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 Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE

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Alexiel
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Jeu 12 Aoû 2010 - 0:32

Pret ! C'est officiel, clair et définitif, je te déteste, lol ! T'es payé au cliffhanger ou quoi ?

Magnifique chapitre ! L'arrivée d'Alexandre pile poil au bon moment et la confrontation entre Farciel et Prafon.

Bon cela va s'en dire, je veux une suite !

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Alexiel
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Jeu 12 Aoû 2010 - 11:30

Bon deuxième feed parce qu'hier j'en ai oublié la moitié vu q'u'il était tard et qu'en plus j'en ai rêvé cette nuit (ce qui n'est pas si surprenant vu que ça fait deux jours que je relis tout).

Dis donc c'est un vrai enragé le père de Chloé, vingt ans de traque, fallait qu'il soit amoureux !
Résultat ce chapitre soulève plusieurs questions. D'abord est-ce que c'est le père de Chloé que Farciel entend ? Et le frère, il s'est joint à l'expédition ? C'était pas Fester quand même ? (sinon la tu vires dans la tragédie grecque) Bon sont tous morts les attaquants, mais quelque chose me dit que ça ne va pas plaire au papa quand il va apprendre qu'ils ont failli tuer fifille.

Bref tu l'auras compris, je veux une suite et rapidement ! lol!

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Chlo
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Lun 16 Aoû 2010 - 15:39

Roh la vache! Je fouillais à la recherche de nouveautés et paf! Rahhhhhhhhhhhhhhhhhhhh

Genre quoi! Fester mort c'est cool mais pas kaliastre quoi! Nan! Mais euh ^^ Bon, il reviendra, je le veux. Il est fort en natation, j'en suis sur. Et oui, comme dit alexiel, il est vachement bien obstiné le papa mais il devrait faire gaffe à sa fille non mais! Il doit quand meme savoir qu'il a une fille chez les adalantes quand meme ^^

Valérian au réveil il est drole mais en papa poule inquiet encore plus ^^ Et petite Unélia deviendra une grande sage mais avec un gros poids sur les épaules... fin bref,

Prafon et farciel, c'ets un fameux affrontement mais qui est le deuxième homme? Le frère? le père? l'oncle? le cousin germain?

rahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh7


ramène tes fesses!

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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Lun 16 Aoû 2010 - 19:29

aie aie aiiiiiiiiie ptdr j'ai envi de dire comme Alexiel, plusieurs semaines d'absence mais c'était pour camoufler une formation intensive en fin de chapitre sadique. Tu fais même mieux, c'est carrément à chaque coupure de scène que tu nous fais le coup !
J'ai bien aimé que tu nous prolonges le combat Kaliastre/Fester avec l'arrivée d'Alexandre, un combat de mâles est toujours bien apprécié perso !

Alors en fait, le père de Chloé il prépare sa revanche depuis des années, il ne vit qu'avec l'idée de détruire les Adalantes. Pas très rassurant pour la suite ça. Je cerne mieux la prochaine implication de Chloé dans tout ça.

Evidemment ça va encore soulever pas mal de question avec des réponses qui arriveront au compte goutte. On pourra plus trop compter sur Unélia m'enfin pauv' goss elle a raison de choisir cette voie là en cachant des éléments.

Vivement la suite ! Le retour était bon !
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Lun 23 Aoû 2010 - 1:23

Merci les filles ! contente de pas vous avoir découragées avec cette absence Smile

Chapitre 10


Farciel resserra sa prise sur son arme quand le pan de la tente se souleva et que deux hommes firent leur apparition. Elle avait pensé qu’ils seraient plus nombreux et qu’elle n’aurait pas l’occasion de se défendre, mais finalement… Le combat contre l’ancien forgeron avait été aisé et elle avait encore des forces en réserve. Le premier homme évalua vite la situation et ne chercha pas à comprendre avant de se jeter sur elle, tandis que l’autre les contournait pour aller s’assurer que Prafon était en vie. Dès qu’il en eut la certitude, il rejoignit le combat, tentant de profiter de sa distraction pour lui planter aussitôt son épée dans le dos. Heureusement, elle était à ce moment précis en train d’esquiver une attaque de côté et la lame ne rencontra que du vide. Il s’en fallut même de peu qu’elle ne blesse son adversaire et Farciel esquissa un bref sourire à cette pensée. Elle aurait apprécié l’ironie, dommage que cela ne se soit pas passé ainsi.
La douleur résonna dans tout son être quand un choc particulièrement violent sur son épée fit trembler l’arme, sa main, et son bras jusqu’à l’épaule et elle dut prendre un pas de recul. La technique de ces deux hommes n’avait rien d’exceptionnel, mais ils étaient puissants et malins, attaquant tour à tour, de sorte qu’elle n’ait jamais la moindre seconde de repos. Pour la première fois depuis des années, elle redouta soudain l’issue d’un combat. Elle avait toute confiance en ses capacités, mais il y avait longtemps qu’elle n’était pas tombée sur de tels adversaires. Une dangereuse attaque la força à reculer une fois de plus. Elle trébucha sur le pied de Prafon inconscient et tomba en arrière sur lui. Elle parvint à s’écarter juste à temps pour éviter un coup mortel, qui ne fit que lui effleurer le bras. Quoique peu douloureuse, l’estafilade la mit hors d’elle et elle se redressa d’un bond en balayant aveuglément l’air de son épée. Par chance, le coup porta, la lame plongeant en profondeur dans les entrailles de l’un de ses ennemis, qui s’effondra dans un râle. Le mouvement lui fit lâcher prise sur son arme encore plantée dans le ventre de sa victime et elle écarquilla les yeux, désemparée par la perte de son moyen de défense.
L’autre en profita aussitôt pour attaquer. Manquant de rapidité, elle parvint à détourner le coup mais pas à l’éviter complètement, et il atteignit sa jambe, lui arrachant un cri de souffrance alors qu’elle s’effondrait. La blessure juste au-dessus du genou allait l’handicaper pour plusieurs semaines… A condition qu’elle survive à ce duel, ce dont elle doutait à présent. Mais à cet instant, alors que son opposant levait son épée au-dessus de sa tête pour porter le coup fatal, elle repéra dans un éclair un reflet sur une lame à terre et elle réalisa qu’elle tenait là sa chance de s’en sortir. Se penchant vivement, elle récupéra le poignard de l’homme qu’elle venait d’abattre, et alors que l’autre la dominait de toute sa taille, encore inconscient du danger, elle parvint à se redresser et à lui plonger la lame en plein cœur. La première expression qui s’inscrivit sur ses traits fut la surprise, vite remplacée par la douleur. Puis il commença à basculer en avant et elle eut le réflexe de retirer le poignard et de s’écarter pour ne pas risquer d’être blessée par l’arme qui pendait au bout de son bras. Il s’écroula, à moitié sur la couche à côté de Prafon, et poussa son dernier soupir.
Farciel se laissa retomber à terre, à bout de souffle, s’accordant quelques secondes pour se remettre de cet affrontement qui avait bien failli être le dernier. Mais elle se reprit vite. Il n’était plus question de discrétion, elle devait agir avant d’être repérée par d’autres… D’un autre côté, quitter cet endroit sans en apprendre davantage la frustrait. Elle examina un instant sa blessure tout en réfléchissant à ses possibilités. Elle n’en voyait qu’une de réellement satisfaisante, décida-t-elle en déchirant la chemise de l’un des morts pour s’en entourer la jambe, ralentissant le saignement. Elle devait emmener Prafon. L’entreprise serait compliquée : blessée comme elle l’était, elle allait avoir du mal à le contrôler, mais elle pouvait y arriver, et elle ne voyait que cette option. Pas question de rester un instant de plus ici, pas question non plus de partir sans plus d’informations. Sa décision prise, elle se redressa, testa sa jambe en essayant de s’appuyer dessus, eut une grimace mais décida qu’elle n’était pas trop mal en point et qu’elle pourrait au moins arriver avec son otage jusqu’à la jument qu’elle avait attachée plus loin.
La trentenaire balança une gifle retentissante au seul des trois hommes qui était encore vivant. Quand cela n’eut aucun effet, elle recommença et le vit enfin ouvrir les yeux. Ne lui laissant pas le temps de reprendre ses esprits, elle plaça le poignard contre sa gorge en annonçant :
_Si tu appelles à l’aide, je te tue. Debout.
Il se contenta d’obéir en silence, lui arrachant un léger sourire de satisfaction. Repérant une corde de taille moyenne contre le tissu de la tente, elle se pencha pour s’en saisir et la balança à Prafon. Comprenant l’ordre implicite, il s’attacha lui-même les mains. Elle vérifia qu’il avait bien serré le nœud, puis elle récupéra son épée et la rangea dans son fourreau avant d’ordonner en le poussant hors de la tente :
_Marche quelques pas devant moi. Je suis excellente au lancer, essaie de fuir et ce poignard se plantera dans ton dos avant même que tu t’en rendes compte. C’est clair ?
Il acquiesça et obéit en silence. Satisfaite, elle s’efforça de ne pas abaisser sa garde malgré son apparente coopération. Il pouvait être en train d’essayer de la duper. Elle posa une main sur son épée, prête à rétorquer si jamais quelqu’un les voyait et attaquait. Elle aurait pu s’en servir pour menacer son prisonnier, mais elle aurait alors dû le garder à portée de main et elle savait d’expérience à quel point il était facile de se retourner d’un mouvement brusque et d’écarter la lame menaçante, puis de prendre le dessus. En le forçant à garder une certaine distance entre eux, elle éliminait ce risque. Et elle n’avait pas menti, elle était capable de lancer le poignard avec assez de précision et de force pour le tuer en moins d’une seconde. Le guidant à travers le campement, elle retrouva vite les traces qu’elle avait laissées en arrivant et, boitant derrière lui, elle le lança sur la piste qui leur permettrait d’arriver à sa monture.
Après quelques minutes de marche, elle fronça les sourcils et ordonna à l’homme d’accélérer l’allure. S’approchant de plus en plus, elle vit ses soupçons confirmés : la jument n’était plus là où elle l’avait attachée. Le désespoir s’empara d’elle quand ils arrivèrent à l’arbre et qu’elle vit les rênes brisés qui pendaient, vides. Des traces de pattes avec des griffes entouraient l’endroit et elle en déduisit que sa monture avait dû fuir devant un prédateur. Voilà qui ne lui convenait pas.
_Un problème ? demanda son captif d’une voix moqueuse.
Elle s’approcha et lui décrocha un coup dans la mâchoire pour la peine, le faisant aussitôt taire. Elle avait besoin de silence pour réfléchir. Ces quelques instants qu’il leur avait fallu pour rejoindre l’endroit lui avait déjà beaucoup coûté. Le sang ne coulait plus, mais sa jambe était faible et elle savait qu’elle n’irait pas beaucoup plus loin à pied, surtout avec un prisonnier à surveiller. Elle ne pouvait pas non plus espérer revenir en arrière pour aller voler un cheval au campement dont elle venait de s’échapper, le risque que l’alerte ait déjà été donnée était trop grand, et l’enclos devait de toute façon être la partie la mieux surveillée du camp. La situation était dramatique.
Un grognement lui échappa quand, oubliant momentanément sa blessure, elle fit passer son poids sur la mauvaise jambe, et elle remarqua le sourire ravi de son ennemi. Elle lui jeta un regard noir tout en essayant de trouver une échappatoire. Elle ne voyait vraiment pas ce qu’elle pouvait…
_Qu’est-ce que… ?
Tirée de ses pensées par la voix de l’homme, elle tendit l’oreille à son tour, repérant le son caractéristique de la neige crissant sous des sabots. Sa jument avait-elle réussi à échapper au prédateur et revenait-elle ? Elle en doutait, le réflexe de l’équidé serait soit de rentrer, soit de chercher d’autres chevaux dans les environs. Mais alors… Le cheval qu’ils avaient entendu fit bientôt son apparition, surgissant de derrière une butte, et une exclamation lui échappa.
_Parcellion ?
La monture d’Alexandre se mit à trottiner en les apercevant et elle remarqua qu’il boitillait lui aussi. Il s’arrêta à leur hauteur, sous les regards stupéfaits de Farciel et Prafon. Remarquant qu’il ne portait pas son harnachement, l’Adalante lâcha dans un murmure effaré :
_Qu’est-il arrivé à Alexandre ?
L’étalon pencha la tête de haut en bas et la secoua en reconnaissant le nom de son cavalier, mais cela ne lui apportait aucune information utile. Oubliant un instant qu’il ne pouvait pas lui répondre, elle demanda alors :
_Que fais-tu là ?
Elle ne résoudrait probablement jamais ce mystère, mais son arrivée était une bénédiction. Gardant un œil sur son prisonnier, elle caressa doucement le chanfrein de Parcellion tout en se penchant pour examiner ses antérieurs. La seule blessure qu’elle repéra fut une entaille qui avait de toute évidence été soignée sommairement, elle en déduisit qu’Alexandre devait au moins bien se porter au moment où son cheval était tombé.
Se remettant enfin de l’arrivée surprise de l’étalon blanc, elle sentit un sourire confiant étirer ses lèvres et elle se mit en action.
_Viens ici, ordonna-t-elle à Prafon.
Il obéit sans discuter et elle entreprit de lui détacher les mains. Elle aurait besoin d’un bout de la corde pour ce qu’elle avait à l’esprit. Elle la coupa en son milieu et rattacha son prisonnier avec l’un des morceaux pendant qu’il la regardait faire, intrigué mais ne tentant pas de se débattre ou de s’enfuir. Elle s’était attendue à ce qu’il reste tranquille, il avait dû repérer que même blessée, elle aurait facilement le dessus sur lui. Son choix était logique. Il savait que sa disparition et la mort de deux de ses camarades ne passeraient pas longtemps inaperçues, il avait tout intérêt à attendre que ses alliés se lancent à sa recherche plutôt que de prendre des risques inutiles.
Récupérant les rênes encore attachés à l’arbre, Farciel les fixa au reste de corde pour obtenir un lien plus grand. Elle en enroula une extrémité à l’encolure de l’étalon et fit un nœud serré autour du cou de son prisonnier, s’assurant ainsi qu’il serait obligé de rester à proximité de Parcellion quoi qu’il arrive. Elle prit soin de nouer la corde derrière sa tête pour qu’il ne soit pas tenté de lever les mains pour essayer de détendre le nœud. Puis elle récompensa la monture pour sa patience d’une brève caresse et demanda doucement en désignant l’antérieur blessé :
_Es-tu capable de me porter ?
L’étalon ne réagit pas, mais quand elle prit appui sur son échine et se hissa sur son dos, il ne protesta pas. Elle en déduisit donc que cela ne posait pas de problème. Elle était ravie d’avoir pu utiliser les rênes brisées pour attacher son prisonnier de la sorte : elle culpabilisait déjà d’imposer son poids à l’équidé alors qu’il était blessé, mieux valait qu’il n’ait pas à porter deux personnes. Un instant déstabilisée par l’absence de guides, elle testa les réactions de Parcellion. Les Adalantes étaient habituées à monter sans selle, et il leur arrivait aussi, en cas de nécessité ou simplement pour s’entraîner, de se passer de mords et de bride, dirigeant leur monture du poids de leur corps et de pression des mains sur l’encolure. Mais elle ignorait si l’étalon serait réceptif à son langage corporel, lui qui était habitué à être monté avec tout un harnachement.
Finalement, elle n’eut pas à le diriger. Quand elle serra les mollets, il se mit à avancer tranquillement au pas, et il se dirigea de lui-même vers l’endroit qu’elle souhaitait rejoindre : celui où elle avait retrouvé Alexandre plus tôt, où lui, Fester et Chloé s’étaient installés pour la nuit avant que le pisteur et la petite blonde ne s’éclipsent pour aller chercher Kaliastre. L’étalon savait probablement qu’il avait toutes les chances d’y retrouver son cavalier, et elle le laissa faire, ravie de voir son prisonnier lutter pour suivre la cadence de l’équidé.

*

Chloé sourit en remarquant que les paupières d’Alexandre se fermaient toutes seules et qu’il semblait sombrer dans le sommeil. Elle connaissait peu de personnes qui étaient assez à l’aise en selle pour s’endormir en chevauchant, mais elle supposait qu’il ne s’était pas beaucoup reposé au cours de la nuit, alors qu’elle avait eu le temps de récupérer. Elle hésita un instant à l’appeler pour le réveiller avant qu’il ne dorme trop profondément, mais elle renonça. Il ne risquait pas grand-chose. Ses pieds étaient fermement en place dans les étriers et l’armature de la selle le maintenait bien en équilibre, somnoler ne pourrait pas lui faire de mal. De plus, la monture de Fester qu’ils avaient récupérée avec Mertao était docile, elle suivait l’étalon bai sans avoir besoin d’être guidée. Autant le laisser profiter de cet instant de paix, car elle doutait qu’il dure éternellement.
Ils avançaient depuis juste assez longtemps pour que leur campement sommaire, derrière eux, ait disparu de son champ de vision et elle s’attendait à devoir explorer les environs pendant un moment, aussi fut-elle surprise de voir surgir devant eux une silhouette à pied suivie d’une cavalière. Elle eut un nouveau sourire en reconnaissant Parcellion et Farciel, puis une grimace en réalisant qu’elle allait finalement devoir réveiller Alexandre. Ralentissant Mertao, elle se laissa glisser à terre, rattrapa le cheval du jeune homme qui avait pris un peu d’avance et se plaça devant lui pour l’inciter à s’arrêter. Le changement de rythme se chargea de faire émerger le soldat, qui secoua la tête, confus, avant de baisser les yeux sur elle. Elle lui désigna alors d’un geste le trio qui approchait. La scène acheva de le réveiller et il sauta au sol à son tour pour s’approcher de l’étalon. Chloé tira l’une de ses épées de son fourreau en découvrant que l’inconnu qui accompagnait Farciel était attaché, et elle remarqua sobrement :
_Tu nous dois des explications.
Farciel se contenta d’acquiescer, soulagée d’avoir retrouvé des alliés. Entre un cheval et une guerrière tous deux boiteux et un cavalier apparemment blessé à l’épaule, ils allaient mettre quelques jours avant de rejoindre le village des explorateurs, ils auraient tout le temps de se tenir au courant de ce qui s’était passé après leur séparation.

