais peut importe la destination, le but restait le même, partir. Il est resté chaos pendant quelques minutes, ça n’avait rien d’étonnant, mais il n’a pas refusé. Il était complètement déboussolé bien sûr, mais je crois avoir adopté la bonne attitude pour lui montrer ma détermination et il s’est laissé convaincre. la seule condition qu’il m’a imposé est de m’accompagner pour les premiers jours, m’aider à m’installer et s’assurer que je tiendrais le coup sans lui.
Et me voilà, trois jours plus tard, heu, pas encore billets en main, mais prête à m’envoler vers un nouveau départ.
_Chloé !
En quelques enjambées je me retrouve dans ma chambre et mon père est toujours à quatre pattes sur la moquette, téléphone en main.
_Tu les as trouvé ? Demandais-je en croisant les doigts.
_Oui, enfin non, le taxi est arrivé.
_Non ! Ho, nooon ! Papa je n’ai pas mes billets, sans eux je ne pars pas !
_Chérie !
_Quoi ?
_Les billets sont dans la poche arrière de ton jean.
Le flash, oui, maintenant c’est évident que je me souviens les avoir mis là, avec, ma lettre. Je les extirpe de ma poche pendant que mon père m’explique qu’il les a vu quand je sortais de la chambre. Alors pour ne pas risquer de les perdre encore une fois, je les mets bien à l’abri dans mon sac à main ainsi que l’enveloppe qui se trouve également dans ma poche.
Mon père a beau me répéter que nous avons le temps, je fais tout dans la précipitation, je n’arrive pas à faire passer ma valise dans l’embrasure de la porte et frôle une seconde crise de nerf évitée de justesse par le renfort des grands bras forts de papa. J’aurais mieux fait de l’écouter et de faire partir mes bagages avant nous, lui a eu cette bonne idée et n’a plus à se soucier de ce gros détail. Une dernière fois, nous faisons le tour de l’appartement pour nous assurer que tout est en ordre et quittons discrètement l’immeuble.
Dehors, le chauffeur a déjà ouvert son coffre et aide mon père à y installer nos affaires pendant que je monte à l’arrière, je suis drôlement impatiente, à la limite de l’euphorie, on dirait une petite fille.
Quelques minutes plus tard, on arrive dans la rue principale du centre ville et depuis notre départ je n’arrête pas de triturer mes cheveux, je ne sais pas quoi faire de mes mains moites. Dans un sourire, mon père me demande de me détendre et prend mes mains dans les siennes avec douceur.
Comme je le prévoyais, je demande au dernier moment au chauffeur de s’arrêter devant le Daily Planet, le prévenant que je n’en ais pas pour longtemps. Je traverse la place à grandes enjambées et me retourne. Telle que la voiture est garée, mon père ne peut pas voir quelle est en réalité ma destination. Je regarde à gauche et à droite avant de traverser la route et pénètre sur le parking privé du Luthorcorp Plaza. A partir de là il est facile de trouver ce que je cherche, je n’ai qu’à me baisser et regarder toutes les plaques d’immatriculation jusqu’à trouver celle qui m’intéresse. Quatre rangées de voitures plus loin, je vois celle avec marquée « LX LTHR » et me remémore notre soirée dans un léger sourire. Je m’avance devant la voiture et en fait le tour pour me retrouver devant le par brise. Dans un soupir, je sors ma lettre de mon sac à main, me hâte de la coincer sous l’un de des essuie-glaces et fait demi tour en regardant ma montre, encore trois quarts d’heure, nous avons le temps.
Ce qui me rassure c’est que je vais éviter les au revoirs larmoyants dans le hall de l’aéroport. Mon père part avec moi et j’ai eu le temps de voir Clark et Pete avant-hier qui m’ont eux aussi bien encouragés et soutenus dans ma démarche d’ailleurs. Je pars donc sans regrets, le cœur plus léger et l’esprit tranquille, le meilleur pour moi reste à venir….