*

La petite blonde tenta de se redresser, fronça les sourcils quand le bras d’Alexandre passé autour de sa taille resserra son étreinte, l’empêchant de bouger autant qu’elle le souhaitait. Elle jeta un coup d’œil à son amant, découvrit qu’il dormait toujours et sourit. Elle s’empara de sa main avec délicatesse et l’éloigna de son corps, retrouvant sa liberté. Elle put alors ramper hors de l’abri pour rejoindre Farciel qui montait la garde, surveillant le prisonnier auprès du feu. Ils avaient passé la journée à s’expliquer sur les événements de la nuit en élaborant des théories sur ce qui les attendait à présent, avaient récupéré les affaires qu’elle et Alexandre avaient abandonnées en partant à sa recherche, et avaient monté leur campement temporaire au coucher du soleil. Ils avançaient lentement, au grand désespoir de l’Adalante, mais ils ne pouvaient pas faire mieux. L’état de Parcellion ne lui permettait pas de soutenir un bon rythme et afin de l’aider à guérir aussi bien que possible, ils avaient décidé de ne pas le monter sur le chemin du retour. Ils se relayaient sur Mertao et sur la monture de Fester, Chloé et Alexandre marchant tour à tour avec le prisonnier, Farciel restant systématiquement à cheval en raison de sa blessure à la jambe. La petite blonde aurait voulu rentrer le plus vite possible afin d’informer Valérian et Leïla sur les derniers événements et de harceler Unélia de questions. Malgré tout, il y avait quelques réponses qu’elle pouvait peut-être obtenir dès à présent. Ils n’avaient pas encore fait parler leur ennemi, et il était possible qu’il ait des précisions à leur offrir.
Elle le détailla un instant de là où elle se trouvait, essayant de trouver quelque chose de familier dans ses traits, même si elle savait que c’était impossible. Farciel lui avait dit qu’il s’agissait du reproducteur de sa mère, et le choc avait vite laissé la place à la curiosité. Elle espérait trouver dans ce Prafon des caractéristiques qui lui en apprendraient plus sur cette femme qu’elle n’avait pas connue, mais elle renonça en comprenant à quel point cet espoir était vain. Le fait qu’il ait été compatible avec Termalia ne l’aiderait pas à mieux la connaître, il ne l’avait après tout jamais vraiment fréquentée. D’après ce que Farciel lui avait révélé, ils avaient à peine échangé un coup d’œil avant que sa mère ne décide d’enfreindre les lois et ne lui préfère Kameo.
_Tu veux l’interroger maintenant, devina la trentenaire en voyant l’intérêt que son amie portait à leur prisonnier.
_Je ne tiens plus, avoua-t-elle. Trouver ici quelqu’un qui a connu mon père… Cela ne peut pas être une coïncidence.
Farciel acquiesça, songeuse. Toutes deux savaient à quoi l’autre pensait. Prafon avait fait partie de l’armée de Kameo… Était-il possible que le père de Chloé, après vingt ans, soit toujours à la recherche du peuple qui avait échappé à sa fureur ? Était-il possible qu’il les ait retrouvées et qu’il soit ici pour les exterminer ? Comment pouvait-on entretenir une haine aussi brûlante pendant deux décennies ? Il avait aimé Termalia, certes, mais même Chloé, que ces événements avaient pourtant privée d’une mère, ne parvenait pas à détester à ce point les personnes responsables de sa disparition. Finalement, la petite blonde posa la question qui lui torturait l’esprit depuis que Farciel lui avait appris qui était son prisonnier :
_Crois-tu que mon père soit ici ?
_Je l’ignore. Mais lui doit le savoir.
Chloé hocha la tête et se dirigea d’un pas décidé vers l’homme qui dormait entravé près du feu. Sans ménagement, elle lui donna un coup de pied dans les reins qui le réveilla dans un sursaut. Il se redressa et baissa sur elle un regard noir.
_J’ai des questions à te poser. Des hurlements réveilleraient Alexandre, je préfèrerais donc ne pas avoir à te torturer, mais je le ferai s’il le faut.
_Ca ne sera pas nécessaire.
Au coup d’œil surpris qu’elle échangea avec Farciel, il élabora :
_Vous êtes condamnées quoi qu’il arrive, l’armée à laquelle j’appartiens va vous écraser très bientôt. Obtenir des réponses ne changera pas l’issue de ce combat. En fait, ajouta-t-il avec un sourire cruel, je préfère même que vous ayez ces réponses.
Confuse, Chloé fronça les sourcils, mais elle finit par décider qu’elle reviendrait à cette remarque en temps voulu. Pour le moment, elle n’avait qu’une priorité. Aussi demanda-t-elle d’une voix dans laquelle transparaissait une certaine émotion :
_Kameo est-il ici ?
Il sembla étonné qu’il s’agisse de sa première question et il mit quelques secondes à répondre en secouant la tête :
_Il est mort il y a près de cinq ans.
Une fois de plus, les deux Adalantes échangèrent un regard, sous le choc. La seule explication à laquelle elles étaient parvenues jusque là concernant la présence de ces étrangers sur leur territoire les reliait à l’amant de Termalia. Semblant repérer leur confusion, Prafon ajouta :
_Kameo n’a rien à voir avec cette histoire. Quand les Adalantes lui ont échappé il y a vingt ans, il a renoncé à les poursuivre.
_Vraiment ?
La voix de Chloé contenait une dose égale de soulagement et de déception. Apprendre que la haine n’avait pas consumé son père au point de lui faire souhaiter l’extinction de tout un peuple pendant des années était rassurant… Découvrir qu’il était mort et qu’elle n’aurait jamais l’occasion de le connaître en revanche la déprimait inexplicablement. Après tout, les Adalantes ne faisaient jamais la connaissance de leur père, et elle n’avait jusque là pas réalisé qu’elle avait espéré. Mais elle s’en remettrait. Elle se força à s’extraire de ses pensées pour se concentrer sur les paroles de Prafon.
_Quand il a appris la mort de Termalia, il a juré de la venger, c’est vrai. Mais après cette bataille dans le village décimé, après la fuite par la mer de ses ennemies, il est revenu à la raison… Et à son fils. Il est certainement la seule chose qui ait freiné cette soif de vengeance. Quelqu’un dépendait de lui, Kameo ne pouvait pas l’abandonner. Il a renvoyé chez eux les hommes qu’il avait rassemblés pour poursuivre les Adalantes, il est rentré chez lui, et il a élevé Soren.
Soren. Son frère. Un bébé abandonné qui était devenu un enfant, qui devait aujourd’hui être un homme. Chloé avala difficilement sa salive à cette idée. Depuis qu’elle avait appris l’existence de ce jumeau, elle ne pouvait s’empêcher de se poser des dizaines de questions. Lui ressemblait-il en quoi que ce soit ? Avait-il lui aussi hérité de sa mère les épais cheveux blonds et le regard vert ? Possédait-il cette tendance à désobéir par défi ? Remettait-il en question tout ce qu’on lui apprenait juste pour le plaisir d’agacer ses mentors ? Avait-il été un adolescent aussi turbulent qu’elle ? Contrôlait-il lui aussi un élément ? Et plus généralement, qu’était-il devenu ? Un guerrier, comme sa mère ? Un meneur d’hommes, comme son père ? Quelqu’un de bien, un homme d’honneur, une personne détestable, un être lâche ? Tant d’incertitudes la rongeaient et elle n’avait jusque là rien pu y faire, et voilà qu’elle avait aujourd’hui face à elle quelqu’un qui pouvait peut-être satisfaire sa curiosité. Se souvenant la désagréable sensation qui l’avait traversée une minute plus tôt en apprenant la mort de Kameo, elle demanda doucement :
_Est-il en vie ?
_Soren ? Il l’était aux dernières nouvelles. Pour autant que je le sache, plus personne ne l’a revu depuis l’enterrement de son père.
_Sais-tu quoi que ce soit sur lui ?
_Rien qui puisse t’aider à le retrouver.
_A quoi ressemble-t-il ?
Un sourire en coin se dessina sur les lèvres du prisonnier, et il répondit en la regardant droit dans les yeux :
_A toi.
Elle sentit le regard de Farciel sur elle, son amie cherchant à s’assurer qu’elle encaissait sans problème toutes les informations qu’elle venait de recevoir et qu’elle n’allait pas s’effondrer. Chloé la rassura d’un sourire. Ces deux petits mots l’avaient déstabilisée, créant un lien entre elle et cet inconnu qui partageait les mêmes parents qu’elle, et à cet instant précis, le froid mordant du vent attaquant son visage lui apporta soudain une décision. Ses questions auraient des réponses. Peu importait ce qu’elle aurait à faire, elle trouverait Soren. Elle en avait besoin.
_Parle-nous de cette armée.
L’ordre de Farciel au captif la ramena à la réalité, et elle rangea sa résolution dans un coin de son esprit pour se concentrer sur les problèmes plus urgents. Prafon lança comme un défi :
_Nous sommes trop nombreux pour vous, c’est tout ce que vous avez besoin de savoir.
Chloé lui jeta un coup d’œil agacé. Elles savaient cela, Farciel l’avait remarqué.
_Comment nous avez-vous trouvées ?
_Ne le devines-tu pas ?
_Fester.
Les deux guerrières se retournèrent d’un même mouvement à cette irruption inattendue, découvrant Alexandre derrière elles. Chloé considéra un instant l’explication qu’il venait de leur fournir et décida qu’il devait avoir raison. Alors qu’il s’approchait d’elles pour participer à l’interrogatoire, elle se tourna vers le prisonnier, à la recherche d’une confirmation. Il eut un unique hochement de tête.
_Explique-nous.
Elle n’eut pas besoin d’élaborer sa question, l’ancien forgeron développant aussitôt :
_Fester ne s’est joint à l’expédition de Mykherm que dans l’espoir de trouver des Adalantes. Vous avez beaucoup d’ennemis, qu’il s’agisse de personnes qui ont perdu des êtres chers par votre faute ou simplement d’hommes qui ne supportent pas l’idée que des femmes puissent vivre comme vous le faites. Parmi ceux qui croient en votre existence, très peu l’approuvent. Fester n’a donc pas eu de mal à nouer des contacts avec des hommes qui seraient ravis d’avoir l’occasion de vous détruire. Il lui a fallu des années pour se constituer un réseau d’alliés prêts à attaquer dès qu’il vous trouverait. Quand les explorateurs sont tombés sur vous, il a aussitôt fait parvenir un message révélant votre position, et l’armée s’est réunie. Nous attentions son ordre pour attaquer. Mais maintenant que vous avez laissé deux cadavres dans notre camp… Cela va précipiter les choses.
Alexandre secoua la tête, atterré par l’histoire qu’il entendait. Il connaissait Fester depuis des années, il n’arrivait pas à croire qu’il n’ait jamais rien su de ce plan, qu’il n’ait jamais décelé une hostilité aussi puissante. Semblant suivre le chemin de ses pensées, Chloé demanda :
_Pourquoi nous haïssait-il à ce point ?
Un sourire lui répondit. Un sourire provocateur, qui disait qu’elle n’allait pas apprécier l’explication. Qui disait qu’il savait à quel point elle voulait comprendre et qu’il rêvait de la faire languir. Pourtant, il prit une sage décision et accepta de coopérer en la voyant s’approcher de lui d’un air menaçant. Se tournant vers Farciel, il remarqua :
_Tu es assez âgée pour te souvenir des événements avec Kameo, n’est-ce pas ?
_C’est vrai.
_Que s’est-il passé quand les Adalantes sont arrivées sur la côte ?
Toutes les personnes présentes le savaient, mais la trentenaire accepta de jouer le jeu et répondit :
_Nous l’avons longée pour tenter d’échapper à l’armée qui nous poursuivait.
_Et ensuite ?
Elle poussa un soupir. Ces souvenirs n’avaient rien d’agréable, même pour une combattante aguerrie.
_Nous avons trouvé un village et massacré tout le monde quand les habitants ont refusé de nous aider à prendre la mer.
_Tout le monde ?
_Il n’y a eu aucun survivant.
_Vraiment ? insista Prafon.
Elle s’apprêtait à le lui assurer, mais repéra soudain une lueur étrange dans son regard, et elle sut avec certitude qu’il en savait plus qu’elle. Alors elle demanda, incertaine :
_Il y en a eu ?
_Un seul.
_Fester, souffla Chloé.
_Fester, confirma leur ennemi. Il n’avait pas dix ans à l’époque. Il était absent au moment du massacre, il avait été envoyé chez un précepteur dans une ville voisine. Quand il est rentré chez lui, il n’a trouvé que des ruines et des cadavres. Ses parents et ses trois sœurs avaient été tués. Depuis, il n’a eu de cesse que de les venger.
C’était donc un massacre vieux de vingt ans qui menaçait aujourd’hui leur existence. Malgré le danger, Chloé ne put s’empêcher de songer qu’il y avait une certaine justice dans cette histoire. Les Adalantes n’auraient jamais dû prendre une telle décision. En lui faisant le récit de ces événements, Farciel avait d’ailleurs mentionné l’opposition de Dahomé à ce plan. Des centaines, peut-être des milliers d’innocents avaient trouvé la mort à cette occasion et il semblait presque naturel qu’elles soient punies pour ça.
Toutefois, elles ne se laisseraient pas faire, bien sûr. Les guerrières qui étaient en âge de combattre n’avaient fait que suivre les ordres, influencées par Abialé, la mère de Leïla. Quant aux enfants de l’époque, elles étaient moins responsables encore. Et puis… Quoi qu’elle pense de se massacre, Chloé savait qu’elle ne pouvait pas se permettre de juger avec vingt ans de retard. La décision avait peut-être sauvé leur tribu de l’extermination, il n’y avait aucune garantie qu’elles auraient trouvé un autre plan à temps.
Mais comprendre que les Adalantes d’aujourd’hui ne méritaient pas d’être anéanties pour les fautes de leurs mères ne suffisait pas. Car d’après les descriptions de Farciel, l’armée qu’elles allaient avoir à affronter était immense, et à présent que les événements s’enchaînaient, elle était persuadée qu’elles n’avaient pas le temps de fuir. Une solution qui n’était de toute façon pas envisageable avec les reproductrices enceintes dont les déplacements étaient limités. Dire qu’elles avaient eu peur pour leur survie quand, des mois plus tôt, la guerre contre les explorateurs avaient commencé. Ce n’était rien comparé à ce qui les attendait à présent. Si Dahomé avait… Dahomé ! songea soudain Chloé. Les mystères étaient résolus l’un après l’autre grâce à l’interrogatoire de Prafon, et il allait sans doute en éclaircir encore un. Bien qu’elle se doute déjà de la réponse, elle posa la question :
_Qui a tué notre chef ?
_L’un des nôtres.
_Pour déclencher les affrontements ?
_Sur les conseils de Fester, oui. D’après lui, si vous pensiez que l’un des explorateurs avait commis ce meurtre, vous attaqueriez. Vos effectifs s’en seraient trouvés réduits et nous vous aurions vaincues avec encore plus de facilité.
_Comment avez-vous trouvé la dague d’Alexandre ?
_Par hasard. Un groupe de chasseurs est tombé sur un endroit où il semblait y avoir eu une bataille entre des loups et des hommes. Ils ont récupéré l’arme et nous avons rencontré Fester pour savoir si elle lui rappelait quelque chose. Quand il nous a dit qu’il s’agissait de celle du fils de leur chef, nous avons sauté sur l’occasion.
_Diviser pour conquérir, murmura Alexandre.
La tactique était bien connue et généralement efficace. Heureusement, grâce à l’intervention de Chloé et Leïla, les Adalantes avaient accepté d’attendre avant de s’en prendre aux explorateurs pour le meurtre de leur guide, mais sans cela, le plan de cette armée aurait fonctionné à merveilles. Echangeant un regard avec le jeune homme, Chloé sentit une idée folle naître en elle. Selon Farciel, elles auraient un problème de taille si elles devaient affronter ces ennemis, un problème de nombre. La solution qui s’imposait était aussi évidente qu’inimaginable. Un sourire étira ses lèvres. Étant donné les relations entre les deux camps, son idée était même si inimaginable qu’elle avait de grandes chances de fonctionner. Car personne ne s’attendrait à ça. Plongeant les yeux dans ceux de son amant, elle réalisa à son sourire en coin qu’il avait deviné ce qu’elle allait dire avant même qu’elle ne prenne la parole.
_Une alliance.

*

A suivre…
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Chlo
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Lun 23 Aoû 2010 - 20:16

Mouhahahhahaha *éclate de rire*

La fin est juste énorme quoi ^^ 7

bon dans l'ordre, j'aime beaucoup les révélations, et oui, c'ets logique que fester cherchait à se défendre mais que kaméo avait abadonné la poursuite pour élever son fils c'est adorable. Dommage qu'il soit mort mais bon... il reste toujours le jumeau diabolique ^^

Et puis, voir que la chute pourrait etre proche et puis, les adalantes se méfient des explorateurs et Chloé a été chassée de sa tribu... ça va etre facile cette alliance *éclate de rire encore*

Ca va le faire Smile joli joli ma pret, c'est du bon boulot, et meme si je hais toujours fester, c'est triste son histoire.

Bon, un peu d'humour que diable!

et félicitations à ce brave Parcellion. Il est doué ^^

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Sixpence
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Mar 24 Aoû 2010 - 20:42

Décidément j’adore tes combats, il n’y a rien qui puisse nous donner un indice sur l’issue du combat, j’avais un doute, Farciel va-t-elle crever là ou pas ? Bon en même temps je pense pas, trop morbide et puis il n’y aurait eu personne pour la retrouver.
Ptdr avec ce chapitre j’ai l’impression de revenir au tout début quand Chloé s’était attaquée à l’un des explorateurs. Là il y a un captif qui a l’air bien sûr de lui alors que sa survie n’est pas assurée du tout, mais ça aussi il a l’air de s’en moquer. Quoi ? tu nous fais des kamikazes ? Il est dangereux en tout cas parce qu’il n’a pas peur du tout.
Au moins je suis rassurée, Parcellion est retrouvé et ils sont un petit groupe de trois pour retourner au camp sans trop de problème hormis les blessures quoi.
Wouaaaaaaaa c’est grand de nous révéler la signification du titre de ta partie comme ça. J’adore le raisonnement de Chloé, « tellement inimaginable que ça pourrait marcher » mdr mais quel culot cette nana ! et Alexandre qui semble penser la même chose. J’attends avec impatience de voir quels débats ça va lancer. Surtout avec la nouvelle chef ultra conne (oui désolé) des Adalantes.

Vivement la suite !
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Lun 30 Aoû 2010 - 20:58

Bon, bon, bon... Comment dire...
...
TROP COOOOOOOL ! Cheerleader

Alors, déjà, un détail mais je ne sais pas comment j'ai pu passer à côté de... CA !
Je viens juste de me rendre compte (hier) que tu as entamé la Partie 2 de cette fic géniallissime et, à l'évidence, ça ne date pas d'hier (hinhin). Je ne l'avais pas oubliée, que nenni (j'ai trop adoré la première partie), je l'ai même cherchée plusieurs fois depuis janvier mais je n'avais rien trouvé.
Conclusion : je dois être gravement bigleuse !

Mais du coup, tu constateras que je n'ai pas été découragée par le marathon de lecture qui s'est présenté car j'ai tout lu ! Oui, ma bonne dame ! J'ai pris mon courage à quatre mains ('fallait au moins ça) et j'ai lu tout d'un coup (avec une petite nuit entre les deux pages tout de même). J'ai même relu certaines parties qui étaient vraiment excellentes, c'est dire !

Sur cette révélation, je vais tenter de feeder chapitre par chapitre. Ca risque de me prendre un certain temps (mais c'est pour la bonne cause).

Chapitre 1 :
Citation :
_Je vis l’enfer depuis cinq mois.
Haaaaaan ! Trop mignooooon !
J'aime la façon dont il arrive pile-poil au bon moment. Juste quand elle est pas trop malade pour ne pas être en danger mais suffisamment pour qu'elle se rende compte qu'un homme, ça peut être utile en fin de compte.
Citation :
_Tu me manquais. Est-ce si difficile à croire ? s’étonna-t-il en remarquant sa moue surprise.
_Oui et non. Nous avons très bien survécu l’un sans l’autre pendant plus de deux décennies, mais j’avais moi aussi envie de te voir, je l’admets.
Rhaaaa ! Elle se rend pas compte combien elle est méchante avec sa froide logique, non mais oh !
Citation :
_Tu n’aurais pas dû venir, prononça-t-elle avant de songer à s’en empêcher.
Blessé, il eut un imperceptible mouvement de recul.
Ouais, voilà, elle est méchante, c'est tout.
Rhoooo ! Et, le câlin, c'est trop mignon (oui, encore) !
Citation :
_Parce que je préfère penser que j’ai profité de tous les instants que j’aurai pu voler, plutôt que de laisser derrière moi le souvenir amer de cette journée. Parce qu’un moment de plus passé à tes côtés vaudra mille fois l’épreuve du départ. Parce que je t’aime, Chloé. Et qu’il vaut mieux avoir aimé et perdu que n’avoir jamais aimé.
Aaaaaaahhhhhhhh ! La déclaration d'amour romantique à souhait ! Encore ! Encore ! Encore !
J'aime l'idée qu'elle commence à entendre raison (ou du moins qu'elle laisse plutôt la raison de côté pour davantage de "passion" bien qu'on en soit pas encore là) et qu'elle accepte de le revoir (bon, c'était prévisible sinon 'y aurait plus d'histoire m'enfin on apprécie quand même !).
MDR l'échange entre les deux frères ! C'est toujours excellents avec leurs réparties cinglantes !
Bon sinon, sujet plus sérieux : la guerre entre explorateurs et adalantes. Je me doutais bien que ni Alexandre, ni son frère, ni Kaliastre (mon chouchou ! ^_^) n'y participerait de son plein gré mais ça fait plaisir de l'entendre dire.
Rha ! Et ces révélations sur sa mère dont elle a besoin, ça tombe vraiment trop mal (mais oui, sans ça pas d'intrigue, je sais, je sais).
Citation :
_Je te le répète car la survie de Chloé est plus importante que celle de n’importe qui. Plus importante que celle de Dahomé et bien plus importante que la mienne.
Houhou ! Le mystère s'épaissit et la dernière remarque ne présage rien de bon...
Unélia qui hérite des dons de voyance même si c'est pas trop cool pour elle, c'est quand même une bonne nouvelle, ça veut dire qu'on la verra encore au cours de l'histoire ! ^_^
Et enfin le meurtre ! So shocking ! Sur le coup me suis dit "han Leïla !" mais c'était pas crédible, Chloé aurait réagi beaucoup plus violemment en découvrant le corps. Alors après j'ai pensé à Galothène vu la remarque qu'elle avait faite à Farciel justement avant mais non c'était pas encore ça ! lol
En tout cas, super chapitre 1 ! Pour une entrée en matière, ça c'est une entrée en matière...

Chapitre 2 :
Bon, j'ai pas une aussi bonne mémoire que Six' du coup, je voyais pas trop à qui était la dague et je ne m'attendais pas du tout (mais alors pas du tout !) à l'agression d'Alexandre. Pauvre choupinet ! T'es vraiment une sadique (et Chloé est méchante, je persiste). Mais le combat est quand même super bien décrit (et une raclée de temps en temps ça n'a jamais fait de mal ! lol). J'adore !
Bon bien sûr, il est blessé, son amour-propre en prend un coup (tu me diras ça plairait à personne que la personne aimée nous accuse d'un crime comme ça).
Citation :
_Si tu ne croyais pas à mon innocence au plus profond de toi, tu n’aurais pas attaqué à mains nues. Je me serais retrouvé la gorge tranchée avant d’avoir eu le temps de réaliser que tu étais là.
On se raccroche à ce qu'on peut, hein ! Mais bon, il n'a pas tort.
Rhaaa ! Et, la petite discussion (animée) sur la confiance est excellente ! Les mots sont justes parfaitement bien choisis ! Et, comme il lui demande de rester avec lui alors qu'il a encore l'accusation en travers de la gorge, c'est trop choupi-trognon ! ^_^
Ooooh ! La scène après le bain, c'était tellement... ça sonnait "juste". Je l'imaginais bien faire ce genre de choses et lui réagir comme il l'a fait. (Bon, j'avoue que j'avais pas compris la situation à la première lecture, le "_Je vais avoir besoin de ton aide." m'a induite en erreur, je croyais qu'elle avait VRAIMENT besoin d'aide. lol M'enfin, une deuxième lecture et ça a fait "tilt" surtout avec la remarque "_Arrête. Ce n’est pas le froid qui te fait trembler, et ce n’est certainement pas du désir que je vois dans tes yeux.").
Le messager félin, quelle bonne idée ! ^_^
Punaise, Alexandre au campement des Adalantes, j'étais persuadée que ça allait finir en bain de sang, cette affaire ! Mais non, du tout, heureusement.
Leur nouvelle chef n'est pas toute nette m'enfin c'était prévisible ! Et, l'idée d'Alexandre est très bonne mais c'est clair qu'il vaut mieux donner l'impression qu'elle vient de Leïla.
Citation :
Il glissa les mains sous la fourrure qu’elle avait posée sur ses bras croisés et entremêla ses doigts aux siens. Elle commença par résister
Rhaaa ! Mais c'est pas vrai de résister tout le temps comme ça, oh ! J'ai qu'une envie c'est de secouer Chloé en lui disant : "laisse-toi aller pépette ou on n'y arrivera jamais !"
Et, la fin de sadique digne de toi ! Ca m'a bien fait rire (ouais parce que moi j'avais la suite à disposition héhé) !

Chapitre 3 :
Bon, je te rassure tout de suite, ce chapitre était très clair ! J'ai tout compris (du moins j'espère lol).
Haaaaan ! T'aurais du mettre "révélations en pagaille" comme titre de chapitre, ça aurait parfaitement collé ! Entre, le frère jumeau (Soren, je retiens le nom) qui a survécu, l'infraction aux lois de sa mère MAIS AUSSI de Dahomé, j'étais époustouflée ! Et, la mère de Leïla qui s'avère être la boureau... Brrrr ! Pas cool, ça. Et alors, l'apothéose avec la guerre entre le père de Chloé et les Adalantes et le massacre du village de pécheurs pour pouvoir fuir.
Aussi cruelle quelle soit, j'imagine le soulagement de Chloé quand elle a enfin pu connaître cette histoire. C'est quand même fou qu'elles aient réussi à lui cacher tout ça pendant aussi longtemps !

Chapitre 4 :
Citation :
_Maintenant, je rentre avec toi. Et je pense que nous allons faire une surprise à ton frère.
De suite j'ai vu où elle voulait en venir ! (Bon, ok, c'était évident pour tout le monde mais j'suis quand même fière de ma perspicacité ! mdr)
Comme elles ont embrouillé la chef, j'A-DO-RE ! C'était trop savoureux !
Citation :
_Va préparer tes affaires, Leïla. Valérian ne le sait pas encore, mais il t’attend avec impatience.
Lol ! C'est drôle et mignon à la fois, j'aime ce genre de répliques.
Ooooh ! Kaliastre apparaît à nouveau ! * tombe en pâmoison * Je sais pas ce qu'il a ce mec mais je le trouve craquant (ouais, pourtant, 'y a pas forcément de quoi me direz-vous).
Le Père... Hin... J'sais pas mais celui-là je l'aime pas, mais alors pas du tout ! J'aimerais bien que ce soit lui l'assassin, ça arrangerait tout le monde. Si, si, j'ai décidé.
Le retour de chasse de Valérian : trop drôle une nouvelle fois ^_^
Citation :
_Il faisait partie du groupe. De même que Fester et Kaliastre.
_Kaliastre ?
Alors là, non, non, je suis pas d'accord ! Je vous le dis tout de suite, sans hésiter une seule seconde c'est tout ce que vous voulez sauf ce que ça a l'air d'être ! Kaliastre, il est beau, il est fort, il est gentil, c'est pas un traitre et c'est tout ! Nan mais oh...
Citation :
Et elle sut soudain comment elle voulait définir leur relation. Le voyant sur le point de reposer sa question, elle franchit les quelques pas qui les séparaient et couvrit sa bouche de la sienne.
Oui, oui, OUIIIIII ! Enfiiiiiin ! J'ai dû lire plusieurs fois le passage pour être sûre que c'était bien ce que je croyais que c'était lol
Citation :
_Alexandre… J’ai quelque chose à t’avouer.
Surpris par son ton grave, il eut une moue intriguée et fit un pas en arrière, se préparant pour ce qu’elle allait lui annoncer.
_Je ne suis pas dans une période fertile.
Sur le coup je suis restée incrédule et puis j'ai explosé de rire, pouvais pas faire autrement, c'est trop bon !
De même pour la scène du retrait de haut. Sa naïveté est touchante, surtout pour une guerrière de sa trempe et puis, c'est aussi très drôle et très bien amené !
Citation :
_Tu devras aussi me faire confiance.
[...]
_C’est le cas.
C'est Noël, les enfants, tous les voeux s'exaucent !
Pour la suite, je ne commenterai pas en détail, ça s'apprécie comme un ensemble, il n'y a pas de petits détails meilleurs que d'autres, tout est bon à prendre. Les dialogues pleins de défi donnent un côté léger à la scène et les descriptions sont vraiment excellentes (ça ne tombe jamais dans le graveleux et tu transmets parfaitement les ressentis, c'est très très bien) !

Chapitre 5 :
Ahah ! Papy qui ne veut pas voir mourir son petit-fils, encore heureux ! (S'ils lui avaient suggéré que ce pouvait être une fille je suis pas sûre qu'ils auraient eu le même résultat, m'enfin...) Il m'apparaît toujours aussi con, pauvre homme...
Citation :
_Je n’ai pas commis ce crime, commença le grand blond.
Eh ben voilà ! Il le dit lui-même, croyez-le !
Voilà une enquête qui va leur donner du fil à retordre. C'pas évident tout ça. (Et, je suis désolée mais NON, ça n'est pas Kaliastre quelque soit la pseudo-preuve avancée ! Je persiste et je signe.)
Et le médecin, espèce de vendu ! Comme il le balance mon chouchou, l'autre-là !
Alors bon, ça a peut-être l'air d'être ce que ça a l'air mais j'suis sûre que c'est pas vraiment ça. Si c'est vraiment Kaliastre qui a tué Dahomé, je suis pour un coup monté : il est aussi victime qu'elle, c'est tout. Je ne vois pas d'autres alternatives. J'y crois pas aux histoires de complots, moi, d'abord.
Sur le coup, j'me suis bien dit aussi que ça pouvait être Soren son vrai nom (à Kaliastre, hein, faut suivre). Ca me semblait plausible mais non, à l'évidence... ^_^
Et, la fuite n'en est pas vraiment une, non, non, je vous assure... Ca cache autre chose, c'est O-BLI-GE. (Tu m'aurais jamais fait ça hein Pret' ? Crying or Very sad )

Chapitre 6 :
Citation :
Mais dans ce cas, pourquoi craignait-elle pour sa vie ? Pourquoi son instinct lui disait-il de le soutenir autant qu’elle le pouvait, de prier pour qu’il soit à la hauteur et vienne à bout de son adversaire ?
Oh comme je l'aime la gamine !!! Elle le connait même pas pourtant elle SAIT qu'il est dans le bon camp. J'en étais sûre !
La traque est trop loooongue ! Moi aussi je veux qu'ils le rattrapent mais surtout pour savoir comment il va être disculpé ! lol
Citation :
_Je déteste ne pas être seule avec toi.
Ah ben tu m'étonnes, hein ! Quand on te disait que c'était pour ton bien !
Petite discussion sur la famille et Alexandre qui révèle qu'il aurait surement réagi comme le père de Chloé... Tiens, tiens, ça me rappelle vaguement une mise en garde de Galothène ça (save the cheerleader ! euh, non, pardon, save the adalantewarrior ! lol)
Citation :
_Alexandre ?
Il signala son attention d’un haussement de sourcils.
_Je t’aime.
Il sourit.
_Je sais.
Prise au dépourvu, elle mit une seconde à réagir.
_Je ne le savais pas moi-même jusqu’à il y a une minute.
_Je sais, répéta-t-il dans un nouveau sourire.
_Continue avec cette arrogance, et je vais devoir changer d’avis.
Il lâcha un léger rire alors qu’elle se mordait visiblement la joue pour ne pas craquer à son tour, et il s’approcha d’elle pour déposer un baiser sur ses lèvres. Puis il murmura tout contre sa bouche :
_Tu ne changeras pas d’avis.
'Fallait que je le souligne, cet échange est excellent ! C'est cro-meugnon !!!
La révélation des pouvoirs des Adalantes à Valérian : trop drôle (enfin digne de lui quoi ^_^)
Citation :
Et plus que tout, je voudrais passer chacune des journées qu’il nous reste seule avec toi au lieu de traquer cet assassin en compagnie d’un autre homme qui m’empêche de me blottir dans tes bras autant que je le souhaiterais.
Oh que c'est chou qu'elle avoue ça, enfin ! (Cela dit, il n'y a pas d'assassin ! Ou il a pas fait exprès !)
Rho, l'échange entre Valérian et Unélia, c'est trop adorable. Par contre, j'aurais jamais cru qu'il la laisserait partir comme ça.
Et, Darlhan, l'enfoiré ! Rhaaaaaa ! Ca présage rien de bon cette fin...

Chapitre 7 :
Euh... Laisser une gamine risquer sa vie pour savoir si son frère va mourir ou non, je trouve ça limite, limite; oh ! C'est quand même pas super raisonnable (surtout que ce qu'elle va apprendre ne lui servira à rien puisqu'elle ne pourra pas agir).
L'ascension des montagnes : outch ! J'aurais pas aimé être à sa place. C'est clair qu'elle est un peu jeune pour toutes ces responsabilités...
Snif, pauvre cheval... Crying or Very sad On se rapproche, on se rapproche...
Le coup du méchant Darlhan, je le voyais venir gros comme une maison ! Bien contente qu'il meure !
Citation :
_Bien sûr que je le sais !
_Etait-ce toi ?
_Non.
_Etait-ce Kaliastre ?
_Non.
OUIIIIIIIIIIIIIIIII ! C'est tout ce que j'ai à dire. ^_^
Haaaaan ! Non mais la vision, punaise... Kaliastre qui meurt... Je peux pas le croire ! Quoiqu'il en soit, c'est pas lui le vilain traitre, c'est tout ce qui compte. Avec un peu de chance Farciel arrivera à temps pour que tout le monde soit sauvé.
Une nouvelle armée ? Contre laquelle les Adalantes et les explorateurs devront s'allier ? Ahah ! Voilà qui semble des plus palpitant !
Alors Fester, je le sens pas du tout là. Attirer Chloé à l'écart, ça sent le coup fourré à plein nez ! Et, ça en est bien un, bien sûr. Et Kaliastre, il est gentil BIEN SUR ! Comment ont-ils pu en douter une seule seconde... ^_^ Supers descriptions du combat !

Chapitre 8 :
L'arrivée de Farciel, juste à temps. Elle est forte elle aussi.
La gamelle de Parcellion, punaise, j'ai vraiment cru qu'il allait mourir lui aussi. Mais non, heureusement !
Ca c'est du brasier à n'en pas douter ! Un vrai feu de joie. Mais 'fallait bien que le grand méchant de l'histoire ne meurt pas tout de suite, ç'aurait été trop facile, bien sûr...
Haaaaannn ! Non mais l'histoire de Kaliastre, quoi... Elle est trop triste ! Pauvre de lui, franchement. On peut comprendre pourquoi il est tout blasé maintenant... silent
Et des révélations sur Fester qui le disculpent (comme s'il y avait besoin hein !), bonne nouvelle (enfin, pour lui pas pour les adalantes).
Citation :
Si sa toux ne les avait pas empêchés d’entendre les pas crissant sur la neige, sans doute Kaliastre aurait-il pu mieux éviter le premier coup…
C'est sa faute, s'il meurt, voilà. Elle est trop trop trop méchante, cette Chloé. Razz

Chapitre 9 :
Aïe, aïe, aïe... Le combat en vrai et pas en vision... J'espérais sincèrement que la fin ne sera pas celle qu'on connait déjà eh bien si. :/ M'enfin, je suis trop contente que Kaliastre ne soit pas coupable. Je préfère largement qu'il soit mort honnête, que vif et traitre. xD En tout cas, le combat est très bien écrit, on s'y croirait !
Je sais pas pourquoi, j'ai tendance à me dire que l'exploration de Farciel est une trèèèèès mauvaise chose. Des fois, vaut mieux ne pas savoir plutôt que d'attirer l'attention.
Et, retomber sur l'ancienne armée qui avait poursuivi les Adalantes, ça c'est une sacrée coïncidence ! Le reproducteur compatible de la mère de Chloé en plus. Si je m'attendais à ça...
Farciel prise au piège... Comme c'est surprenant. Je l'avais prévenue pourtant ! C'était une très mauvaise idée !
Le retour d'Unélia est frustrant à souhait pour les autres protagonistes. lol Mais elle prend ses responsabilités à coeur et on voit bien qu'elle prend conscience des limites de son don.
Le petit échange entre Chloé et Alexandre au bord de la falaise est mignon. Par contre, la disparition de Parcellion est inquiétante.

Chapitre 10 :
Le combat entre Farciel et les deux soldats était plein de suspense. J'ai vraiment cru qu'elle allait y rester !
Citation :
_Que fais-tu là ?
Bonne question ! ^_^ quoiqu'il en soit, soulagée qu'il n'est rien de plus grave que ce qu'il avait déjà. C'aurait été bien drôle qu'il lui réponde, tiens ! :p
Rho ! Trop choupi, Chloé qui laisse son chéri dormir un peu (mais alors vraiment très peu). C'est vrai quoi, avec tout ce qu'il a dépensé en énergie depuis, quoi ? Deux bonnes semaines, et tout ça a cause d'elle, c'est la moindre des choses !
Très intéressant, l'interrogatoire du prisonnier... Kameo est mort mais Soren est bien vivant bien qu'il est disparu. Combien on parie qu'il est chez les explorateurs ?
Et, les révélations sur Fester... On le comprend finalement. Mais bon, quand même. (Et, vouloir accuser mon chouchou que tu as tué de façon sadique mais passons, ça c'est impardonnable !)
Par contre, j'en étais sûre que c'était pas une bonne chose de vouloir infiltrer le camps. Maintenant la guerre est quasiment assurée. :/ Mais ils vont tenter l'alliance !!! Youhou ! Enfin une bonne nouvelle et une petite lueur d'espoir pour les amours tragiques Leïla-Valérian et Chloé-Alexandre ! ^_^

Aaaaaaaaaaaaaaaahhhh !
Ca fait du bien d'avoir lu tout ça !
Ton histoire est toujours aussi passionnante, j'adore toujours autant !

J'attends la suite avec impatience ! cheers
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Mar 11 Jan 2011 - 18:59

Et hop! Une relance pour demander une suite? =)
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Jeu 4 Aoû 2011 - 13:38

Incroyable mais vrai : une suite, après un an d’absence. Je sais, c’est impardonnable, d’autant que les idées n’ont jamais été le problème, je sais depuis le début où cette histoire va aller, mais trouver à la fois le temps et la motivation d’écrire a été plus difficile que prévu, surtout que si je connaissais la fin, il me restait encore pas mal d’étapes à démêler pour éviter les incohérences (j’en ai d’ailleurs retrouvé une ou deux en relisant les précédents chapitres et ça m’agace !). La bonne nouvelle (pour les lectrices qui sont encore là), c’est que le prochain chapitre est presque terminé, que celui d’après ne devrait pas être trop compliqué à écrire, qu’ensuite il ne restera plus que l’épilogue, et que j’attaque bientôt deux semaines de vacances pendant lesquelles je n’aurai rien d’autre à faire que m’y atteler. En d’autres termes, la partie 2 de Par Les Armes devrait être terminée dans les semaines qui viennent.
Je tiens particulièrement à remercier Chlo pour le coup de pied au derrière qu’elle me met régulièrement dans l’espoir d’avoir des suites – à sa place, j’aurais abandonné depuis un bout de temps – et Six’ pour sa compil qui a largement contribué à me remettre dans le bain pour cette fic
Dans le début de ce chapitre, j’ai résumé la situation histoire de vous rappeler un peu où on en était. Voilààà, toutes mes excuses pour cette attente interminable, j’espère que vous ne m’en voudrez pas trop !

Chapitre 11


Elle fut choquée de constater que la vision des premières fumées lui procura un sentiment de bien-être comme elle n’en avait pas connu depuis une éternité, semblait-il. Elle n’avait passé que très peu de temps dans le campement des explorateurs, pourtant l’idée de pénétrer dans la maisonnette de bois qu’occupait Alexandre, de s’étendre sur sa couche et d’écouter les bruits désormais familiers du campement d’hommes la remplissait d’une sensation d’accomplissement… Et ce malgré la présence de tous ceux qui la haïssaient et le danger dans lequel les plaçait la situation actuelle.
Expliquer aux explorateurs que Fester, quelqu’un en qui ils avaient confiance, avait été le traitre ne serait pas chose aisée, mais cela serait sans doute moins difficile encore que de leur annoncer la suite. Chloé leva les yeux pour échanger un regard avec Farciel, perchée sur Mertao. La trentenaire lui adressa un signe de tête encourageant, devinant sans doute ses pensées. La petite blonde la remercia d’un sourire avant de reporter son attention sur le prisonnier qui marchait devant elle, précédé par Alexandre, chevauchant la monture de Fester. Sachant qu’ils seraient bientôt repérés par les sentinelles de garde, Chloé s’efforça de mettre de l’ordre dans ses pensées, se remémorant ces derniers jours et ressassant les arguments qu’ils allaient devoir présenter aux soldats.
Avoir découvert cette troisième armée à proximité des falaises avait changé la donne. Ils étaient partis avec l’intention d’éviter la guerre entre les explorateurs et les Adalantes en retrouvant le fuyard qui, ils le croyaient, avaient tué la guide des guerrières afin de provoquer les affrontements. Seulement… Kaliastre n’avait rien d’un traître, c’était en véritable ami qu’il était mort. En revanche, le pisteur qui avait fait semblant de les aider était coupable de ce meurtre, et de bien plus. Ennemi juré des Adalantes, il n’avait rejoint le groupe de Mykherm que dans le but de trouver ces femmes que tous pensaient être un mythe et de les exterminer. Lorsque les explorateurs étaient arrivés sur ce territoire et qu’il avait compris que son but était atteint, Fester avait fait parvenir un message à des alliés qui n’attendaient que son signal, sans doute depuis bien plus longtemps que n’avait consenti à le leur avouer leur prisonnier.
La conséquence de ces découvertes était pour le moins perturbante : les Adalantes, dont les effectifs étaient réduits étant donné que les reproductrices enceintes ne pourraient évidemment pas participer au combat, allait avoir à affronter un groupe d’hommes dix fois plus nombreux qu’elles. Une guerre qui aurait très probablement lieu dans les prochains jours, puisque Farciel n’avait pas pu être aussi discrète qu’elle l’aurait souhaité lorsqu’elle s’était infiltrée dans leur campement et que ces ennemis savaient désormais qu’elles étaient au courant de leur présence sur leur territoire. Ils devaient déjà être en train de mettre au point leur plan d’attaque, et si celui qu’avait formulé Chloé ne fonctionnait pas, ils vaincraient sans aucun doute.
Une alliance, avait-elle suggéré à Alexandre et Farciel. C’était bien la seule chose qui pouvait les sauver de l’extermination. Les chances pour que les explorateurs acceptent étaient minces, pour utiliser un doux euphémisme. Pour la plupart d’entre eux, les Adalantes étaient toujours des adversaires… Et même ceux qui ne les considéraient pas comme telles ne verraient pas l’intérêt de se mêler de leurs affaires : la disparition des guerrières ne leur ferait ni chaud, ni froid.
Ils allaient devoir jouer serré s’ils comptaient convaincre le groupe de Mykherm de se battre aux côtés de ces femmes qui les avaient humiliés sur le champ de bataille des mois plus tôt.
_Ne te creuse pas la tête de cette façon. Vous mourrez quoi qu’il arrive.
Tirée de ses pensées, la jeune femme se retint de balancer un coup et se contenta de fixer d’un regard hautain l’homme qui venait de la provoquer. Prafon, le reproducteur attitré de sa mère, ce reproducteur qu’elle n’avait jamais laissé la toucher. Chloé n’en revenait toujours pas de la coïncidence. Que cet homme fasse partie de l’armée rassemblée par Fester, et que Farciel soit tombée sur lui en cherchant des informations, tout cela la dépassait complètement.
En même temps, avoir fait la connaissance de cet homme lui offrait une certaine paix intérieure. Découvrir à quel point il était dénué d’humanité lui permettait de comprendre mieux encore les agissements de sa mère vingt ans plus tôt. Si son reproducteur avait été quelqu’un d’honorable, quelqu’un en qui elle aurait pu avoir confiance, céder aux charmes de celui qui était finalement devenu son père aurait peut-être été moins pardonnable à ses yeux. L’exilée esquissa presque un sourire à cette idée. Son reproducteur attitré avait été Kaliastre, un homme qui avait prouvé à quel point il était fiable plus de fois qu’elle n’aurait su le dire, et cela ne l’avait pas empêchée de tomber amoureuse d’Alexandre.
La pensée de Kaliastre provoqua un soudain serrement dans sa gorge et elle déglutit difficilement, s’efforçant de reprendre le contrôle de ses émotions. Elle était partie à la poursuite du grand blond persuadée qu’il méritait la mort… Et il l’avait trouvée en lui sauvant la vie. Elle n’était pas sûre de parvenir à se pardonner un jour.
Elle en était là de ses réflexions quand des cris la ramenèrent à la réalité. La sentinelle les avait repérés et alertait le campement. Ils n’allaient pas tarder à se retrouver assaillis de questions et elle prit une profonde inspiration, se préparant à affronter cette épreuve à laquelle elle aurait cent fois préféré une bataille.

*

_Chloé !
La petite blonde sourit en voyant son amie lutter pour se mettre à courir malgré son énorme ventre. Décidant de lui épargner l’effort, elle accéléra elle aussi l’allure, mais toutes deux s’arrêtèrent net lorsqu’une voix forte s’éleva, visiblement désapprobatrice :
_Qui est-ce ?
Alexandre se figea à son tour, arrêtant sa monture et restant totalement immobile une seconde. Comme Chloé et Farciel, il avait espéré bénéficier d’un peu de temps avant d’avoir à affronter le chef de l’expédition. Il avait espéré pouvoir d’abord parler avec Leïla, Unélia et Valérian. Il avait espéré avoir le temps d’établir avec son frère une stratégie qui l’aiderait peut-être à convaincre leur père. Espoirs vains, visiblement. Avec un soupir, le soldat se laissa finalement glisser à terre, confiant les rênes de l’animal à l’un des explorateurs qui s’étaient approchés, dévorés par la curiosité. Croisant le regard de Valérian, il serra les mâchoires, geste involontaire qui révélait sa nervosité. Il vit les paupières de son frère se plisser. Le grand brun était visiblement intrigué par la tension qui se dégageait des trois voyageurs, mais il ne pouvait pas poser de questions pour le moment, pas tant qu’ils se trouvaient face à un si large public. Il se doutait que ce qu’ils avaient à dire serait désagréable et qu’ils préfèreraient un minimum d’intimité. Ravalant sa curiosité, il se contenta de se poster aux côtés d’Alexandre, lui assurant son soutien silencieux face à leur père. Une fois Mykherm arrivé à leur hauteur, il répéta en désignant le prisonnier :
_Qui est-ce ?
_Pouvons-nous parler en privé ?
_Elles veulent vous proposer une alliance, annonça alors Prafon d’une voix suffisamment puissante pour être entendu de toutes les personnes à proximité.
L’exclamation qui s’éleva fut générale, et la punition ne se fit pas attendre. Réalisant qu’il venait en toute connaissance de cause de minimiser leurs chances déjà ridicules de convaincre les explorateurs, Chloé se retourna violemment et décrocha un coup dans la mâchoire de l’homme, qui se contenta de se redresser et de sourire malgré le filet de sang s’écoulant de sa bouche. Ils se défièrent du regard un instant, avant que Mykherm n’intervienne de nouveau :
_De quoi parle-t-il ?
Alexandre poussa un soupir alors que Farciel descendait de cheval à son tour, prenant garde à ne pas forcer sur sa jambe blessée, et s’approchait pour expliquer :
_Il parle de la seule façon d’éviter la disparition de tout un peuple.
Elle vit l’incrédulité s’inscrire sur les traits de son interlocuteur, et quand il comprit qu’elle était sérieuse, il ne chercha plus à retenir son rire.
_Vous voulez que nous, vos ennemis, évitions votre disparition ? Votre sens de l’humour semble plus développé que votre sens politique.
Farciel eut un sourire que Chloé n’aurait pu que qualifier de dangereux. Le sourire de quelqu’un qui était persuadé de parvenir à ses fins, qui ferait tout pour obtenir ce qu’il voulait, qui ne laisserait aucun obstacle se dresser sur son chemin… Mais surtout de quelqu’un qui savait quelque chose que tous les autres ignoraient. Abasourdie par cette expression calculatrice qu’elle n’avait jamais vue chez l’amie de sa mère, la petite blonde haussa les sourcils, s’apprêtant à intervenir, mais la trentenaire la devança, se plantant devant le colosse en prononçant calmement :
_Pourquoi ne nous isolerions-nous pas ?
Chloé et Leïla s’observèrent un moment, incertaines de la conduite à suivre. L’attitude de Farciel les prenait au dépourvu, peut-être plus encore que les autres personnes présentes : elles qui la connaissaient bien n’avaient aucune idée de ce qu’elle avait en tête, ce qui était pour le moins déstabilisant. Mais surtout, son langage corporel exprimait un clair défi, ce qui semblait mal avisé étant donné qu’elles avaient besoin de l’appui de Mykherm. Malgré les quelques centimètres qui lui manquaient pour pouvoir toiser du regard le chef des explorateurs, la jeune femme à la peau caramel avait de toute évidence le dessus dans cet échange assez particulier, et Chloé savait qu’il ne l’apprécierait pas. D’un autre côté, réalisa-t-elle une seconde avant que le géant barbu n’accorde un bref hochement de tête à la guerrière, il ne pouvait pas refuser sans avoir l’air de la craindre, et il ne prendrait pas ce risque.
Tous deux s’éloignèrent sous les regards perplexes des observateurs et s’engouffrèrent dans la maison qu’occupait Mykherm. Alexandre et Chloé hésitèrent, ne sachant s’ils devaient attendre leur retour ou si leur absence serait suffisamment longue pour leur permettre de se reposer quelques instants après ce voyage de retour éprouvant. Ce fut finalement Valérian qui les aida à prendre la décision. Se dirigeant vers le prisonnier, il se plaça derrière lui et referma fermement les doigts sur la corde qui lui liait les mains dans le dos, puis il le poussa en avant avec l’intention évidente de veiller sur lui jusqu’à ce qu’une décision soit prise, tout en lançant par-dessus son épaule :
_Allez-y. Je vais demander à quelqu’un de s’occuper des chevaux. Alexandre doit voir Cirménion. Unélia se chargera de vous prévenir s’il y a du nouveau.
La fillette confirma aussitôt d’un acquiescement et, malgré son désir de rattraper le temps perdu avec elle et Leïla, Chloé se résigna. Elle avait besoin d’eau, de nourriture et de chaleur plus que d’en apprendre davantage sur ce qui s’était passé au campement pendant leurs quelques jours d’absence.