Cinq ans plus tard

L’air est doux et très agréable en ce début de printemps et le soleil, bien que caché quelque part derrière cet amas de gratte-ciels fait refléter sa lumière partout et commence à inonder la ville de sa chaleur. Il est pratiquement midi, au moins mon avion n’a pas eu de retard, encore heureux pour moi sinon j’aurais dû patienter une semaine de plus pour utiliser mon droit de visite.
Du bout des doigts, je soulève mes lunettes de soleil afin de mieux observer autour de moi ce que j’ai quitté il y a cinq ans et que je retrouve aujourd’hui dans l’état actuel dans lequel je l’ai quitté. Ça m’étonne un peu mais, je n’ais pas la sensation de revenir quelque part que je qualifierais de « chez moi », ce n’est plus exacte à présent. J’ai plutôt l’impression d’être de passage dans une ville qui me rappelle des souvenirs et où j’ai laissé quelques attaches. Mon véritable chez moi je l’ai quitté cette nuit avec étrange haut le cœur. C’est la première fois que je m’en éloigne autant. J’enverrais un message à la maison tout de suite après mon rendez-vous. Ça fait cinq ans que j’attends ce moment, une promesse est une promesse, je lui avais dit que je reviendrais, elle a été mon guide, elle a su me montrer la voie à suivre.
Deux semaines après l’obtention de mon diplôme, je savais déjà ce que je ferais de ma vie, j’ai donc suivie mes études en conséquences et depuis six mois, je suis fière de dire que j’exerce une profession qui me plait et maintenant, je me permet de croire que toutes les personnes qui sont, ou ont été comme moi peuvent bénéficier d’un soutien psychologique dès lors qu’elles le souhaitent. Grâce à ma position, j’ai tout de suite lancé les démarches administratives et judiciaires qui pouvaient me permettre de venir ici, pour voir ma mère.
J’ai tenté de m’informer pour savoir s’il était possible de la placer dans un centre plus près de chez pour faciliter mes visites, mais je n’ai pu obtenir. Je ne baisse pas les bras pour autant, même si ça fait un sacré voyage, je ferais le nécessaire pour venir la voir au moins deux fois par an. Ça me permettrait par la même occasion de venir voir mon père. Je ne l’ai pas vu depuis Noël et il me manque terriblement. Parfois je souhaiterais le convaincre de déménager mais il est trop borné et trop attaché à son Kansas, même s’il refuse de l’admettre. C’est dommage, il va rater beaucoup de choses, comme voir son bout de chou de petit fils grandir.
Comme le temps file, un an dans une semaine, aussi blond que sa mère mais il aura hériter des yeux sombres de son père. Et pour ma part, j’abandonnerais le nom de Sullivan le 17 mai prochain. J’avoue que le rebondissement est assez spectaculaire et plutôt inattendu et je ne m’en plaindrais jamais.
Dans ma précipitation, je ne prends pas garde où je mets les pieds et percute de plein fouet la personne qui vient en sens inverse.
_Pardon ! Excusez moi je…
_Non ce n’est rien, je ne faisais pas attention, c’est moi.
J’acquiesce au sourire qui m’est donné et je remets mes lunettes sur le bout de mon nez. Si lui ne m’a pas reconnu, il n’en a pas été de même pour moi. De loin, je le vois poursuivre sa route, peut-être rentre-t-il chez lui rejoindre sa femme et peut-être aussi ses enfants ? J’ai eu le temps d’apercevoir son alliance et je ne peux m’empêcher d’être contente pour lui. Je mentirais en disant que je n’ai pas fait exprès de regarder ses mains. Pas plus tard que ce matin dans l’avion j’ai été plutôt étonnée qu’une hôtesse vienne me proposer le journal, dans le lot figurait le Daily Planet alors je me suis empressée de l’ouvrir. Et justement il y avait un article concernant le groupe de donations qu’il a crée le mois dernier et en fin d’article il était mentionné qu’il filait apparemment le grand amour avec sa femme depuis un an et demi.
A présent, chacun de notre côté nous avons commencé à bâtir notre nouvelle vie et aussi à former une famille, laissant derrière nous les blessures de notre passé, sans nous sentir coupable d’aimer.



FIN






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MessageSujet: Re: Coupable d'aimer   Sam 21 Aoû 2010 - 15:16

feeds :

Citation :
Vaness : Rho OUI OUI OUI, je suis trop trop contente que tu aies enfin terminée cette fic et que tu l'es postée !! Alala, un pure régale du début à la fin. Donc mon feed risque d'être bordélique mais je suis encore toute chamboulée par l'histoire. Difficile de se sortir de la fic !

Je crois bien que c'est la première fois que je ressens ce genre d'émotions en lisant une histoire. Je sais pas comment l'expliquer...La façon dont tu as écrit la fic est différente de tes autres fics, et c'est vraiment Excellent ! Toutes les émotions sont présente et le fait d'écire l'histoire à la première personne nous rapproche encore plus du personnage.

Alors je dois t'avouer qu'au début j'avais du mal à comprendre ce que Chloé avait fait ! Et j'avais vraiment mal pour elle. Et quand j'ai compris j'ai été choquée en me disant mais qu'est ce qui lui ait passé par la tête pour commettre un tel act ? mais finalement, je crois qu'il n'y a pas trop d'explication, l'amour lui a fait tourné la tête en quelque sorte et a réveiller la plus sombre partie en elle comme tu nous l'explique au début de l'histoire.

Et après Lex, je m'attendais à un moment qu'il soit derrière la lettre et qu'il soit derrière toute la folie de Chloé, je pensais même qu'il avait couché avec Chloé avant son mariage pour la jeter comme une moins que rien après d'où le geste meutrier de Chloé mais finalement non, il n'a rien fait de mal ! En fait comme tu le dis c'est aussi une victime...
J'ai vraiment eu peur aussi lors de la soirée et lorsqu'il lui a ordonné de monter dans la voiture je pensais qu'il allait lui faire du mal mais encore une fois non...en fait il s'est même sacrifié en acceptant de retourner bosser pour son père en échange de la liberté de Chloé...donc je peux le dire, j'adore ton Lex, il m'a vraiment touché !
Et finalement j'ai aussi mal pour Chloé que pour lui. Ils ont caché leur amour respectif qui les a tout droit mener a cette tragédie.