*

_Essaie de te calmer.
_Je suis calme, rétorqua le jeune homme.
_Ce n’était pas à toi que je m’adressais.
Chloé eut une grimace au regard significatif que le médecin du campement posa sur elle. Se concentrant sur les gestes de Cirménion, occupé à nettoyer la blessure à l’épaule d’Alexandre, elle essaya d’oublier tout le reste et elle s’assit enfin sur le tabouret qui lui avait été offert quelques minutes plus tôt, cessant de tourner en rond dans l’abri trop étroit. Un long moment se déroula en silence avant que le médecin ne finisse par se redresser en déclarant :
_Cette plaie a été bien soignée. Quelques semaines de repos et il n’y paraîtra plus.
Alexandre ne répondit pas, mais son expression parlait pour lui. Ils n’avaient pas quelques semaines, Chloé le savait aussi bien que lui. Elle prononça l’évidence :
_Tu ne pourras pas participer au combat.
_J’y participerai quoi qu’il advienne.
_Alexandre…
_Je suis gaucher, Chloé. Cette blessure n’affectera pas mes capacités.
_Idiot, intervint calmement Cirménion. Te battre dans cet état, c’est prendre le risque de rester handicapé à vie.
_Alors je le prendrai.
_Ecoute, il n’est même pas encore certain que Mykherm accepte de…
_Ca n’a aucune importance, l’interrompit-il de nouveau. Que mon peuple parte en guerre ou non, je combattrai aux côtés des Adalantes… A tes côtés.
Elle se leva et s’approcha, espérant que le dominer de sa taille alors qu’il restait assis sur la couche réservée aux malades l’aiderait à lui faire entendre raison. Mais il l’imita, et elle se retrouva forcée de pencher la tête en arrière pour le regarder dans les yeux. Ce qu’elle lut dans son regard étouffa la protestation qu’elle aurait voulu émettre, et ce pour une simple raison : elle réalisa soudain que si les rôles avaient été inversés, elle aurait réagi exactement comme il le faisait. Finalement, elle capitula, lui arrachant un minuscule sourire. Il se pencha pour déposer un léger baiser sur ses lèvres, jusqu’à ce qu’un raclement de gorge les rappelle à l’ordre.
_Allez-vous me dire ce qui s’est passé ?
_Je ne crois pas, non, répondit Alexandre au médecin. Mieux vaut que tous l’apprennent en même temps.
Cirménion acquiesça de bonne grâce.
_Dans ce cas, dehors, tous les deux. D’autres patients m’attendent.
Hochant la tête, Alexandre renfila sa chemise en retenant un grognement de douleur alors que Chloé se dirigeait vers la porte. Elle était sur le point de l’ouvrir quand le bruit discret d’un petit poing cognant contre le bois se fit entendre. Elle entrebâilla alors le battant pour voir apparaître Unélia, un sourire aux lèvres. Personne n’eut le temps de poser de questions, la fillette annonçant aussitôt :
_Mykherm a accepté. Venez !
Eberlués, Alexandre et Chloé échangèrent un regard avant de la suivre, accompagné de Cirménion, et de se retrouver dehors, où les explorateurs rassemblés en demi-cercle attendait que tout le monde arrive afin d’écouter ce que leur chef, planté devant eux, avait à leur dire. A ses côtés, Farciel et Valérian… Valérian ? Alexandre fronça les sourcils en remarquant les mains et les vêtements ensanglantés de son frère et il fit mine de se précipiter vers lui, mais Unélia l’arrêta impérieusement d’une main.
_Ce n’est pas son sang.
_Quoi ? Mais qu’est-ce que…
_Chut ! marmonna un soldat derrière lui.
Chloé posa une main sur la garde de l’une de ses épées, s’attendant à un piège. Elle imaginait très bien Mykherm faisant croire qu’il acceptait de les aider de façon à ce qu’elles baissent leur garde, puis donner l’ordre aux centaines d’hommes réunis de s’emparer d’elles et d’empêcher ses fils de s’interposer. Elle sentit la tension monter en elle à cette idée. Si c’était bien ce qu’il avait en tête, ils ne feraient pas le poids. Détaillant l’attitude de Farciel, elle se relaxa de façon imperceptible. La guerrière semblait confiante, et si elle n’avait aucune raison de se fier à Mykherm, elle respectait en revanche assez la trentenaire au teint mat pour savoir qu’elle n’aurait pas affiché cet air assuré s’il y avait eu le moindre doute sur ce qui allait se dérouler dans les minutes à venir.
_Mes amis, commença le chef du groupe d’hommes, attendant que le silence s’installe avant de continuer. Une nouvelle menace pèse sur nous.
Ces quelques mots eurent l’avantage de lui assurer toute l’attention de ses compagnons.
_Je sais que vous vous interrogez tous sur ce qu’a découvert mon fils lorsqu’il s’est lancé à la poursuite de Kaliastre.
Aucune mention de Fester ou d’elle-même, remarqua Chloé avant de se concentrer de nouveau sur ce qu’il disait.
_Il a découvert que Kaliastre n’avait rien à voir avec le meurtre de la guide des Adalantes.
_Où est Kaliastre ? intervint alors une voix dans la foule.
_Il a été tué, répondit calmement Valérian, provoquant un concert de questions et de protestations parmi les hommes présents.
Les trois personnes qui faisaient face au groupe attendirent que le brouhaha retombe. Puis Valérian continua :
_Lui et Chloé ont été attaqués par Fester et ses alliés.
De nouveau, les voix s’élevèrent, exprimant colère et incrédulité face à cette révélation inattendue. La petite blonde hésita à s’en mêler. Elle aurait pu venir se placer elle aussi devant les explorateurs et confirmer l’information délivrée par Valérian, puisqu’elle avait été présente, mais la moitié des hommes ne lui faisait pas confiance, et l’autre moitié n’avait pas besoin de sa parole pour croire ce que leur disait le fils de leur chef. Bien que l’impatience la gagnât, elle parvint donc à rester en place et elle attendit.
_Kaliastre était parti pour découvrir ce que manigançait Fester.
_Que manigançait-il ? demanda quelqu’un.
_Il ne s’est joint à cette expédition que pour trouver des Adalantes et les détruire. Il a rassemblé une armée qui se trouve aujourd’hui à quelques jours de cheval, près des falaises. Des milliers de soldats attendaient l’ordre de Fester pour attaquer les Adalantes une fois que les reproductrices seraient aussi vulnérables que possible.
_En quoi cela nous regarde-t-il ?
Chloé vit Mykherm jeter un coup d’œil à Farciel à cette question de l’une des sentinelles. La trentenaire eut un minuscule acquiescement, l’encourageant à prendre la parole. N’importe qui d’autre n’y aurait vu que cela : un simple encouragement. Mais Chloé la connaissait trop bien pour manquer la lueur d’avertissement dans ses yeux noirs. Elle vit le colosse se tendre, comme se préparant à une attaque, avant d’achever cet échange silencieux par un signe de tête, et la petite blonde ne put s’empêcher de se demander ce qui s’était dit dans cette maison de bois pendant qu’Alexandre se faisait soigner. Finalement, le colosse barbu prit la parole :
_Pour rassembler cette armée, Fester a dû leur promettre quelque chose.
Il marqua un temps d’arrêt, juste assez long pour que tous retiennent leur souffle en s’interrogeant sur ce qu’ils allaient apprendre, puis il lâcha un unique mot :
_Nous.
Chloé sentit sa mâchoire se décrocher à cette unique syllabe. Elle parvint enfin à croiser le regard de Farciel, qui lui accorda un sourire confiant alors que Mykherm continuait, hurlant pour se faire entendre par-dessus les voix de ses compagnons :
_Nous avons emporté suffisamment de richesses pour négocier et faire des achats au cours de notre périple, sans parler des chevaux et du matériel. Après avoir exterminé les Adalantes, l’armée de Fester devait s’attaquer à nous, voler nos biens et vendre les survivants comme esclaves. Si nous ne réagissons pas, si nous ne mettons pas de côté notre fierté, c’est ce qui se produira. Nous ne sommes pas de taille seuls face à eux, pas plus que les Adalantes. Mais ensemble, nous pouvons résister.
Alors que les hommes se déchaînaient autour d’eux, Alexandre finit par se remettre de sa stupéfaction et il se pencha vers la petite blonde devant lui pour murmurer à son oreille :
_Farciel est meilleure stratège que je ne l’aurais cru.
Toujours sous le choc, Chloé se contenta de confirmer d’un geste, tout en essayant d’analyser ce qui venait de se passer. Elle n’arrivait pas à comprendre comment la guerrière avait réussi à convaincre Mykherm de mentir ainsi à ses hommes dans le seul but de protéger leur peuple, un peuple qu’il avait admis haïr à plus d’une reprise et qu’il aurait sans doute volontiers éliminé lui-même s’il en avait eu l’occasion.
Mais peut-être n’était-ce pas le plus important. Peut-être que la seule chose qui avait de l’importance était les réactions des explorateurs. Dans ce débat qu’elle aurait pensé perdu d’avance encore quelques minutes plus tôt, Mykherm venait de faire pencher la balance de leur côté, quelles que soient ses raisons. S’il s’agissait de se défendre d’une attaque extérieure, les hommes seraient bien plus ouverts à la possibilité de se battre que s’il s’agissait d’aider des guerrières qui ne comptaient guère à leurs yeux. Elle questionnerait plus tard Farciel sur son entretien avec le géant barbu. Pour l’instant, elle n’avait plus qu’une seule et unique mission : convaincre cette fois les Adalantes de prendre les armes aux côtés de leurs anciens ennemis.
_Viens !
Elle n’eut pas le temps de réagir, Alexandre s’étant emparé de sa main et l’attirant à sa suite à travers la foule, écartant les hommes vociférant pour se diriger vers son frère. Valérian lui avait adressé un signe à la fin du discours de Mykherm… Mais même sans cela, il l’aurait rejoint. Trop de questions restaient en suspend, il voulait à présent des réponses. Remarquant sans doute qu’il avait repéré son mouvement et qu’il le rejoindrait très vite, le grand brun se détourna et pénétra dans son abri, laissant la porte entrouverte. Farciel le suivit, et Alexandre n’eut pas une hésitation avant de s’engouffrer lui aussi dans l’ouverture, Chloé sur les talons. Il n’avait pas détecté la présence d’Unélia derrière lui, mais la jeune prophétesse ne resterait pas en dehors de cette histoire, il le savait, aussi la laissa-t-il entrer également, notant au passage que Leïla était déjà à l’intérieur. La fillette ferma la porte derrière eux et y resta adossée pendant qu’Alexandre et Chloé découvraient la scène devant eux.
Prafon gisait sur le sol, ses yeux vides révélant le décès récent tout aussi sûrement que les entrailles jaillissant de son ventre. Un poignard plein de sang était posé à côté du corps. Anticipant les questions, Valérian répondit à son frère tout en s’essuyant les mains sur un morceau de tissu :
_La version officielle, c’est qu’il a réussi à se détacher et qu’il m’a attaqué.
_Et la vérité ?
Farciel expliqua :
_Nous ne pouvions pas risquer de le voir contredire le discours de Mykherm. Les hommes doivent à tout prix penser que l’armée de Fester est une menace pour eux, sans quoi ils les laisseront massacrer notre peuple.
Alexandre acquiesça, songeur. L’argument était logique, il en convenait. Toutefois, plusieurs détails le perturbaient encore dans les événements qui s’étaient déroulés depuis leur retour.
_Et les partisans de Fester ? Je n’arrive pas à croire qu’ils changent ainsi d’allégeance, nous devrions nous méfier d’eux.
Ce fut Chloé qui le rassura :
_Il n’y a pas vraiment de partisans de Fester parmi les explorateurs. Darlhan lui servait d’agitateur. Parmi les hommes qui se réunissaient en secret pour comploter contre nous, aucun ne devait savoir que c’était Fester qui tirait les ficelles, et aucun ne connaissait les vraies raisons de ce désir de nous exterminer… D’ailleurs, où est Darlhan ? demanda-t-elle, réalisant soudain qu’elle ne l’avait pas encore vu et qu’il était étrange qu’il n’ait pas réagi après les annonces de Mykherm.
_Mort, répliqua aussitôt Leïla. Quand Unélia a entrepris l’ascension des montagnes pour approfondir sa vision, il a voulu la suivre, pensant qu’elle rejoindrait le campement et qu’il découvrirait ainsi où sont cachées les Adalantes. Nous l’avons interrogé, et il s’est lui-même planté la lame dans le corps.
_Vraiment ? s’étonna Chloé dans un haussement de sourcils.
_Il ne voulait pas risquer de nous révéler des informations. Selon moi, il était la seule personne au courant de ce que préparait Fester, et la seule, avec Prafon, qui aurait pu convaincre les hommes de Mykherm que l’armée des falaises n’en avait en réalité pas après eux. Sa mort va donc nous servir.
Surprise que Leïla en sache autant, elle l’interrogea du regard. Son amie haussa les épaules.
_Il n’a pas fallu longtemps à Farciel pour convaincre Mykherm. Elle est ensuite venue nous trouver, moi, Valérian et Unélia pour nous raconter tout ce qui s’était passé.
A ces mots, Chloé se souvint de l’une de ses interrogations. Elle se tourna alors vers Farciel et découvrit qu’elle arborait un petit sourire en coin, s’attendant à la question. La petite blonde la posa malgré tout :
_Comment l’as-tu convaincu ?
Le sourire mystérieux s’élargit.
_Je te le dirai peut-être un jour.
Peu satisfaite de cette réponse qui n’en était pas une, Chloé reporta son attention sur Leïla, qui secoua la tête dans un geste exprimant son impuissance. Elle tenta alors Valérian, mais obtint la même réaction, tout comme avec Unélia. Intriguée par cette ignorance généralisée, la petite blonde tenta d’insister, mais elle fut coupée avant même d’avoir pu réellement commencer par Unélia, qui se fit voix de la raison :
_Ca n’a pas d’importance. La priorité pour le moment est de gagner cette guerre.
Alexandre hocha la tête.
_Il faut que quelqu’un aille prévenir Jelovi. Les Adalantes doivent se préparer aux affrontements.
_Chloé ira, affirma Unélia d’une voix qui n’admettait aucune contradiction.
La guerrière en question la contredit pourtant :
_Je suis la dernière personne à pouvoir convaincre Jelovi, tu le sais bien. Elle…
_Tu iras, insista Unélia, son regard soudain impérieux.
Troublée par tant d’autorité chez une fillette, Chloé ouvrit la bouche, mais la referma aussitôt, ne trouvant rien à répondre. Valérian donna un discret coup de coude à son frère en remarquant assez fort pour être entendu de la personne concernée :
_Tu vois ? C’est comme ça qu’il faut la mater.
Cela lui valut un double regard meurtrier, de la part de sa compagne et de la part de la guerrière blonde. Alexandre laissa malgré lui échapper un petit rire qui contamina les deux jeunes femmes après quelques secondes. Le soldat gratifia son ainé d’une claque dans le dos, le remerciant silencieusement pour avoir réussi à détendre l’atmosphère en dépit de la situation dans laquelle ils se trouvaient.
_J’irai, c’est entendu, confirma alors Chloé. Mais il nous faut d’abord un plan de bataille.
Farciel secoua la tête.
_Nous allons nous en occuper. Convainc nos alliées de venir ici, c’est tout ce qui compte.
_Mais…
_J’ai déjà mon idée et le temps est trop précieux pour le gaspiller en discussions. Arrange-toi pour que toutes viennent ici, y compris les reproductrices. Nous nous chargeons du reste.
_Peux-tu au moins me donner les grandes lignes de ton plan ? Elles ne me suivront pas sans savoir dans quoi elles s’engagent. D’autant que si elles restent où elles sont, elles ont encore une chance de ne pas être repérées par les hommes de Fester. Ils savent où sont les explorateurs, pas où sont les Adalantes.
_Dis-leur qu’ils ont l’intention de capturer Alexandre et de lui faire avouer leur position. C’est probablement la vérité de toute façon, et elles ne lui font pas assez confiance pour penser qu’il gardera le secret. Tu peux aussi leur dire que les montagnes font partie de ma stratégie, que sans elles, nous courons à notre perte. Dis-leur enfin de se hâter. L’armée doit déjà être en marche.
Après une dernière hésitation, Chloé finit par céder.
_Très bien.
_Prends deux chevaux. Tu seras plus rapide.
Elle acquiesça à la suggestion d’Alexandre.
_Je vais manger un morceau avant de partir. Cela m’évitera de m’encombrer de provisions.
Valérian se dirigea vers la porte et la lui tint ouverte.
_Je viens avec toi. Je vais te procurer l’un de nos meilleurs coursiers. Ne commencez pas la réunion de guerre sans moi ! lança-t-il aux deux Adalantes, à la fillette et à son frère. Je reviens avec Père.
Aux hochements de tête qui accueillirent sa requête, le grand brun suivit Chloé hors de son abri. Aussitôt, elle lui demanda :
_Pourquoi Unélia veut-elle que ce soit moi qui aille parler à Jelovi ?
_Je l’ignore. Mais elle doit avoir ses raisons. Cette gamine est futée.
L’euphémisme lui arracha un sourire. Unélia était l’une des personnes les plus intelligentes qu’elle connaissait, un fait d’autant plus remarquable étant donné son âge, et elle ne pouvait qu’être ravie que cela soit elle qui ait hérité des visions de Galothène. Ils venaient d’atteindre l’abri d’Alexandre, où elle savait qu’elle trouverait de quoi se nourrir, quand Valérian l’arrêta d’une main posée sur son épaule.
_Chloé.
Intriguée par la soudaine gravité de son regard, elle l’interrogea d’un haussement de sourcils. Visiblement mal à l’aise, ce qui ne lui ressemblait absolument pas, il marqua une pause avant de prononcer d’une voix prudente :
_Quoi que Farciel ait dit à notre père pour le convaincre, ça ne lui a pas plu.
Elle comprit aussitôt son hésitation. Il s’apprêtait à la mettre en garde contre Mykherm, et malgré leurs opinions divergentes, se voir forcé d’admettre que son géniteur n’était pas fiable avait de quoi le perturber.
_Oui, j’ai remarqué.
_Sur le champ de bataille, méfiez-vous de lui. Il ne fera rien d’ici là, elle a visiblement trouvé de quoi faire pression tant que tous les regards sont tournés vers lui, mais si, en plein combat, il a l’occasion de s’en prendre à l’une de vous et de faire passer cela pour l’attaque d’un ennemi, je pense qu’il n’hésitera pas.
_Leïla ne pourra pas combattre en raison de sa grossesse, et la blessure de Farciel lui imposera tout autant l’immobilité. Elles ne risquent rien. J’en déduis que c’est pour ma sécurité que tu t’inquiètes ? C’est touchant, le taquina-t-elle sans lui laisser le temps de répondre. Et je t’en suis reconnaissante. Mais je peux me défendre seule, je suis une grande fille.
Au regard qu’il baissa sur elle, assorti d’un sourire moqueur qui soulignait leur différence de taille, elle balança un revers de la main dans ses abdominaux, lui arrachant une fausse grimace de douleur.
_Ne me provoque pas, tu pourrais le regretter.
_Je n’en doute pas, admit-il avant de changer brusquement de sujet. Bien, je vais te préparer un cheval. Je l’attacherai à côté de Mertao.
Elle approuva d’un hochement de tête. Alors qu’il tournait les talons pour s’éloigner, elle le rattrapa sur un coup de tête et lança ses bras autour de ses épaules. Momentanément pris au dépourvu, il ne réagit d’abord pas. Puis il sourit et l’enlaça à son tour, la sentant resserrer son étreinte sur lui, exprimant toute la tension qu’elle ressentait sans pouvoir l’extérioriser, mais aussi toute la reconnaissance qu’elle lui vouait pour sa capacité à garder son calme et son humour malgré les circonstances. Si on lui avait dit à peine un an plus tôt que, non contente de céder au désir physique avec un homme, elle en considérerait un autre comme l’un de ses plus proches amis, comme quelqu’un en qui elle pouvait avoir une confiance absolue, devant qui elle pouvait se permettre de montrer ne serait-ce qu’une seconde de faiblesse, elle aurait éclaté de rire ou haussé les épaules. Et pourtant elle se trouvait là, dans les bras de ce soldat qu’elle avait appris à respecter pour ses qualités tout autant que pour l’amour qu’il portait de toute évidence à sa meilleure amie, et pour rien au monde elle n’aurait changé quoi que ce soit à la situation, parce qu’elle savait que sans ces combats, sans ces menaces, sans ces intrigues, sans ces déceptions, sans ces souffrances, il n’y aurait pas non plus eu de complicité, de rire ou de confiance avec cet homme qu’elle voyait aujourd’hui comme son propre frère.
_Merci, Valérian.
_Je t’en prie.
Elle s’écarta et lui offrit un sourire, brisant la solennité de l’instant en ordonnant :
_Et ne vous faites pas tuer avant que j’arrive avec les renforts.
_A tes ordres !

*

_Elle est partie, annonça-t-il en pénétrant dans sa maisonnette et en rejoignant Leïla sur la couche. Unélia, nous diras-tu pourquoi tu voulais que ce soit elle qui se charge de cette mission ?
_Vous le comprendrez bien assez tôt.
_Quelqu’un pourra-t-il m’expliquer pourquoi cette enfant participe à une telle réunion ?
Tous les regards se tournèrent vers Mykherm, qui était entré à la suite de Valérian, puis se rencontrèrent, à la recherche d’une excuse pour la présence de la fillette. Ils avaient jusque là réussi à lui dissimuler les raisons de son arrivée et de son installation au campement, lui expliquant simplement qu’il s’agissait d’une amie de Chloé qui avait souhaité la voir, mais sa question à présent était légitime : si cela avait été la vérité, elle serait rentré au campement des Adalantes avec la petite blonde.
Ils ne pouvaient certes pas lui avouer qu’Unélia avait le don de voir le futur, pas sans craindre qu’il tente de lui extorquer autant d’informations que possible. Alors qu’ils étaient à la recherche d’une explication crédible, l’enfant les tira de l’embarras :
_Il a raison, je n’ai rien à faire ici.
Sur ce, elle se leva et fit mine de partir, avant d’être retenue par la voix de Valérian :
_Attends ! En es-tu sûre ? Tu pourrais nous être utile.
_J’en doute. Je n’ai rien d’un soldat, et je ne suis pas encore une guerrière.
Sentant venir les protestations, elle ajouta :
_Si tu y tiens tant que cela, viens me trouver quand vous aurez arrêté une stratégie. Je te donnerai mon avis.
Rassuré de savoir que la prophétesse les éclairerait si elle le pouvait, Valérian finit par céder. Unélia quitta la pièce, fermant la porte au moment où Farciel adoptait sa voix la plus ferme pour commencer :
_Bon, voilà ce que je vous propose…

*

Elle aurait voulu pousser l’étalon davantage pour parvenir plus vite à son but, et il devait le sentir : Mertao avait rarement autant tiré sur les rênes, autant protesté d’être retenu, autant lutté pour prendre de la vitesse. Mais tout comme elle savait qu’elle avait besoin d’arriver le plus rapidement possible, elle savait que le moindre faux pas sur ce terrain provoquerait une chute, et elle parvenait à modérer son impatience en se rappelant qu’elle préférait éviter de prendre le risque d’arriver en mauvais état, voire de ne pas arriver tout court.
L’autre monture lui posait moins de problèmes : rapide et endurant, mais obéissant, l’étalon presque entièrement noir s’était sans problème plié à ses ordres lorsqu’elle l’avait chevauché pendant quelques heures. Il suivait à présent le trot qu’elle imposait à Mertao sans chercher à le devancer et sans avoir besoin d’être encouragé. Elle devrait penser à remercier Valérian de lui avoir conseillé ce cheval.
Enfin, elle repéra des signes de vie : des traces dans la neige indiquaient que plusieurs cavalières étaient passées par là récemment, elle approchait du campement. On ne pouvait pas parler de temps record, mais étant donné les conditions dans lesquelles elle avait franchi la distance, elle n’aurait pas pu faire mieux.
Calmant Mertao de quelques paroles sans aucun sens mais prononcées d’une voix basse et apaisante, elle le fit repasser au pas. Arriver en semblant aussi pressée qu’elle l’était risquait d’affoler les sentinelles et elle voulait à tout prix que la conversation qu’elle allait avoir avec Jelovi se déroule dans la sérénité… Autant que possible.
Arrivée à l’entrée du campement, elle arrêta les chevaux et elle sauta à terre, voyant l’Adalante de garde s’approcher d’elle, mi-méfiante, mi-curieuse.
_Que fais-tu ici ?
_Je dois m’entretenir avec Jelovi.
Lonia n’avait jamais fait partie de ses plus farouches opposantes, mais elle ne faisait pas non plus partie de ses admiratrices. Guerrière modèle, elle obéissait aux ordres sans se poser de questions, mais sans non plus avoir forcément apprécié la façon dont la petite blonde avait été traitée la dernière fois qu’elle était venue : si son exil avait été mérité, le fait que Jelovi ait tenté de l’empêcher d’assister aux funérailles de Galothène et Dahomé en revanche avait rangé de son côté de nombreuses membres de la tribu. Chloé espérait bien pouvoir en jouer au cours des prochaines heures. Aussi, quand la sentinelle lui offrit une grimace hésitante, Chloé lui confia les rênes de ses deux montures en insistant d’un ton doux :
_C’est important, Lonia. Fais-moi confiance. Assigne-moi des gardes si tu y tiens.
Finalement, elle céda, lui faisant signe de passer et décidant de ne pas lui faire l’affront de la faire suivre. Chloé la remercia d’une brève pression sur l’épaule avant de pénétrer dans le campement, ignorant les regards qui suivaient le moindre de ses mouvements. C’est bon d’être à la maison, songea-t-elle, masquant la blessure de ces réactions soupçonneuses derrière le sarcasme.
Il n’y avait pas si longtemps, elle avait fait partie de cette communauté, et tout comme elle aurait tué pour en protéger chacune de ses membres, elle savait que chacune de ses membres aurait tué pour la protéger elle. Les choses avaient bien changé. Certaines en mieux, d’autres non.
Mais elle n’était pas là pour se lamenter sur son sort, aussi secoua-t-elle la tête pour se tirer de cet état d’esprit néfaste alors qu’elle approchait de la tente de la nouvelle guide des Adalantes. Rassemblant son courage à deux mains et se répétant une fois de plus les arguments qu’elle avait mis au point en chemin, elle appela :
_Jelovi ! Es-tu là ?
Tout sembla se figer autour d’elle, des guerrières aux animaux en passant par l’air lui-même. Entendre l’exilée demander à parler à leur chef était tout simplement incongru, elle soupçonnait que personne ne savait vraiment comment réagir. Elles devaient se demander si elle était là pour provoquer davantage de problèmes, pour supplier qu’on l’autorise à revenir, ou pour apporter de mauvaises nouvelles. A bien y réfléchir, il y avait un peu de tout ça. Les informations qu’elle détenait allaient effectivement amener avec elles leur lot de problèmes. Et si elle n’avait certes pas l’intention de supplier, elle comptait bien faire de nouveau partie du groupe au moins le temps que durerait la guerre.
Après un silence d’une intensité telle que ses oreilles se mirent à bourdonner, Chloé vit finalement les pans de la tente s’écarter pour révéler la silhouette de Jelovi. Dans l’obscurité de l’abri, ses yeux semblaient jeter des éclairs de fureur, et Chloé supposa que c’était censé l’impressionner. Si c’était bien l’objectif, il ne fut pas atteint. Ignorant la haine évidente que lui portait son interlocutrice, la petite blonde demanda simplement :
_Pouvons-nous parler en privé ?
Un nouveau silence, puis la guide des Adalantes finit par émerger de sa tente et se redresser de toute sa hauteur.
_Si tu as quelque chose à dire, tu peux le dire devant mes sœurs. Je n’ai rien à leur cacher.
« Mes » sœurs. Pas « nos » sœurs. Elle n’aurait pas dû être surprise par la bassesse de cette subtilité grammaticale, pourtant le coup porta. Elle sentit ses paupières se plisser sous l’effet de l’attaque verbale, sentit ses poings se serrer automatiquement, sentit la réplique cinglante lui monter à la gorge… Mais parvint à la contenir. Elle n’était pas là pour de ridicules luttes internes, elle était là pour sauver de l’extermination ce qui avait autrefois été sa tribu.
_Très bien, admit-elle. Je suis venue vous annoncer qu’une armée marche vers vous.
_Impossible, vint aussitôt la réaction d’orgueil. Personne ne sait où nous sommes.
_Ils ne vont pas tarder à le découvrir, rétorqua Chloé. Et même si ce n’était pas le cas, veux-tu réellement manquer l’opportunité de punir ceux qui ont assassiné Dahomé ?
Elle détecta l’instant précis où l’argument fit mouche, où Jelovi cessa au moins en partie d’être une opposante pour devenir quelqu’un qui allait peut-être l’écouter. L’expression légèrement plus amène de son visage s’accompagna d’un murmure dans les rangs des guerrières qui ne faisaient désormais même plus semblant de ne pas les écouter avec toute l’attention que nécessitait cette dernière révélation.
_Explique toi, exigea la guide des Adalantes.
_L’un des explorateurs a trahi son camp, commença Chloé.
Une révélation qui provoqua quelques ricanements dans la foule rassemblée, ce à quoi elle lança :
_Ne vous réjouissez pas trop vite. Sa trahison représente également un danger pour les Adalantes. Cet homme s’est arrangé pour nous faire croire que l’un des explorateurs avait tué notre guide afin de déclencher les affrontements entre nos deux camps. Il espérait que les explorateurs nous affaibliraient et qu’ils pourraient ensuite nous achever sans trop de peine. Leur plan a échoué, et ils se préparent aujourd’hui à attaquer le campement des explorateurs.
_Parfait ! Qu’ils les attaquent ! s’exclama Jelovi. Si nous ne pouvons pas briser la trêve, rien ne nous empêche d’apprécier leur massacre de loin.
_Certains des explorateurs savent où vous vous trouvez.
De nouveau, ces éclairs dans les yeux de la femme plus âgée.
_Et tu en es responsable.
_Nous pouvons débattre de ma responsabilité dans cette histoire toute la nuit s’il le faut. Cela ne change rien au fait que Farciel, Leïla et Unélia sont toujours là-bas. Dis-moi, Jelovi, si quelqu’un menace de torturer Unélia, crois-tu que Leïla gardera le secret de votre position ? La connais-tu si peu ?
_Elle n’a pas tort, remarqua l’une des Adalantes du premier rang. D’ailleurs, nous ferions toutes…
_Silence !
Le hurlement de Jelovi sembla surprendre la foule, et un murmure collectif se fit entendre avant qu’elle ne parvienne à l’étouffer d’un regard noir. Mais même à travers ce silence imposé, Chloé pouvait sentir la désapprobation qui commençait à émaner du groupe. Elle réalisa soudain que la situation allait peut-être tourner en sa faveur plus vite que prévu, à une condition : qu’elle soit totalement ouverte. La tendance de Jelovi à ne pas laisser s’exprimer les guerrières, à imposer sa vision des choses et à garder pour elle certains des renseignements qu’elle recevait était précisément ce qui faisait qu’elle comptait davantage d’opposantes que Dahomé, Chloé en était persuadée. Elle allait devoir prendre le risque d’être aussi transparente que possible. Alors elle lança sans plus de préambule :
_Je suis venue vous demander de former une alliance avec les explorateurs.
Ignorant le pas que Jelovi prit dans sa direction dans l’évidente intention de lui asséner un coup pour avoir osé suggérer une telle insanité, elle ajouta posément :
_Sans eux, ce sera une bataille à dix contre une.
_Nous avons connu pire.
_C’est faux et tu le sais. Que crois-tu, Jelovi ? Que vous pourrez les battre ? Il s’agit de guerriers tout aussi forts que nous le sommes, tu ne sais pas combien Farciel est passée proche de la mort en en affrontant un. Avec les explorateurs, nous pouvons rééquilibrer les forces. Trois contre un. Là, tu peux dire que nous avons connu pire.
_Je refuse de faire confiance à ces hommes !
_Je ne te demande pas de leur faire confiance ! Je t’explique qu’ils ont tout aussi intérêt que nous à former cette alliance temporaire.
_Je t’interdis…
_Silence, Jelovi !
Aussi choquées l’une que l’autre, Chloé et Jelovi se tournèrent d’un même mouvement vers la femme qui venait de prendre la parole. La petite blonde fut plus surprise encore de reconnaître Mertia, la doyenne de la tribu qui l’aurait volontiers condamnée à mort quelques mois plus tôt, lors du Conseil qui l’avait opposée à Soliabir. La vieille femme s’avança et pointa un doigt rageur sur celle qui était censée être sa guide.
_Te rends-tu compte de ce que tu dis ? Je te soutiendrais en temps normal. Mais aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre de tels risques. Pas alors que les reproductrices approchent du terme de leur grossesse. Regarde autour de toi, Jelovi. Elimine les vieilles femmes, les enfants et les futures mères, et tu verras qu’il ne reste qu’une poignée de guerrières en état de combattre. Moins d’un millier. Que ça te plaise ou non, nous avons besoin de renforts. Je ne te laisserai pas mettre en péril la survie de la tribu par fierté.
_Mais, je…
_Il n’y a pas de mais qui tienne. Je convoque un Conseil.
Aussi stupéfaite par une telle suggestion que par les murmures approbateurs qui parcoururent les rangs après cet éclat de colère de Mertia, Jelovi tenta de prendre la parole, ne parvint pas à trouver les mots. Ce fut finalement Chloé qui prononça l’objection, malgré l’intérêt qu’elle avait à soutenir cette proposition :
_La prophétesse et Farciel absentes, Dahomé décédée, et Jelovi impliquée… Il ne reste que toi pour siéger au Conseil.
_C’est exact. Nos lois prévoient une alternative dans un cas comme celui-ci.
_L’opinion générale, marmonna la guide de la tribu, visiblement peu enthousiaste.
Mertia acquiesça alors que Chloé écarquillait les yeux. Jamais encore elle n’avait vu la tribu avoir recours à ce vote. Elle n’était pas certaine que la balance penche de son côté, mais elle devait avouer que l’idée était de toute façon plus séduisante que celle de voir la décision reposer entièrement sur les épaules de Jelovi. Alors, en tant que partie prenante du débat, elle donna son accord d’un signe de tête. La chef des Adalantes finit par y consentir elle aussi, à contrecœur. L’exilée s’attendait à un rituel à mettre en place, au lieu de quoi Mertia se plaça tout simplement face à l’assemblée dans la nuit tombante et demanda :
_Manque-t-il quelqu’un, à l’exception de Farciel, Leïla et Unélia ?
Elle donna quelques minutes aux personnes présentes pour observer autour d’elles et s’assurer que toutes les guerrières étaient bien là. Quand aucune absence ne fut signalée, la doyenne reprit la parole :
_Si certaines d’entre vous ne souhaitent pas donner leur opinion, qu’elles quittent les rangs.
Là encore, elle garda le silence un instant, laissant le choix aux Adalantes. Quand personne ne bougea, elle ordonna enfin :
_Je voudrais que toutes celles qui acceptent de combattre aux côtés des explorateurs reculent de quelques pas, et que toutes celles qui préfèrent être exterminées se placent devant moi.
_Tu ne peux pas présenter les choses de cette façon ! protesta aussitôt Jelovi alors que Chloé retenait un demi-sourire.
Elle ne s’était sincèrement pas attendue au soutien de Mertia, pourtant, alors que les Adalantes faisaient toutes, sans exception, quelques pas en arrière, la vieille femme répliqua aussitôt :
_C’est la vérité.
Soulagée par la direction inattendue que prenait cette confrontation avec la nouvelle guide du peuple, Chloé voulut rejoindre le groupe afin de manifester elle aussi son accord. Mais Mertia lui barra le chemin d’un geste du bras en lui ordonnant doucement :
_Reste ici.
Si la jeune guerrière avait cru être au bout de ses surprises, elle fut cruellement déçue quand la doyenne des Adalantes reprit d’une voix plus forte :
_A présent, que toutes celles qui estiment que Chloé devrait nous mener dans cette bataille avancent vers moi.
Le cri indigné de Jelovi se perdit dans le brouhaha des centaines de femmes faisant quelques pas en avant, alors que la petite blonde, sidérée, se tournait vers Mertia et parvenait à articuler tant bien que mal :
_Que fais-tu ?
_Je te donne le pouvoir de nous sauver… Ou de nous mener à notre perte. Le reste dépend de toi.
_Mais je…
_Regarde devant toi, Chloé.
_Mertia…
La protestation mourut sur ses lèvres quand un regard insistant la força à obéir, et elle fit face au spectacle dont elle s’était détournée un court moment. Si la totalité des Adalantes n’avait pas répondu à l’appel, il était clair que celles qui avaient avancé se trouvaient en bien plus grand nombre que celles qui étaient restées à l’arrière. Avant même que la petite blonde n’ait eu le temps d’analyser cette information, l’une de celles qui n’avaient pas bougé, une quadragénaire du nom de Borlimaé dont le front était barré d’une cicatrice, s’avança tout en parlant :
_Je pense m’exprimer au nom de toutes celles qui ne se sont pas avancées en disant que la jeunesse et l’exil de Chloé sont les deux seuls éléments qui nous empêchent d’approuver cette proposition.
Alors que la jeune femme s’apprêtait à répondre, Mertia la devança, rétorquant aussitôt :
_Elle ne peut pas faire grand-chose en ce qui concerne son âge, mais il est facile de remédier à l’exil.
Borliamé confirma d’un hochement de tête, qui suffit apparemment à communiquer une décision unanime, au grand étonnement de Chloé, complètement dépassée par les événements. Alors Mertia se tourna vers elle en annonçant comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle du monde :
_Si tu le souhaites, tu peux donc de nouveau faire partie de la tribu.
_Bien sûr que je le souhaite, mais…
_C’est chose faite. A présent, tes ordres.
_Je…
Elle s’arrêta aussitôt, incertaine de ce qu’elle pouvait dire. Elle avait du mal à réaliser tout ce qui s’était passé en l’espace de quelques minutes. Elle était venue dans l’espoir de raisonner Jelovi, elle venait non seulement de renverser son pouvoir, mais aussi de lui prendre sa place, contre sa volonté. Elle ne comprenait pas comment ces femmes qui avaient, quelques mois plus tôt, assisté à son départ forcé sans une protestation pouvaient aujourd’hui lui faire suffisamment confiance pour remettre leur destin entre ses mains.
Et puis son regard se posa sur une fillette d’environ six ans qui levait vers elle des yeux pleins d’espoir, et soudain, quelque chose se débloqua en elle. Qu’il s’agisse de sens du devoir, de la réalisation qu’elle était capable d’accomplir ce qu’on demandait d’elle, ou simplement de celle qu’elle n’avait pas le choix, elle prit sa décision, annonça d’une voix plus assurée qu’elle ne l’était en réalité :
_Toutes celles qui ne combattront pas, attelez-vous aux préparatifs. Il nous faut suffisamment de charrettes pour transporter les reproductrices, deux jeux d’armes par guerrière, les boucliers, et autant de flèches que vous pourrez en trouver et en fabriquer en une nuit. Ne vous encombrez pas de couvertures, les explorateurs nous hébergerons. Quant aux femmes qui seront sur le champ de bataille, allez dormir. Vous aurez besoin de toutes vos forces dans les jours à venir. Nous partons demain au lever du soleil.
Lorsque toutes s’affairèrent aussitôt son petit discours terminé, elle relâcha le souffle qu’elle n’avait pas eu conscience de retenir, soulagée de ne pas avoir commis de gaffe dès les premières minutes de son commandement. Elle sentit un sourire légèrement incrédule étirer ses lèvres et elle se tourna vers Mertia, s’apprêtant à la remercier pour son soutien, mais elle fut interrompue par la voix hargneuse de Jelovi :
_Ne rêve pas, Chloé. Elles se sont précipitées sur l’occasion parce qu’aucune d’entre elles ne souhaite assumer la responsabilité d’une défaite certaine. Elles préfèrent que ce soit une paria qui s’en charge.
Elle tourna les talons avant que la petite blonde ait même le temps de songer à répondre. Alors Mertia renchérit d’un ton plus doux :
_Elle n’a pas complètement tort, tu sais. Certaines ont foi en toi. D’autres pensent que les combats se gagnent par la force et que la stratégie n’importe que peu, ce qui signifie que l’identité du meneur n’a aucune importance. Mais la plupart n’ont tout simplement pas l’envergure d’une guide et elles le savent. Sache aussi que presque toutes ont appris à mépriser Jelovi. Elles seraient peut-être allées jusqu’à accepter un homme comme chef si cela avait pu les débarrasser d’elle.
_Voilà qui n’est absolument pas rassurant.
_Non, reconnut Mertia. Ce qui l’est en revanche, c’est que Dahomé m’a confié plus d’une fois que si tu n’avais pas été si jeune, tu aurais fait une excellente guide.
Surprise par cet aveu et cette marque de confiance, Chloé haussa les sourcils. Elle était sur le point de demander des précisions, cherchant à se rassurer sur ses capacités à endosser ces responsabilités, lorsque Mertia fit demi-tour elle aussi, rejoignant un groupe de vieilles femmes occupées à préparer les chevaux pour le départ du lendemain.
De lui-même, son regard se détacha de la doyenne de la tribu pour lui offrir une vue d’ensemble du campement. Elle sentit l’émotion lui serrer la gorge alors qu’elle observait les préparatifs, les visages sérieux de certaines, les sourires pleins d’anticipation d’autres, l’inquiétude des enfants. Elle ne comprenait toujours pas comment elle en était arrivée là, elle n’était pas certaine de croire à la bienveillance de son peuple envers elle après tout ce qui s’était passé dans les jours qui avaient précédé son exil, elle était encore moins sûre de ses propres compétences en tant que chef de guerre, et surtout elle n’avait aucune idée de ce que leur réservait l’avenir.
Mais s’il y avait une chose dont elle était certaine, c’était qu’en acceptant l’alliance, elles avaient pris la bonne décision, et cette pensée l’apaisa suffisamment pour que, lorsqu’elle se glissa sous son ancienne tente, elle parvienne à s’abandonner à l’épuisement physique et à trouver aussitôt le sommeil.

*

A suivre…
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Sixpence
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Jeu 4 Aoû 2011 - 14:56

Rha la vache ! trop bien, et moi qui commençait à m’ennuyer, voilà une super occupation ! aller c’est parti !

Yes, effectivement en lisant les premiers passages tout me revient en tête, parce que j’avais oublié deux trois trucs je l’avoue !

Très bonne idée de faire penser aux explorateurs qu’ils sont autant menacés que les Adalantes, du coup moi aussi j’ai hâte de savoir le plan qu’a inventé Farciel.
Bon, je vois qu’on aura pas cette réponse, rrrrrRrR !

J’aime beaucoup tous ces complots, des morts par ci par là, la façon dont tout est orchestré avec ce petit groupe explorateurs/adalantes, toujours avec une certaine tension dans l’air.

Aaaaaaaaaaaaaah, Prêt’ ! quel coup de maître ! je suis sidérée ! Chloé qui revient dans son ancienne tribu avec juste un petit espoir de convaincre son clan de ne pas se laisser exterminé et voilà que tu propulse son personnage au plus haut grade en effaçant sa peine ! juste wow !

Après, évidemment, tout ceci reste relatif si en effet on prend en compte que ça arrange quasiment toutes les femmes que ce soit elle qui mène le combat et le danger est proche. Mais bon, je vais être optimiste, je pense que Chloé peut faire une bonne guide et qu’elle apprendra à se faire respecter, le chemin est long cela dit.

Vivement la suite maintenant !
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Alexiel
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Sam 6 Aoû 2011 - 0:26

Bon j'ai lu, c'était kro bien, mais il est bien trop tard pour un feed constructif, alors ça sera pour plus tard.

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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Jeu 18 Aoû 2011 - 15:34

YES ! cheers
Comme quoi la patience paie toujours ! huhu

Bon alors j'ai adoré ce nouveau chapitre (même si j'ai encore du mal à me remettre de la mort de Kaliastre... Ouais, même au bout d'un an, je sais, je suis incurable Sad ).

Citation :
_Tu ne pourras pas participer au combat.
_J’y participerai quoi qu’il advienne.
_Alexandre…
_Je suis gaucher, Chloé. Cette blessure n’affectera pas mes capacités.
_Idiot, intervint calmement Cirménion. Te battre dans cet état, c’est prendre le risque de rester handicapé à vie.
_Alors je le prendrai.
_Ecoute, il n’est même pas encore certain que Mykherm accepte de…
_Ca n’a aucune importance, l’interrompit-il de nouveau. Que mon peuple parte en guerre ou non, je combattrai aux côtés des Adalantes… A tes côtés.
Elle se leva et s’approcha, espérant que le dominer de sa taille alors qu’il restait assis sur la couche réservée aux malades l’aiderait à lui faire entendre raison. Mais il l’imita, et elle se retrouva forcée de pencher la tête en arrière pour le regarder dans les yeux. Ce qu’elle lut dans son regard étouffa la protestation qu’elle aurait voulu émettre, et ce pour une simple raison : elle réalisa soudain que si les rôles avaient été inversés, elle aurait réagi exactement comme il le faisait. Finalement, elle capitula, lui arrachant un minuscule sourire. Il se pencha pour déposer un léger baiser sur ses lèvres, jusqu’à ce qu’un raclement de gorge les rappelle à l’ordre.
Rhôôôôôô !!! C'est trop chou !!!
Mais effectivement, elle n'a rien à dire puisqu'elle aurait fait E-XAC-TE-MENT pareil. ^_^ Et, le petit baiser, trop choupi !