Bon je dois le dire aussi, super moment dans la voiture ! je pense que c'était essentiel pour qu'ils puissent reconstruirent leur nouvelle vie chacun de leur côté.

Mais je dois t'avouer que j'ai eu un pincement au coeur à la fin, et même si de savoir que Chloé a pu reconstruire sa vie et qu'elle semble épanouit, mon petit coeur de Chlexeuse a eu mal qu'ils n'ont pas pu reconstuire leur vie ensemble.

Bref je sais que j'ai oublié de dire plein de trucs mais tout ça pour te dire que j'AdOrE cette fic ! Du début à la fin, impossible de se décrocher de l'histoire, et même maintenant, j'ai du mal à m'en sortir ! Vraiment EXCELLENT !!
Recommence quand tu veux !!

Citation :
Akyansha : wow! c'est a peu pres tout c'que je suis capable de dire pour le moment...Ta fic est vraiment belle et j'aime bien la façon que tu as d'entrer dans les tourments de Chloé et de semer la confusion chez le lecteur (j'avais hate de savoir ce qu'elle avait fait et puis Lex qui vient la voir et qui est presque gentil alors qu'elle a tue sa fiancée....) bref j'Adore et l'épilogue va bien avec le reste. Je crois pas qu'ils auraient etre ensemble apres avoir vecu un trop grand drame...bref haaa c'est trop beau...et puis tu m'as presque fait pleurer...c'est pas cool
alors y reste plus qu'a te dire que j'aime super gros (comme si t'avais pas devine)

Citation :
Winnie : Rha naaaaan! qu'est-ce que c'est que cette fin! SIX'!! déjà que g eu les boules à la fin parce que ça finissait sur le départ de chloé, pis g vu après l'épilogue, je t'ai de suite pardonnée mais pas longtemps! lol rha nan, c'est trop cruel comme fin! (en fait c'est la meilleure fin à faire après ta fic, mais quand même!) c'est frustrant de ne pas les voir finir ensemble, même si ça fait plaisir de les voir conclure pour une nuit!
bon bref, j'vais ptêtre commenter le tout au lieu de te jeter des pierres (mais sache que j'ai pas fini de t'en lancer! lol)
déjà je te l'avais dis, le flou dans lequel on est plongé au début tient bien en haleine, un peu comme si on était chloé, on sort de taule-hopital-psychatrique, on sait plus vraiment quoi faire, comment agir, ni le pourquoi du comment... parce que tout le long je me suis demandée ce qu'elle a bien pu faire, pis après pourquoi. C'est là que le perso de chloé me gêne (en fait il est juste ce personnage, c'est subjectif comme remarque lol) elle a tué par un moment d'égarement et en même temps elle se plaint vachement de sa prison... ça me gêne parce qu'à la fois elle se sent coupable et en même temps elle se plaint vachement genre c limite la faute de lex... mais cette chloé est bien intéressante, j'aime bien les perso qui perdent les pédales et frôlent la folie, là, elle est parfaite. Lex aussi j'ai eu un peu de mal à saisir, mais quel retournement à la fin! (bon on s'en doute un peu mais la façon dont il y parvient, c'était bien joué!) le pseudo-smut était à tomber! et même si je critique ta fin, elle est parfaite comme ça, surtout ta dernière phrase! très bien tournée! ce qui me permet de rebondir sur ton titre, je l'aime beaucoup lui aussi, il colle bien aux deux personnages en plus!
c'était un beau OS, et tu maîtrises la première personne lol bravo et recommence!!

Citation :
CB : ahahahahahahaha

depuis le temps que je l'attendais, enfin elle est la et enfin elle est finie!

je dois avouer que je suis resté accroché tout le long pour attendre leur première rencontre depuis son incarcération, après je suis restée en haleine à chacun de leur dialogue et cette fin!!!

je ne sais pas comment tu aurais pu trouver mieux. Comme quoi, on ne s'en rend jamais compte sur le moment mais la vie finit toujours par continuer quoi qu'il arrive et c'est bien le lot de chacun. !

j'adore cette fin. je la trouve superbement bien trouvé. Une petite mélancolie, mais qui dans le fond, teinté de nostalgie ne nous rend pas triste pour eux mais heureux qu'ils aient tourné la page sur quelque chose de trop malsain.

je te dis bravo, je ne vais pas me gêner pour la relire encore une fois. Les flash back sont énorme et ce chlex restera gravé dans ma mémoire!

bravo une fois de plus Six, et je te le dis encore je reste vraiment scotchée sur la fin! du grand art!
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