Citation :
_Chloé ira, affirma Unélia d’une voix qui n’admettait aucune contradiction.
La guerrière en question la contredit pourtant :
_Je suis la dernière personne à pouvoir convaincre Jelovi, tu le sais bien. Elle…
_Tu iras, insista Unélia, son regard soudain impérieux.
Troublée par tant d’autorité chez une fillette, Chloé ouvrit la bouche, mais la referma aussitôt, ne trouvant rien à répondre. Valérian donna un discret coup de coude à son frère en remarquant assez fort pour être entendu de la personne concernée :
_Tu vois ? C’est comme ça qu’il faut la mater.
MDR ! Laughing
Ce Valérian, il en rate pas une !

Citation :
Alors qu’il tournait les talons pour s’éloigner, elle le rattrapa sur un coup de tête et lança ses bras autour de ses épaules. Momentanément pris au dépourvu, il ne réagit d’abord pas. Puis il sourit et l’enlaça à son tour, la sentant resserrer son étreinte sur lui, exprimant toute la tension qu’elle ressentait sans pouvoir l’extérioriser, mais aussi toute la reconnaissance qu’elle lui vouait pour sa capacité à garder son calme et son humour malgré les circonstances.
Encore un passage trop mignon ! ^_^ J'adore ces petites touches de douceur dans leur monde de brutes !

Citation :
_A présent, que toutes celles qui estiment que Chloé devrait nous mener dans cette bataille avancent vers moi.
Ah nan mais là... Haaaaaaannnnnnnn !!!
Voilà un peu le retournement de situation et tu nous le fais en un tour de main pif paf pouf, on n'a rien le temps de voir venir. Bravo, c'est un coup de maître !
[Aparté]:
Citation :
(save the cheerleader ! euh, non, pardon, save the adalantewarrior ! lol)
=> ben en fait j'aurais dû mettre "save the adalanteleader"... si j'avais su ! ^_^ [/Aparté]

Aaaaah ! Ca fait trop plaisir de tomber sur une jolie petite suite comme ça ! Je suis fan.
J'attends donc la suite avec impatience ! (mais patiemment sans vouloir te stresser non plus hein Razz )


PS : Comme tu as fait croire à tout le monde que Kaliastre était le vil criminel alors qu'en fait, non, c'était qu'un gros et vilain mensonge, serait-il possible que tu fasses qu'en fait, il est pas vraiment mort ?... Allez, sois sympa ! Ton prix sera le mien ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Mar 23 Aoû 2011 - 12:45

Genre...

J'ai déjà précisé que Valérian était juste parfait? ^^ Et avec Leïla c'était juste géant? fin, sinon, là, t'es au courant.

Donc voilà le nouveau chapitre. Je m'attendais à tout, sérieux mais là... ok. en gros, pour la survie, on rembarque Chloé chez les adalantes. J'ai adoré la manière dont elle se fait inclure dans son camp qui l'avait chassée exilée et tout le bazar Laughing c'était trop drôle. Enfin, les raisons sont toujours intéressées mais quand même, c'était énorme ^^

Et la bataille qui s'annonce va vraiment être sanglante. au moins leila sera en sécurité. Valérian aussi hein? *regard mauvais*

Et pis lex et chloé... sont troooooppppppp cute mais j'ai peur que son père fasse des siennes. ou alors un duel à mort entre les deux papas ^^ ça serait fun. Ou père et fille. ou père et fils ^^ ou les deux!

Je sens vaguement que ton sadisme va encore nous en faire voir. sérieux. Y a trop moyen d'avoir des retournements trop mauvais pour mes chouchous.

Pret, fais gaffe ou je te caline à mort et ce n'est pas une menace en l'air Razz

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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Ven 26 Aoû 2011 - 2:13

Un méga merci pour ces feeds, je suis soulagée qu’il y ait toujours des lectrices ! contente aussi que le retournement de chloé comme guide vous ait plu. Comme annoncé, après ce chapitre il en reste encore un (que je devrais poster d’ici 2-3 semaines), puis l’épilogue… Et ensuite il sera temps d’attaquer la partie 3 Smile

Chapitre 12


Elle avançait en tête, à quelques longueurs d’avance, moins pour mener le mouvement que pour se laisser le temps de réfléchir aux événements de la veille. Elle se retrouvait à la tête de la tribu temporairement – du moins l’espérait-elle – et elle savait que malgré tous ses défauts, Jelovi avait dit la vérité lorsqu’elle avait souligné que la principale raison pour laquelle les guerrières avaient accepté ce commandement était la défaite certaine. De son côté, elle croyait à leurs chances de gagner. Elle avait foi en son peuple, et elle savait les explorateurs courageux et compétents. Mais même si elles remportaient bel et bien la victoire, quel en serait le prix ? Jamais encore elle n’avait eu à mener qui que ce soit au combat, jamais encore elle n’avait pris les armes en sachant qu’elle serait responsable des décès inévitables, jamais encore elle n’avait eu à prendre de décision impliquant toute la tribu.
Elle avait tout de même un avantage dans cette histoire : Farciel, Valérian, Leïla et Alexandre, aidés d’Unélia, avaient dû passer la journée de la veille et sans doute une bonne partie de la nuit à établir une stratégie, à envisager toutes les issues, à calculer les possibilités, à éliminer les options les plus dangereuses. Elle n’aurait guère qu’à approuver ou non leurs idées, et elle ne doutait pas qu’elles seraient toutes aussi idéales qu’elles pouvaient l’être dans ces circonstances.
Néanmoins, elle devait avouer que pour la première fois depuis des années, elle se sentait terriblement nerveuse à l’idée d’entrer sur le champ de bataille. Au cours de la nuit, elle avait été assaillie par des rêves de massacres et de mort, ce qui ne lui était encore jamais arrivé. Le plus marquant de ces cauchemars était venu sous la forme d’un souvenir : elle avait revu la chute de Zaniria, des mois auparavant, et son propre duel contre l’homme qui lui avait pris l’une de ses amies les plus proches. Quand elle s’était réveillée en sursaut, trempée de sueur malgré la température hivernale, une seule pensée l’avait obsédée : dans quelques jours, d’autres guerrières allaient connaître cette rage désespérée qu’elle commençait à peine à maîtriser. D’autres allaient perdre des amies chères, des mères, des sœurs. Par sa faute.
_Celles qui s’en sortiront te devront la vie.
Surprise de ne pas avoir repéré la cavalière en approche, Chloé se tira tant bien que mal de ses sombres pensées pour se tourner vers l’Adalante qui chevauchait à présent à ses côtés. Borlimaé, la guerrière qui s’était exprimée au nom de celles qui émettaient des réserves à l’idée de la laisser prendre la tête du groupe, l’observait d’un air entendu, ayant visiblement deviné le cheminement de son esprit. Sans chercher à comprendre comment elle savait ce qu’elle avait en tête, la petite blonde haussa les épaules en rétorquant simplement :
_S’il y en a.
_Voilà une attitude défaitiste qui te ressemble peu.
_Une attitude responsable, corrigea Chloé.
_C’est bien ce que je dis.
Blessée par la remarque, elle mit un instant à comprendre que la pique s’était voulue humoristique. Le minuscule frémissement au coin des lèvres de Borlimaé finit par la mettre sur la voie, et Chloé sourit à son tour, se détendant légèrement.
_Dans n’importe quelle autre circonstance, je pourrais nommer sans même avoir besoin d’y réfléchir une vingtaine de guerrières plus aptes que toi à nous mener au combat. Mais aujourd’hui, face à cet ennemi précis, avec à nos côtés des hommes que tu connais mieux que n’importe laquelle d’entre nous, je suis persuadée qu’il ne pourrait y avoir de meilleure candidate.
_Pourquoi avoir voté contre moi, dans ce cas ? demanda la jeune femme, sceptique.
_Pour que tu comprennes ce qui t’attend. Pour que tu sois consciente que, victoire ou non, certaines te reprocheront la moindre blessure, la moindre décision mal avisée.
_Je me sens rassurée.
_Je voudrais t’aider davantage. Malheureusement, si ma lame est fiable, mes talents de mère consolatrice le sont beaucoup moins. Demande à Vétria.
Vétria, sa fille, avait eu 19 ans cette année. Assez vieille pour combattre, pas assez pour faire partie des reproductrices. Chloé fut soudain frappée par la réalisation de l’effort que faisait Borliamé en lui assurant son soutien. Sa propre fille risquait de ne pas revenir de cette guerre, pourtant elle lui faisait confiance.
Une confiance dont elle se montrerait digne, décida-t-elle fermement, accordant un signe de tête reconnaissant à la quadragénaire et poussant Mertao au trot pour faire le tour des troupes et s’assurer que tout allait bien.
Elles ne tarderaient pas à arriver au campement des explorateurs, et elle avait bien l’intention de contrôler ce moment qui serait sans doute tendu dans les deux camps.

*

_Suivez-moi.
Elle ne connaissait pas l’homme qui venait de lui donner cet ordre, mais elle n’hésita qu’une seconde avant de faire signe aux guerrières d’obéir. Descendant elle-même de cheval, elle attendit que ses compagnes l’aient imitée. L’explorateur qui les avait accueillies à l’entrée du campement les mena à un enclos vide.
_Nous avons déplacé nos chevaux dans le second enclos pour que vous puissiez réunir les vôtres ici. Une partie des abris a été vidée, vous pourrez les occuper aussi longtemps que le nécessaire.
_Merci.
L’homme haussa les épaules, exprimant clairement son état d’esprit : il se contentait de suivre les ordres qui lui avaient été donnés et n’avait aucune opinion sur le sujet. Alors Chloé retira son mors à Mertao en silence, pendant que les autres Adalantes l’imitaient, aidant au passage les reproductrices à descendre des charrettes dans lesquelles elles avaient pris place pour parcourir le chemin de leur campement à celui des explorateurs. Le trajet avait été éprouvant, les chevaux peinant à tirer les charrettes sur la neige malgré les améliorations apportées pour adapter le mode de transport aux conditions hivernales, et elles avaient toutes besoin de repos. Après une claque amicale sur l’encolure de l’étalon, qui prit à juste titre ce geste comme une invitation à s’éloigner et à se reposer, elle se tourna vers leur accompagnateur.
_Où sont… ?
_Leïla se repose chez Valérian. Tu trouveras Alexandre et Valérian dans l’abri d’Alexandre. Nous ne t’avons pas réservé de maison, nous avons supposé que tu partagerais volontiers celle d’Alexandre.
Pour la première fois, elle entrevit l’ombre d’un sourire sur les lèvres de ce jeune homme d’une vingtaine d’années, et elle réalisa qu’il n’était pas hostile, simplement bourru de nature. Alors elle lui accorda à son tour un sourire.
_Quel est ton nom ?
_Derto.
_Que penses-tu de cette alliance, Derto ?
Nouveau geste d’indifférence.
_J’aime être du côté des vainqueurs.
_Vas-tu donc nous trahir ?
_Penses-tu que nous gagnerons ?
_Oui.
_Dans ce cas, tu n’as pas de souci à te faire en ce qui concerne mon allégeance.
Elle sourit de nouveau en réalisant soudain que le dénommé Derto s’exprimait d’une façon sincère et directe qu’elle n’avait pas rencontrée depuis longtemps, et qu’elle trouvait agréablement rafraîchissante. Alors elle continua :
_Et les autres ?
_Les autres se serviront des Adalantes pour gagner cette bataille. Ensuite… Eh bien, aucune idée, mais j’aurais tendance à vous conseiller de ficher le camp.
Retrouvant son sérieux, elle acquiesça sans parvenir à s’empêcher de jeter un coup d’œil en direction de l’abri d’Alexandre. Quand elle reporta son attention sur le jeune homme, elle y découvrit la même expression entendue que quelques minutes plus tôt.
_Merci pour ton honnêteté, Derto.
_A ton service… Maintenant, rejoins-le. Il tourne en rond depuis des heures, nous étions à deux doigts de l’attacher.
Sur un dernier sourire, elle demanda aux Adalantes de l’attendre sur place, et elle s’éloigna pour rejoindre la maison qu’elle occuperait pour une durée indéterminée. Elle avait à peine eu le temps de frapper lorsque la porte s’ouvrit, révélant un Alexandre visiblement anxieux et un Valérian affichant un agacement amusé.
_Alors, que s’est-il passé ? Sont-elles ici ?
_Bonjour à toi aussi, rétorqua Chloé en jetant un coup d’œil interrogateur au grand brun resté légèrement en retrait, cherchant à comprendre la raison d’une telle impatience.
Il consentit à expliquer :
_Mon cher frère doute de nos capacités à remporter cette guerre.
_Toutes les guerres comportent un risque de défaite, rappela la petite blonde.
_Les enjeux de celle-ci semblent le perturber.
_Et pas toi ?
_Cesserez-vous de parler comme si je n’étais pas là ?
L’intervention d’Alexandre les rappela à l’ordre. Chloé et Valérian échangèrent un regard amusé, hésitant à continuer à le torturer encore un moment. Finalement, la guerrière eut pitié et se tourna vers son amant.
_Elles sont ici. La journée d’hier a été surprenante, c’est le moins que je puisse dire.
_C’est-à-dire ?
_Je suis à leur tête.
_Comment est-ce arrivé ? s’étonna Valérian.
_Je n’en suis pas sûre moi-même, à vrai dire. L’important, c’est qu’en cas de défaite, je serai responsable. J’espère donc que vous avez réussi à établir une stratégie valable.
Deux grimaces simultanées lui répondirent. Alors Chloé rejoignit Valérian et s’assit à ses côtés sur le lit, s’attendant au pire. Son silence servit de question, et Alexandre prit la parole.
_C’est la raison de mon inquiétude. Nous avons envisagé toutes les possibilités, et nous en revenons toujours au même point : ils sont trop nombreux.
_Vous étiez plus nombreux que nous lorsque nous nous sommes affrontés, souligna la jeune femme.
_Oui, mais nous avons été pris par surprise, à la fois par votre force, par vos techniques de combat et par votre stratégie. Fester aura informé ses alliés.
Chloé approuva sans un mot. La stratégie qui consistait à éliminer d’abord de nombreux ennemis en faisant intervenir en premier lieu les archères, à attaquer lorsque leurs adversaires étaient déstabilisés par ces pertes précoces, puis à faire entrer dans la bataille, au dernier moment, ces mêmes archères, cette fois armées d’épées, de façon à porter le coup de grâce à des soldats fatigués et démoralisés, leur avait bien servi au cours des dernières années… Mais elle ne fonctionnerait pas face à un groupe qui savait à quoi s’attendre.
_J’imagine que vous avez pensé à une parade.
_Pas vraiment. La principale idée de Farciel est de mettre à l’abri dans les montagnes les reproductrices, les enfants, et toutes les personnes incapables de combattre. Elle est partie avec Unélia en reconnaissance…
_Repérer un endroit où les attaquants ne pourront s’engouffrer qu’un par un, devina Chloé. Bonne idée. Elles n’auront ainsi besoin que de quelques personnes pour les défendre au besoin, et le gros des forces pourra se consacrer à la bataille. Et pour le reste ?
De nouvelles grimaces, visiblement plus soucieuses. Elle fronça les sourcils face à cette réaction, devinant qu’ils avaient de mauvaises nouvelles pour elle. Valérian prit le relai :
_Farciel et notre père sont tombés d’accord pour envoyer d’abord les Adalantes au combat.
Il n’eut pas besoin d’en dire plus pour qu’elle comprenne leur inquiétude. Sur le principe, c’était une bonne stratégie. Le groupe réuni par Fester ne s’attendrait probablement pas à ce que les hommes aient pris le parti des femmes. S’ils attaquaient tous ensemble dès le départ, les ennemis sauraient aussitôt à quoi s’attendre. En lançant d’abord les guerrières dans la bataille en revanche, ils réduiraient leur méfiance, et les explorateurs pourraient intervenir au moment où leurs adversaires étaient prêts à crier victoire, renversant le cours du combat. Vraiment, un plan excellent.
Sauf que c’était aussi signer l’arrêt de mort des Adalantes, ou presque. Elles essuieraient seules le gros de l’assaut, endosseraient le rôle peu enviable de première vague, au moment où les autres seraient encore reposés, motivés et forts. Autant dire que la stratégie risquait d’être assez mal acceptée de ses compagnes, qui risquaient non seulement de se rebeller à l’idée d’être ainsi envoyées à l’extermination, mais aussi de redouter un revirement des explorateurs dès qu’elles ne représenteraient plus une vraie menace : avec leurs rangs considérablement réduits après cette attaque, rien ne leur garantissait que les hommes tiendraient leur promesse de les soutenir. Ils pourraient très bien faire croire aux ennemis des Adalantes qu’ils avaient toujours été de leur côté, que soutenir les guerrières n’avaient jamais été leur intention, et signer un accord de paix avec eux. Si Chloé n’y croyait pas une seconde, les autres n’accorderaient pas la même confiance au groupe de Mykherm.
D’un autre côté, avec les reproductrices, les vieilles femmes et les enfants théoriquement à l’abri, leur peuple risquait certes de lourdes pertes, mais pas une disparition totale : les survivantes pourraient reconstruire la tribu après ces événements tragiques.
Une idée germa soudain dans son esprit. Si les Adalantes n’avaient pas l’impression d’être sacrifiées dès le départ, mais de se lancer dans un assaut qu’elles pouvaient remporter, elles seraient plus enclines à accepter cette stratégie. Et pour cela, ce qu’il fallait, c’était réduire le problème du nombre. Il y avait un moyen… Un moyen dangereux, incertain, qui risquait de coûter cher… Mais un moyen tout de même. Elle était prête à tenter l’impossible.
Remarquant la lueur dans son regard, les deux frères échangèrent un coup d’œil suspicieux. Quoi qu’elle ait en tête, elle savait qu’ils n’allaient pas apprécier.

*

_En es-tu capable ?
_Je ne le proposerais pas si je n’en étais pas persuadée.
Mertia hocha la tête, acceptant sa réponse sans discuter davantage. Chloé avait abandonné Alexandre et Valérian à leurs spéculations, préférant consulter la doyenne de la tribu avant de leur exposer son idée, mais aussi surveiller l’installation des Adalantes au campement des explorateurs. Toutes deux assises sur un tronc coupé posé à même le sol, elles observaient les allées et venues autour d’elles tout en discutant. Les regards des hommes sur les femmes avaient changé, constatait la petite blonde avec satisfaction. Ni empreints d’un désir inquiétant car mal contrôlé, ni effrayés, ni dédaigneux, ni haineux… Il semblait s’agir principalement d’une curiosité mêlée d’un reste d’antipathie. Pas exactement ce qu’elle aurait souhaité, mais mieux que ce qu’elle avait craint. En son absence, Derto avait expliqué aux guerrières quels quartiers leur avaient été réservés, et elles étaient désormais occupées à transporter leurs affaires dans les bâtiments désignées. Sur ordre de Mykherm, certains des explorateurs avaient accepté de partager leurs abris les uns avec les autres, en libérant suffisamment pour que les Adalantes, à deux par maison, soient toutes logées décemment avant la bataille. Le campement en cet instant avait tout d’une fourmilière, toute en mouvement et appels, en anticipation et tension, en échanges et tâches diverses.
Chloé se détourna un instant de sa contemplation, ayant constaté avec soulagement que les hostilités n’allaient vraisemblablement pas éclater ce soir. Elle se concentra de nouveau sur Mertia. Elle avait espéré que, connaissant mieux qu’elle l’état d’esprit de leurs compagnes en ce moment, la vieille femme serait plus à même qu’elle de juger si elles accepteraient le plan mis en place sans trop de difficultés, et qu’elle pourrait l’aider à décider de la façon de présenter les choses.
_Ton avis ?
_Stratégiquement, il n’y a rien à dire. C’est l’idéal.
_Ce n’est pas ma question.
_Je sais.
_Alors, qu’en penses-tu ?
_Et toi ?
Chloé laissa échapper un grognement. Elle savait ce qu’elle en pensait, ce n’était pas ce qu’elle cherchait à savoir. Mertia laissa un sourire étirer ses lèvres à la réaction de la petite blonde.
_Je sais ce que tu crois. Je n’essaie pas de te prendre au piège, d’avoir ton opinion pour m’aligner dessus et te reprocher ensuite les échecs éventuels. J’essaie de te faire comprendre que tu sais déjà quoi faire, et que si tu cherches mon approbation, c’est uniquement pour te rassurer. Quoi que je dise, tu suivras ton idée, nous le savons toutes les deux.
_Me crois-tu aussi tyrannique que Jelovi ?
Si elle n’apprécia pas l’allusion négative à la guide déchue, la doyenne de la tribu n’en montra rien, se contentant de répondre :
_Je te crois suffisamment intelligente pour savoir ce qui est juste, et suffisamment obstinée pour faire tout ce qui est en ton pouvoir pour que cela se produise. Chloé… A présent qu’elles t’ont choisie, elles te suivront, tu n’as pas de soucis à te faire.
_Comme elles ont suivi Jelovi ? ironisa la jeune guerrière.
_Comme elles ont suivi Dahomé, corrigea Mertia.
Un tel compliment était si précieux que Chloé garda le silence le temps de le savourer comme il le méritait. Dahomé avait été une chef presque incontestée, aimée et respectée, que les Adalantes auraient soutenue en toutes circonstances. Malgré la façon dont elles s’étaient séparées, être comparée à elle, même à un petit niveau, était un véritable honneur, la petite blonde en était consciente. Elle s’apprêtait à répondre quand l’agitation sembla atteindre son paroxysme. Elle se leva en même temps que Mertia pour tenter de déterminer ce qui avait provoqué cette nouvelle intensité dans les cris et les déplacements. N’y parvenant pas, elle se percha sur le tronc, s’élevant suffisamment au-dessus de la foule pour apercevoir l’entrée du campement et découvrir que Farciel et Unélia étaient de retour.

*

Réunies à une extrémité du campement, les Adalantes attendaient que Chloé, flanquée de Farciel, prenne la parole. Décidant de ne pas les faire patienter, la petite blonde haussa la voix pour se faire entendre.
_Farciel et Unélia ont repéré un endroit où les femmes qui ne peuvent pas combattre seront à l’abri. Il s’agit d’un renfoncement dans la montagne, auquel mène un sentier qui ne permet le passage qu’un à un. Si vous êtes découvertes, vous aurez ainsi plus de chances de vous défendre. L’inconvénient, c’est que vous devrez terminer l’ascension à pied, les charrettes ne passeront pas. Je vais assigner cinquante guerrières à votre protection. Cinquante autres vous accompagneront sur le chemin et reviendront avec les chevaux que vous aurez laissés au pied des montagnes. Vous prendrez les arcs et les flèches, nous n’avons pas prévu de nous en servir dans la bataille, les affrontements auront lieu au corps-à-corps dès le début. Vous partirez dès que possible demain matin. Quelqu’un a-t-il des questions ?
A sa grande surprise, seuls des signes négatifs répondirent. Alors elle continua :
_Cinquante volontaires pour les amener jusque là.
Quelques dizaines de guerrières s’avancèrent sans problème, et Chloé les remercia d’un hochement de tête avant de demander :
_Et maintenant, cinquante volontaires pour rester avec elles ?
Comme elle s’y était attendue, les volontaires pour cette tâche furent bien moins nombreuses. Ce n’était pas qu’elles refusaient de contribuer à défendre les reproductrices, les enfants, les vieilles femmes et les blessées, elle le savait, c’était que cette mission imposait de manquer la guerre, et que personne n’en avait envie. Se battre était un honneur. De plus, plus elles seraient nombreuses sur le champ de bataille, plus il y avait de chances pour qu’elles remportent les affrontements, et donc pour que les absentes n’aient pas besoin de protection. Toutefois, elles ne pouvaient pas se permettre de les laisser complètement démunies. Alors Chloé désigna elle-même celles qui devraient rester dans les montagnes, provoquant quelques murmures mécontents.
_Demain matin, nous irons avec les explorateurs étudier le terrain des affrontements. Nous passerons ensuite en revue notre stratégie, puis nous consacrerons les jours restants avant l’arrivée de nos ennemis à nous entraîner aux côtés des hommes. Bonne nuit.
Alors que les guerrières se dispersaient, Leïla lui adressant un signe d’encouragement avant de rejoindre la maison de Valérian, Chloé poussa un soupir. Elles avaient toutes adopté les stratégies proposées, avec des degrés d’enthousiasme variables, mais il lui restait encore à expliquer à Alexandre ce qu’elle avait en tête pour augmenter les chances de survie de ses compagnes. La discussion la plus pénible de la journée n’avait pas encore eu lieu.

*

_C’est de la pure folie !
_N’est-ce pas la raison pour laquelle cela risque de marcher ?
Cet argument eut le mérite de faire taire Alexandre, et d’apporter une expression songeuse sur les traits de Valérian. Les deux frères semblèrent tenir toute une conversation en un regard, jusqu’à ce que le grand brun décide qu’un affrontement silencieux ne suffisait plus et qu’il remarque doucement :
_Elle a raison, Alexandre.
S’étant visiblement attendu à ce que son aîné prenne le parti de la guerrière, le jeune chauve lâcha aussitôt :
_S’il s’agissait de Leïla…
_S’il s’agissait de Leïla, elle n’en ferait qu’à sa tête, quel que soit mon avis. C’est exactement ce que va faire Chloé. Tu peux la soutenir et contribuer à la garder en vie, ou tu peux bouder et te demander à jamais si ta présence aurait pu la sauver.
Alexandre blêmit, sans que Chloé parvienne à déterminer si c’était l’allusion à sa disparition qui avait provoqué cette réaction, ou l’utilisation du terme "bouder" qui, en soulignant la puérilité de sa réaction, lui avait rappelé que malgré ce que leurs caractères pouvaient amener à penser, Valérian restait son frère aîné, tout à fait en mesure de le réprimander s’il estimait qu’il ne se dirigeait pas sur la bonne voie. Finalement, il se tourna vers elle et reprit d’une voix plus douce :
_S’il t’arrive quoi que ce soit…
_Je suis une guerrière, Alexandre. Il risque toujours de m’arriver quelque chose. Et Valérian a raison. Tu pourras rester à mes côtés si cela peut te rassurer.
_Pas seul, capitula-t-il.
Avant qu’elle ait le temps de protester, le grand brun se rangea cette fois à l’avis de son frère.
_Il a raison. Tu seras exposée. Tu auras besoin de nous pour te concentrer sur ta tâche.
_De "nous" ? répéta-t-elle, un sourire naissant aux lèvres.
_Leïla ne me pardonnera jamais si tu es blessée ou tuée.
Elle décida de le laisser utiliser Leïla comme prétexte et de ne pas souligner qu’il tenait tout simplement à elle comme elle tenait à lui, se contentant de donner son accord d’un hochement de tête. Puis elle changea de sujet :
_Allons manger.

*

Ils venaient de rejoindre Leïla et de se mettre à table avec elle, Alexandre se penchant de temps en temps pour caresser le chat qui s’était glissé dans l’abri en même temps qu’eux et semblait ne plus vouloir le quitter. Depuis que la géante brune l’avait utilisé comme messager, le félin s’était apparemment attaché à lui, et il le trouvait de temps en temps sur son chemin.
_Le contrôles-tu toujours ?
Leïla secoua la tête.
_Je crois que tu lui plais.
_Les chats ont toujours eu très bon goût, confirma Chloé en attaquant son quartier de gibier.
_Es-tu prête pour demain ? demanda Alexandre.
Leïla eut un mouvement de sourcils exprimant à la fois son incertitude et sa confirmation.
_Mes affaires sont prêtes, si c’est ta question. Mentalement, c’est une autre histoire.
Tous trois hochèrent la tête, compréhensifs. Si elle avait eu le choix, Leïla aurait préféré participer à la guerre, ils en étaient tous conscients, et ils pouvaient se mettre à sa place. Passant tendrement une main sur son vendre rond et se penchant pour déposer un léger baiser au creux de son cou, Valérian chuchota à son oreille quelque chose qui la dérida, parvenant même à lui arracher un rire. Chloé et Alexandre échangèrent un coup d’œil à l’interaction qui semblait si naturelle, aussi heureux l’un que l’autre que ce couple qu’ils avaient considérés comme étrange au départ fonctionne aussi bien. Le reste du repas se déroula en discussions sur la stratégie entrecoupées de plaisanteries. Alors qu’ils finissaient leurs plats, Leïla lança à l’intention de Valérian :
_J’aurais voulu que tu puisses m’accompagner demain. Je serais rassurée que tu saches où je suis.
_Je le voudrais aussi. Mais je dois aider à préparer les affrontements.
_Je sais. Toi et Alexandre êtes les seuls à pouvoir entretenir des relations aussi saines que possibles entre notre peuple et le vôtre. Cela ne change rien à ce que je souhaite.
_Nous aurons ensemble autant de temps que nous le voudrons lorsque tout cela sera terminé.
Alexandre et Chloé remarquèrent en même temps la soudaine tension dans la pièce, la future mère s’enfermant dans le silence alors que Valérian se mordait la lèvre, regrettant de toute évidence ses paroles. A l’expression interrogatrice du jeune chauve, la petite blonde ne put que hausser les épaules, impuissante. Pas plus que lui elle ne comprenait ce qui venait de se passer, ce qui avait changé aussi radicalement l’atmosphère de ce repas jusque là serein.
_Leïla…
La tentative de paix de Valérian fut accueillie par un regard noir et il se tut une seconde, la laissant croire à la victoire, avant de reprendre :
_J’ai été clair.
_Tout comme moi.
_Ecoute…
_Pas maintenant, Valérian, s’il te plait.
_A cause d’eux ? Je suis sûr qu’ils ont réglé ce problème depuis longtemps. Ils pourraient nous aider.
Chloé comprit à cet instant ce qui était en train de se passer, alors qu’Alexandre restait visiblement dans le noir le plus complet. Cette discussion à demi-mots était finalement aussi claire pour elle que s’ils avaient exposé leur débat en termes plus explicites. Alors elle articula doucement, formulant les deux petites syllabes comme une question :
_Leïla ?
Son amie accepta de la regarder, mais ne prononça pas un mot. Chloé décida de s’adresser à Valérian, qui serait sans doute plus réceptif. Ignorant la confusion d’Alexandre, elle avoua simplement :
_Nous ne l’avons pas réglé. Pas plus que vous. Mais la situation est différente. Et je pense…
Elle se tut une seconde avant de se tourner de nouveau vers Leïla.
_Je pense que tu devrais accepter.
La grande brune se leva et, d’un regard, signifia à Chloé qu’elle voulait s’entretenir en privé avec elle. La jeune femme la suivit donc à l’extérieur, laissant ensemble les deux frères et entendant la curiosité dans la voix du cadet lorsqu’il demanda juste avant que la porte ne se referme :
_Que se passe-t-il ?
Leïla l’entraîna dans un endroit assez éloigné de l’habitation de Valérian pour qu’elles ne soient pas entendues, et elle se laissa tomber sur un tabouret abandonné au coin d’un feu éteint par l’un des explorateurs. Chloé se rapprocha des braises encore fumantes et garda le silence, attendant que son amie se décide à la regarder. Elle finit par lever les yeux vers elle, mais au lieu de parler de sa propre situation, elle posa une question :
_Tu n’as donc pas cédé ?
Chloé eut une grimace au terme choisi.
_Il ne s’agit pas de céder ou non, Leïla. Ce n’est pas une bataille.
_Ca y ressemble fortement.
_Je sais.
_Alors, tu n’as pas dit oui ? reformula la future mère.
_Non. En fait, j’ai refusé. Mais…
_Mais tu vas changer d’avis.
_Je le pensais jusqu’à hier, oui.
_Tu le penses toujours, devina Leïla.
Nouvelle moue de la part de Chloé. Avouer cela, c’était une trahison de plus envers son peuple. D’un autre côté, si elle ne pouvait se confier à sa meilleure amie, à qui pouvait-elle se confier ? Se souvenant que Leïla l’avait soutenue depuis le début dans sa bizarre relation avec Alexandre, la petite blonde finit par admettre :
_Je le pense toujours, oui. Que dis-tu de cela ?
_Que c’est sans doute ce qu’il te faut, que tu devrais laisser de côté toute notion de devoirs et de responsabilités. Qu’elles ne méritent pas ta loyauté.
_Voilà une opinion radicale.
_J’aimerais y voir aussi clair en ce qui me concerne.
_Qu’est-ce qui t’en empêche ?
Sans un mot, Leïla baissa les yeux sur son ventre, désignant en silence l’enfant qu’elle portait. Chloé remarqua alors :
_Selon moi, c’est un argument de plus en faveur de Valérian.
_Le crois-tu vraiment ?
_Bien sûr. Pas toi ?
Il y eut une hésitation. Pas sur la réponse à donner à cette question, mais sur le fait qu’elle devait vraiment la donner ou non. Puis elle sembla réaliser que Chloé avait été honnête avec elle et qu’elle lui devait le même respect, aussi marmonna-t-elle :
_Si.
_Alors où est le problème ?
Leïla reporta de nouveau son regard sur elle, affichant une toute nouvelle détermination.
_Le problème, c’est à quel point je le veux.
La réalisation fit sourire Chloé en même temps qu’elle lui donna envie d’asséner un coup à son amie. Elle ne se priva pas, lui infligeant un semblant de tape sur la tête pour essayer de lui faire rentrer un peu de plomb dans le crâne.
_Ce n’est ni la loyauté, ni tes propres sentiments qui te font hésiter, mais ta peur ? Tu es plus idiote que moi encore.
_Et toi, qu’est-ce qui te fait hésiter ?
_Jusqu’à récemment, le besoin d’en apprendre plus sur ma mère. Puis celui d’en apprendre plus sur mon futur.
_Ces deux questions ayant été réglées…
_Au moins en partie.
_Tu n’as plus aucun prétexte.
_A l’exception de la confiance que nos sœurs viennent de placer en moi.
_Qui ne rachète en rien ce qu’elles t’ont fait subir.
_Et surtout qui ne vaut rien face à ce que je ressens pour Alexandre… Pas plus que face à la possibilité de retrouver mon frère.
Leïla hocha la tête comme si elle s’était attendue à cette révélation. Chloé n’avait encore fait part à personne de son envie de rencontrer ce jumeau qu’on lui avait arraché et qui avait miraculeusement survécu, mais Leïla la connaissait assez pour savoir que les interrogations la rongeaient et qu’elle n’allait pas tarder à prendre une décision une bonne fois pour toutes. Et de toute façon, même sans ce vague projet… Et bien, il y avait Alexandre.
_Tu vas donc le suivre.
_Oui, je crois.
_Est-il au courant ?
_Pas encore.
Elle laissa passer un silence avant de se renseigner :
_Quand Valérian t’a-t-il demandé de partir avec lui ?
_Il a évoqué l’idée il y a… Il y a quelques mois.
_Tant que ça ?
Leïla acquiesça.
_Juste avant que nous rentrions au campement après les deux semaines que nous y avons passées pour tomber enceintes. J’ai cru qu’il n’était pas sérieux.
_Mais il a recommencé.
Une fois de plus, la guerrière brune hocha la tête. Alors Chloé prononça doucement l’évidence :
_Tu l’aimes, Leïla. Tu ne dois rien à notre tribu.
_Je lui dois tout au contraire, tout comme toi, mais là n’est pas la question. Ce n’est pas une question de dette, de responsabilité ou de sentiment de culpabilité.
_C’est la peur de le perdre.
_C’est un combattant, comme nous. Il mourra un jour ou l’autre.
_C’est certain. Mais doué comme il l’est, c’est l’âge qui aura raison de lui, certainement pas les armes.
Elle esquissa malgré elle un sourire.
_J’aimerais te croire.
_Crois-moi… Et songe à ton enfant. A votre enfant. Il a le droit de connaître son père, tout comme Valérian a le droit de le connaître.
_Nous n’avons jamais connu nos pères, et nous nous en sommes très bien sorties.
_Tu trouves ? En passant notre vie à penser que les hommes étaient des brutes sanguinaires ? Je ne dis pas que nous nous en sommes mal sorties. Mais admets-le, Leïla. Un père n’est pas une mauvaise chose. Ecoute, tu as encore du temps devant toi. Ces quelques jours dans les montagnes pourraient te permettre de réfléchir loin de lui et de prendre ta décision. Mais tu sais aussi bien que moi que ton choix est fait. Ne le torture pas plus longtemps.
Un haussement de sourcil exprima le reproche amusé de la grande brune, et Chloé lui asséna une nouvelle tape, sur le bras cette fois.
_Très bien ! Je vais aussi arrêter de torturer Alexandre. Viens, allons les retrouver.

*

Lorsqu’elles pénétrèrent dans l’abri, les deux frères semblaient plus détendus. Ils avaient visiblement entretenu une conversation du même type que celle qu’elles venaient d’avoir et s’étaient peut-être rassurés mutuellement sur la décision qu’elles prendraient. Chloé posa une main sur l’épaule valide d’Alexandre, effectuant une légère pression en annonçant doucement à son oreille :
_Nous devons parler… Et eux aussi, ajouta-t-elle en désignant Valérian et Leïla qui s’observaient en silence.
Le soldat hésita une seconde avant de se lever et de la suivre jusqu’à son propre abri, laissant seuls son frère et la future mère. Une fois qu’ils furent enfermés dans la maison, Chloé expliqua :
_Leïla a décidé de suivre Valérian lorsque tout sera terminé.
Il eut un sourire, heureux pour son aîné. Pendant les quelques minutes où ils s’étaient retrouvés seuls, Valérian lui avait expliqué que la grande brune n’était pas sûre de vouloir partir avec lui, et Alexandre n’avait pu que lui exprimer son soutien. Son frère savait qu’il avait fait la même proposition à Chloé des mois plus tôt et avait obtenu lui aussi une réponse négative. Si tous deux comprenaient la décision des Adalantes, cela ne signifiait pas qu’ils devaient l’apprécier.
_Et j’ai décidé de suivre son exemple, ajouta la petite blonde, interrompant net ses réflexions.
Elle laissa échapper un rire en voyant ses yeux s’écarquiller, son sourire s’élargir, et en entendant son :
_Vraiment ?
Elle eut à peine le temps de confirmer d’un acquiescement avant de se retrouver enfermée dans son étreinte et de sentir ses lèvres sur les siennes. Un instant prise par surprise, elle se reprit vite et elle répondit avec la même passion, lâchant un nouveau rire lorsqu’il recula jusqu’à se laisser tomber sur sa couche, l’entraînant avec lui.

*

Elle s’était attendue à des adieux déchirants mais dignes, elle ne fut pas déçue. Elle sentit sa gorge se serrer quand elle vit une larme que Leïla avait été incapable de retenir rouler sur la joue de son amie suite à quelques mots chuchotés par Valérian. Alexandre lui assura son soutien d’une main posée sur son épaule, tout près de son cou et, ignorant les regards désapprobateurs des guerrières qui les entouraient, elle pencha légèrement la tête pour s’abandonner un bref instant à la chaude caresse, un réconfort plus que bienvenu dans ce vent glacial et cette atmosphère chargée de crainte et de regrets. Alors que les cinquante Adalantes désignées pour accompagner les reproductrices et les autres femmes inaptes au combat jusqu’à leur abri, puis revenir pour les affrontements trépignaient visiblement d’impatience, les reproductrices elles-mêmes semblaient repousser le moment du départ, et ce pour deux raisons majeures : elles ne supportaient pas l’idée de ne pas participer au combat, et elles savaient que leurs chances de revoir leurs compagnes étaient minces. Toutes étaient résignées, naturellement, assurer la survie de la tribu passait avant tout, mais cela ne signifiait pas qu’elles devaient apprécier leur rôle en cet instant précis.
Une pensée la traversa soudain alors qu’elle voyait une guerrière enceinte étreindre Jelovi, et, bien qu’elle ne s’adressât à personne en particulier, elle ne put s’empêcher de murmurer sa révélation :
_Je devrais être parmi elles.
Derrière elle, Alexandre acquiesça en silence, saisissant tout le poids de cette simple phrase. Sa rébellion des mois plus tôt avait aujourd’hui des conséquences qu’elle n’aurait pu prévoir à l’époque, et il savait que malgré elle, elle se sentait soulagée, ce qui avait tendance à la culpabiliser. Se réjouir à ce point d’avoir défié les lois de sa tribu et de s’en voir récompensée en pouvant participer à la guerre au lieu de se réfugier dans les montagnes, c’était un sentiment égoïste, et injuste vis-à-vis de celles qui avaient accepté ce sacrifice auquel elle n’avait pu consentir.
_Si c’était le cas, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Sans toi, sans ton exil, sans notre rapprochement, nos deux peuples n’auraient jamais formé cette alliance. Ta désobéissance va sauver ta tribu de l’extermination, Chloé. Ne l’oublie jamais.
Elle se tourna vers lui brusquement. Telle était la raison pour laquelle Galothène avait voulu qu’elle survive.
_Tu le penses vraiment, prononça-t-elle d’une voix douce, à mi-chemin entre question et affirmation.
_Bien sûr. C’est la vérité.
Elle déglutit et parvint à esquisser une ébauche de sourire, à laquelle il répondit d’un baiser, attirant sur eux davantage de regards assassins. Lorsqu’ils se séparèrent, le sourire de la petite blonde s’était élargi et ses yeux désignaient les guerrières qui faisaient désormais mine de ne pas s’intéresser à eux.
_Tu tiens vraiment à ce qu’elles te haïssent, n’est-ce pas ?
_Les provoquer va vite devenir un de mes passe-temps préférés, admit-il.
Chloé laissa échapper un rire et approuva en se hissant sur la pointe des pieds pour l’embrasser de nouveau. Elle sentit le froid, l’ambiance désagréable, les présences et les sons autour d’eux s’amenuiser jusqu’à disparaître alors qu’elle se concentrait sur le contact de son amant et se perdait volontairement dans leur étreinte, mais la sensation fut de courte durée, une tape dans son dos la ramenant à la réalité.
_C’est à moi que tu dis au revoir aujourd’hui, pas à lui. Alors un peu de tenue, je t’en prie.
La remarque l’arracha au baiser dans un mélange d’amusement et de nostalgie et elle se tourna vers Leïla, n’hésitant pas une seconde avant de la prendre dans ses bras. Son amie ne résista pas à l’inhabituelle démonstration d’affection, entourant ses épaules de son bras. Alors Chloé conseilla :
_Sois prudente.
Leïla s’écarta dans un rire triste.
_Je serai bien plus en sécurité que toi. C’est à moi de te donner ce conseil.
_Je sais. J’ai juste… Un mauvais pressentiment.
_Tu ne vas pas t’y mettre, toi aussi ?
Au haussement de sourcil interrogateur de la petite blonde, Leïla expliqua, pointant un pouce vers le grand brun qui se trouvait à côté d’elle :
_Il m’a dit la même chose. Oubliez ça, tous les deux. Vous devez vous concentrer sur la bataille à venir, pas sur vos angoisses à mon sujet.
Chloé échangea un regard avec Valérian, qui haussa les épaules, écartant par ce simple geste l’inquiétude qu’il avait apparemment ressentie quelques minutes plus tôt, la mettant sur le compte de sa réticence à voir la mère de son enfant si loin de lui pendant ces quelques jours de tension extrême. La guerrière accepta l’explication silencieuse d’un hochement de tête alors qu’Alexandre prenait à son tour Leïla dans ses bras en lui conseillant de prendre soin d’elle. Puis, souhaitant éviter de s’attirer les foudres de leur garde rapprochée, elle se décida à rejoindre les rangs de celles qui étaient prêtes à partir, et tous les trois la perdirent dans la foule.

*

_Alors, qu’en penses-tu ?
Chloé signala son approbation en silence, plongée dans ses pensées. Elle sentait les regards de dizaines de personnes tournés vers elle, et elle s’efforçait de ne pas avoir l’air trop absorbée, tout en analysant les différents scénarios possibles. Après le grand départ, tous ceux qui participeraient au combat s’étaient dirigés vers l’endroit qui avait été choisi par Farciel afin d’examiner le terrain. Selon Chloé, c’était un sans faute, une position aussi idéale qu’on pouvait l’espérer en de telles circonstances. Si leurs ennemis suivaient un trajet logique, ils seraient obligés de traverser cette vaste plaine précédant un rassemblement d’arbres trop petit pour être qualifié de forêt… Mais suffisamment grand pour que les explorateurs s’y dissimulent pendant que les Adalantes assureraient la première vague d’assaut.
_Et moi ? demanda Chloé en ignorant les conversations autour d’elle.
Si voir certains explorateurs parler pacifiquement de stratégie avec des Adalantes était un tableau particulièrement insolite et encourageant, les propos ne l’intéressaient pas outre mesure : ils ne disaient probablement rien dont elle n’avait discuté en détail avec Farciel, Valérian, Alexandre et Mykherm, et si quelqu’un avait une remarque pertinente à faire, il viendrait lui en parler directement. Ce qui la préoccupait pour l’instant, c’était de savoir si ce terrain était favorable à la stratégie qu’elle avait suggérée.
D’un geste, Farciel l’invita à la suivre. Elle incita Mertao à repartir au pas, suivie sans les avoir invités par ceux qui s’étaient désignés comme ses gardes du corps sans qu’elle ait vraiment son mot à dire. Les trois cavaliers s’écartèrent du groupe avec Farciel, parcourant une courte distance avant d’arriver à la position qu’ils occuperaient.
_Nous approchons de la rivière, constata Alexandre.
_C’est exact, confirma Farciel. Regardez.
Tous trois suivirent la direction qu’elle indiquait de la main. Une fois de plus, Chloé approuva sans un mot. Le terrain était à peine plus accidenté et formait un renfoncement qui pourrait les mettre à l’abri des regards. Afin de s’en assurer, elle descendit de cheval, se plaça au point le plus bas et se tourna vers l’endroit où elle savait que se trouvaient leurs alliés, occupés à repérer les lieux. D’où elle se tenait, elle ne pouvait les voir, et elle était elle aussi invisible. La discrétion était la clef du succès de ce plan, elle leur permettrait de gagner du temps.
_Espérons qu’ils ne comprendront pas trop vite.
_Je vous conseille d’attacher les chevaux près de la rivière. Vous les rejoindrez ainsi rapidement si vous êtes repérés et vous pourrez…
_Fuir ? compléta Chloé d’une voix où perçait sa colère naissante devant cette suggestion.
Farciel acquiesça sans se laisser démonter :
_Le temps de vous remettre, oui. Cette bataille va durer des heures. Vous pourrez y participer de nouveau quand vous en serez capables.
La petite blonde poussa un soupir en échangeant un regard avec Alexandre, perché sur la monture qui remplaçait Parcellion. Elle savait que devoir se passer de l’étalon en raison de sa blessure à l’antérieur ne l’enchantait guère, malgré les évidentes qualités du hongre qu’il chevauchait aujourd’hui. Il faisait confiance à Parcellion comme elle à Mertao, et partir au combat sans lui le mettait mal à l’aise, mais c’était préférable à l’idée de trop le pousser alors qu’il n’était pas encore complètement guéri et de le voir se blesser bien plus gravement. Elle esquissa un sourire en notant une fois de plus l’immobilité de son bras droit et en réalisant que le jeune chauve épargnait à son cheval le traitement qu’il s’imposait à lui-même. Soldat inconscient, cavalier raisonnable.
_Nous diras-tu un jour ce que tu as dit à notre père pour le convaincre de mentir au groupe ?
La question sortie de nulle part surprit aussi bien Farciel que Chloé et Alexandre. Aux regards qui se tournèrent vers lui, Valérian répondit d’une moue négligente.
_A présent que nous sommes seuls, tu peux nous l’avouer, non ?
Chloé perçut quelque chose dans les yeux de la trentenaire, comme une lueur de regret teinté de doute, et elle crut un instant qu’elle allait céder. Finalement, la guerrière au teint caramel répliqua :
_Peut-être après la bataille.
La petite blonde fronça les sourcils, intriguée par ce refus masqué. Mais alors qu’elle s’apprêtait à insister, Farciel tourna vers elle un regard presque suppliant, et Chloé accepta de renoncer… Pour le moment. Car sa curiosité déjà piquée était désormais attisée par l’attitude étrange de la guerrière lorsque quiconque évoquait ce sujet, et elle avait bien l’intention de finir par obtenir des réponses. Finalement, la jeune Adalante remonta à cheval en annonçant :
_Cet endroit est parfait, nous pouvons rentrer l’esprit tranquille. Farciel, nous t’abandonnons ici. Est-ce que cela ira ?
_Oui, ne t’en fais pas. Je vais m’avancer plus en profondeur dans les terres afin de les repérer et de vous avertir aussi tôt que possible. Utilisez à bon escient le peu de temps qu’il vous reste.
Sur ce conseil, les deux explorateurs et l’Adalante repartirent vers le groupe qui examinait le terrain alors que Farciel s’éloignait dans la direction opposée.

*

_Feinte, recule, frappe, bascule.
Effectuant au ralenti le mouvement indiqué, Chloé mettait à l’épreuve ses capacités de concentration et sa patience. Elle comprenait l’intérêt de l’exercice, apprendre quelques unes des techniques de combat des hommes leur permettrait d’être plus efficaces face à leurs adversaires masculins, mais devoir retenir ses coups la frustrait. L’enchaînement était relativement simple, et elle avait du mal à comprendre que Valérian insiste autant au lieu de passer au suivant, comme il l’avait fait pour les leçons précédentes.
Finalement, sentant peut-être son agacement, il lui donna d’un geste l’autorisation d’attaquer en conditions réelles. Ne se faisant pas prier, elle effectua le mouvement avec toute la rapidité qui la caractérisait, feignant de porter directement un coup au cœur, se retirant au moment où il parait, profitant de son déséquilibre pour lui balancer en plein abdomen l’extrémité du bâton faisant office de garde d’épée, ce qui le força à se plier en deux, et le faisant basculer en avant afin qu’il se retrouve allongé sur le dos devant elle… Ou du moins essayant. Car alors qu’elle se plaçait pour cette dernière étape, Valérian roula en avant de lui-même, fauchant ses jambes au passage et se redressant d’un bond. Elle atterrit au sol dans un violent choc qui lui coupa le souffle. Fixant le bâton dirigé vers son cœur d’une façon menaçante, indiquant clairement et la fin, et le vainqueur du duel, elle mit un moment à comprendre ce qui venait de se passer. Lorsque Valérian écarta son arme factice et lui offrit une main pour l’aider à se relever, elle s’exécuta, grimaçant à la douleur que cela provoqua dans le bas de son dos.
_Qu’est-ce que c’était que ça ?
_Si je t’ai tant fait répéter ce mouvement, c’est pour que tu sois capable de l’identifier rapidement. C’est une combinaison très efficace… A condition d’affronter un adversaire qui n’en connait pas la parade. Nos ennemis seront persuadés que vous ne l’avez jamais vu. Ils le tenteront à coup sûr, et vous pourrez les prendre par surprise avec cette esquive.
Chloé repéra les regards appréciateurs dans le cercle d’Adalantes rassemblées autour d’eux, et elle retint un sourire. Depuis deux jours que Valérian et Alexandre avaient entrepris de les aider à s’entraîner en leur montrant certains enchaînements caractéristiques des soldats, ils avaient peu à peu gagné un certain respect auprès de ses compagnes. En plus de perfectionner leurs techniques, ces séances resserraient les liens, un avantage non négligeable, d’autant plus quand on savait à quel point ils étaient jusque là restés ténus.
_A ton tour, ordonna Valérian.
Elle se mit en position, fit mine de tomber dans le piège de sa première attaque, encaissa le coup au ventre, roula en avant, en profita pour le faire tomber, se releva, et le menaça de son arme, le tout en une poignée de secondes.
_Bien joué, loua-t-il dans un grognement étouffé. A vous, à présent.
Elle l’aida à se relever pendant que les Adalantes formaient des duos avec des explorateurs afin de travailler à leur tour ce mouvement.
L’entraînement dura encore quelques heures, jusqu’à ce que l’événement qu’ils attendaient avec une dose égale d’anticipation et d’appréhension finisse par se produire.
Au premier éclair qui déchira le ciel, tout mouvement cessa, le silence soudain déconcertant après le vacarme régulier des morceaux de bois s’entrechoquant et des corps rencontrant le sol. Au second éclair, les commentaires commencèrent à parcourir les rangs des Adalantes. Au troisième éclair, les guerrières se mirent brusquement en mouvement sous les regards déconcertés de la plupart des hommes présents, inconscients de ce que signifiaient ces trois éclairs successifs dans un ciel sans nuage. Finalement, ne cherchant pas à comprendre, ils imitèrent leurs alliées dans le même silence solennel. Alexandre et Chloé échangèrent un regard. Farciel leur signalait l’approche de l’ennemi.

*

A suivre…
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Laenan
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Ven 26 Aoû 2011 - 19:12

Qu'est-ce que je lis ?! Partie 3 ???!!!
Preeeeeeeeet' ! Je suis trop conteeeeeeeeeeeeeente ! (Oui, j'avais totalement, mais alors totalement, oublié que tu comptais faire une trilogie ! ^_^)
Cheerleader

Alors, pour en revenir à cet excellent chapitre : J'AIME ! ♥

Citation :
Maintenant, rejoins-le. Il tourne en rond depuis des heures, nous étions à deux doigts de l’attacher.
Juste LOL ! (Je l'imagine trop bien tourner en rond en fait)

Euh... T'es sûre que Chloé est vraiment capable de mettre son plan à exécution ? O.o J'imagine qu'elle va utiliser son don pour "réduire le nombre des adversaires" mais va falloir qu'elle se donne pour que ça fonctionne vraiment et, dans ce cas, elle risque d'être très très affaiblie... :/
Je suis donc impatiente de voir ce que ça va donner ! Wink

Citation :
_S’il s’agissait de Leïla, elle n’en ferait qu’à sa tête, quel que soit mon avis. C’est exactement ce que va faire Chloé. Tu peux la soutenir et contribuer à la garder en vie, ou tu peux bouder et te demander à jamais si ta présence aurait pu la sauver.
Alexandre blêmit
Tu m'étonnes ! (J'aurais blêmi aussi à sa place Laughing ) Et paf ! Prends-toi la leçon par ton aîné, jeunot ! lol

Super la discussion entre les deux Adalantes ! Ca fait du bien de les entendre parler ainsi (quand on leur disait que c'était pour leur bien !), ça veut dire qu'elles reconnaissent leurs sentiments et sont prêtes à l'avouer à leur meilleure amie : c'est touchant. ^_^
Mais qu'elles soient prêtes à l'avouer à leur amant respectif alors là c'est carrément WOUUUUUH !

P***** le baiser devant tout le monde ! cyclops J'sais pas comment ils font, même moi, lectrice, ça me met mal à l'aise (j'imagine les regards assassins et les envies de meurtre qui émergent dans les rangs des Adalantes en fait lol)


Citation :
_Je sais. J’ai juste… Un mauvais pressentiment.
_Tu ne vas pas t’y mettre, toi aussi ?
Au haussement de sourcil interrogateur de la petite blonde, Leïla expliqua, pointant un pouce vers le grand brun qui se trouvait à côté d’elle :
_Il m’a dit la même chose.
... Si tu tues Leïla, on sera plus copine ! Et, attention ! c'est pas une menace en l'air ! Nan mais oh ! Evil or Very Mad
(Bon, tant que c'est pas Unélia qui lui sort ça, je veux croire qu'elle vivra ! ^_^)

C'est bien connu que de se taper dessus avec des bâtons ça noue inévitablement des liens d'amitié durable ! Razz Nan mais c'est clair qu'il fallait ça avec des handicapées du sentiment comme sont les adalantes. J'aime bien l'idée de l'entraînement collectif, quoi !

Citation :
Finalement, ne cherchant pas à comprendre, ils imitèrent leurs alliées dans le même silence solennel.
Braves petits moutons ! (C'est bien des hommes tiens ! Laughing )


Vivement la suite !


(Et j'en reviens toujours pas que tu prévois une Partie 3 ! Tu viens d'éclairer le reste de ma journée ! ♥ lol)

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Chlo
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Ven 26 Aoû 2011 - 20:28

Prettttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttt

T'es rien qu'une sadique ! God! Quel chapitre! Le retour est trop bien et c'est trop fun la manière de provoquer les adalantes à coup de bisous ^^

Sinon, c'est horrible le départ de leila, j'ai l'impression qu'on va avoir du grabuge. Fais attention à elle hein. Et toujours aussi agréable à lire. J'adore tes personnages et le poids des responsabilité sur chacun.

Ca va etre fun la fin du tome 2... tu vas nous faire un énorme cliff hein? avoue! Sadiqueuuuhhhhhhhhhhhh

Very Happy

Ps: elles vont suivre leurs hommes! yeahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh

_________________
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Sixpence
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Ven 26 Aoû 2011 - 22:08

En lisant ce premier passage de discussion entre les deux Adalantes, je sens d’avance que Chloé va ressortir grandie voire accomplie de toutes ces épreuves. J’espère qu’avec tout le soutien dont elle disposera elle gardera constamment espoir pour l’insuffler aux autres.

Mdr ! et voilà un nouvel élément visant clairement à détendre l’atmosphère ! excellent ! je l’aime bien ce jeune homme ! possible approfondissement du personnage ???

Rha ouais, stratégie à double tranchant dit donc ! mais bon, l’effet de surprise sera sans doute un atout non négligeable. Pour le moment, je les sens tous très pessimistes mais c’est compréhensible, il y a tellement de tension et de risque de trahison autour d’eux.

Mdr ! bon bah nous ne saurons jamais quel plan Chloé a en tête ! enfin si on le saura mais au moment de son exécution quoi ! oui je sais faut bien garder un peu de suspens et faire saliver tes lectrices !

Bon ça va je suis pas trop nulle j’avais compris de quelle discussion et de quels choix il s’agissait entre les deux couples. Et oui rien ne vaut la bataille ni la semi liberté quand on a trouvé l’amour ! oui c’est simplet mon raisonnement mais pour Leïla c’est encore plus important sachant qu’elle est enceinte. Après ce qui peut différencier les deux femmes c’est que Chloé a toujours été plus aventurière et envieuse d’aller voir ailleurs, au-delà de sa tribu alors que Leïla est beaucoup plus fidèle et attachée à ses racines.

Ah pinaise s’en passe de ces choses ! oui moi aussi je veux savoir ce qui s’est dit avec le paternel ! J’ai quelques doutes infondés, je vais me taire aussi !

Ghaaaa, j’ai toujours aimé les scènes de combat, ou bien d’entraînement au combat, vraiment bien vu encore une fois pour l’entraînement au combat comme les hommes !

Aaaaaaah, je me doutais que tu finirais ton chapitre comme ça ! tu vas nous boucler ta deuxième partie avec une fin horriblement sadique je le sens venir à des kilomètres !

Merci pour ce super chapitre !
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pretender
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Dim 11 Sep 2011 - 2:23

Ce chapitre m’a donné du fil à retordre, avec plusieurs scènes qui se déroulent en même temps, j’espère qu’il est clair quand même ! La relecture a été rapide, je voulais poster ça aujourd’hui, désolée pour les éventuelles fautes. Encore une fois, un immense merci pour vos feeds !

Chapitre 13


Une fois le signal convenu repéré par tous les occupants du campement, les explorateurs aussi bien que les Adalantes s’étaient activés avec une efficacité dépassant ses attentes les plus optimistes, lui offrant un regain d’espoir. Chevauchant aux côtés de Chloé, Alexandre jeta un dernier coup d’œil derrière lui, s’assurant que tout le monde suivait le mouvement alors qu’ils approchaient de l’endroit où ils devraient se séparer. Le plan ne l’enchantait toujours pas, mais comme l’avaient souligné Farciel, Chloé, ainsi que Valérian à plusieurs reprises, ils n’en avaient pas de meilleur. Reportant son attention sur la guerrière, il ne put, malgré les circonstances, s’empêcher d’esquisser un léger sourire. La posture résolue, le visage fermé, les cuisses serrées, la main reposant sur le pommeau de son arme… Elle était l’image même de la victoire n’attendant qu’à être saisie, et si c’était possible, son admiration pour elle augmenta encore d’un cran. Si la stratégie continuait à lui poser problème en dépit des arguments logiques de son entourage, c’était parce qu’elle mettait en danger la femme qu’il aimait… Mais il savait que s’il n’y avait qu’une personne capable d’accomplir l’exploit qu’on attendait d’elle, c’était Chloé. A supposer qu’il ait un jour douté de ses capacités, la voir emmagasiner en quelques jours les techniques de combat des hommes et reproduire les mouvements avec une vélocité que lui enviaient des soldats ayant pratiqué ces attaques et parades toute leur vie aurait suffit à lui redonner confiance.
Sentant son regard sur elle, la jeune femme se tourna vers lui, lui adressant un simple haussement de sourcil interrogateur. Il eut un signe de tête vaguement négatif marquant l’insignifiance des vagabondages de son esprit en ce qui concernait leur situation actuelle, qu’elle accepta sans poser de questions. Il s’apprêtait à prendre la parole, renonça en réalisant qu’il n’y avait pas grand-chose à dire, du moins rien qu’il ne prononcerait entouré de son père et de ses hommes.
La silhouette de Farciel perchée sur sa monture finit par se dessiner devant eux, et Alexandre accorda un unique regard à son père, lui indiquant que leurs chemins se séparaient ici. Mykherm répondit dans le même silence, et Chloé, Valérian et Alexandre se détachèrent du groupe d’Adalantes pour rejoindre la guerrière à la peau caramel. Ils avaient déjà laissé derrière eux depuis quelques minutes les autres hommes qui, dissimulés à l’écart de l’endroit où les affrontements auraient lieu, pourraient ainsi intervenir en renfort quand les Adalantes auraient affaibli l’ennemi. Alors qu’ils rejoignaient Farciel, celle-ci annonça sans perdre une seconde :
_Ils ne sont qu’à quelques minutes d’ici, nous devons faire vite.
_Nous devons faire vite, corrigea aussitôt Chloé, excluant Farciel de l’action. N’oublie pas que tu ne peux pas participer à ce combat.
_Comment l’oublier ? grogna la trentenaire à la voix envoûtante. Je me demande…
La petite blonde la coupa aussitôt :
_N’y pense pas.
_Je suis…
_Participer à la guerre dans ton état n’est pas envisageable, Farciel. Je sais quelle cavalière tu es, mais ta jambe reste inutilisable, et une chute de cheval sur le champ de bataille signerait ton arrêt de mort. Je déteste avoir à jouer de ma nouvelle position, mais s’il le faut, je suis prête à te donner l’ordre de rester en arrière. Je préfèrerais n’avoir qu’à te le demander.
Alexandre laissa ses yeux passer d’une guerrière à l’autre, observant avec intérêt l’affrontement silencieux. Cette facette de la personnalité de Chloé en était une qu’il découvrait. Il avait appris à bien la connaître au cours des derniers mois, et plus particulièrement depuis le meurtre de Dahomé, mais cette autorité qu’elle dégageait, dont elle jouait avec une assurance qu’elle ne ressentait certainement pas, voilà qui était nouveau. Il sentit une légère grimace se dessiner sur son visage alors qu’une idée faisait son chemin dans son esprit, s’insinuant en lui sous la couche d’anticipation et de concentration. Chloé lui avait annoncé son intention de le suivre une fois la situation réglée, mais même à supposer qu’ils sortent tous les deux vivants de ces affrontements, il commençait soudain à se poser des questions, qui ne firent que gagner en force lorsque Farciel finit par céder en baissant le regard. Car il venait de réaliser que Chloé pouvait devenir une guide exceptionnelle pour les Adalantes. Une femme sur qui elles pourraient évidemment compter, une guerrière incroyablement forte, une stratège efficace, mais aussi une chef qui serait capable de les amener à nouer des liens avec d’autres peuples, ce qui selon lui leur manquait cruellement : dépendre uniquement d’elles-mêmes avait failli les faire massacrer plus d’une fois d’après ce qu’il en savait, et le fait que leur guide soit consciente de la nécessité de conclure des alliances pourrait, à l’avenir, leur rendre des services inestimables.
Après la victoire, lorsque les guerrières comprendraient elles aussi tout ce qu’elles devaient à Chloé étant donné les circonstances, lorsque Chloé elle-même se rendrait compte de tout ce qu’elle pouvait apporter à son peuple… Et bien, il la savait sincère lorsqu’elle lui avait annoncé qu’elle le suivrait, mais il estimait qu’un changement d’avis était une réelle possibilité. Et si son côté égoïste se rebellait contre cette éventualité, une boule se formant dans sa gorge à l’idée de voir détruit l’espoir qu’elle lui avait donné, il devait admettre qu’il n’était finalement plus si certain de ce qui serait bon pour Chloé. La voir rester à ses côtés aussi longtemps que possible était ce qu’il avait désiré de plus cher depuis aussi longtemps qu’il s’en souvienne, mais savoir si c’était ce qu’il lui fallait à elle… Voilà qui était une autre histoire. Son désir de trouver un endroit où s’établir avait fait partie des premières choses qu’elle lui avait confiées, et si les choses tournaient bien, les Adalantes pourraient rester sur ces terres un certain temps sans être inquiétées. Pouvait-il réellement lui imposer de nouveau l’exil après qu’elle ait reconquis le respect de ses semblables et acquis la possibilité de s’installer enfin quelque part d’une façon durable ?
_Alexandre ?
L’appel de son nom et la curiosité dans la voix de son frère le ramenèrent brusquement à la réalité, et il secoua la tête pour tenter d’en chasser ce bref instant de sombre lucidité. Il se rendit compte qu’ils étaient arrivés à l’endroit repéré quelques jours plus tôt et que Chloé, descendue de cheval pour se mettre en position, levait sur lui un regard intrigué. Farciel avait dû repartir en arrière, comme prévu, et il se retrouvait seul avec la petite blonde et Valérian. Alors, toujours hanté par les pensées qui l’avaient traversé pendant un moment, il sauta à terre à son tour, confia les rênes à son aîné, fondit sur la jeune femme, encadra son visage de ses mains et, sans lui laisser le temps de réagir face à cette attitude pour le moins inattendue à quelques minutes de la plus grande bataille de leur vie, il lui arracha un baiser avide, violent, désespéré. Quand il relâcha finalement son étreinte, ce fut pour constater qu’elle le considérait d’un air abasourdi. Laissant de côté sa surprise évidente, il prononça clairement, sans se soucier de la présence de son frère :
_Quoi qu’il arrive, aujourd’hui ou dans le futur, je t’aime.
Visiblement troublée par son attitude, elle mit un instant à réagir. Après quelques secondes d’un lourd silence au cours duquel il sentit également le regard perplexe de Valérian dans son dos, elle finit par laisser ses lèvres se retrousser sur un sourire et par se hisser sur la pointe des pieds pour lui rendre un baiser plus doux, léger, plein de promesses qu’elle avait sans aucun doute l’intention de tenir. Puis elle s’écarta, prenant la parole d’un ton tout aussi assuré que lui :
_Je t’aime. N’en doute jamais.
Alors qu’il glissait une main contre sa nuque pour l’approcher de nouveau, il repéra un son reconnaissable entre tous, son impression confirmée par la voix de son frère s’élevant derrière lui, contenant une dose égale d’ironie et d’avertissement :
_Je déteste avoir à briser cet instant soporifique, mais je crois qu’ils arrivent.
Alors, sur un dernier sourire rassurant, Chloé s’éloigna de lui pour avancer de quelques pas, et il tira son arme de son fourreau en se tournant vers l’endroit d’où provenaient les innombrables bruits de sabots, Valérian s’occupant d’attacher les chevaux près de la rivière avant de le rejoindre.
Les instincts de soldat reprenant le dessus sur le doute qui l’avait momentanément perturbé, il constata dans un demi-sourire de prédateur, raffermissant sa prise sur l’épée :
_C’est parti.

*

_Est-ce que tout va bien ?
Leïla releva brusquement la tête à cette question. Elle s’était attendue à pouvoir rester seule quelques instants, s’étant suffisamment éloignée de l’endroit où ses compagnes étaient rassemblées pour échapper à leur regard, mais visiblement, quelqu’un l’avait suivie… Et pas n’importe qui. S’efforçant d’afficher un sourire, elle hocha la tête, mais vit Unélia froncer les sourcils en s’approchant d’elle.
_Que se passe-t-il ?
_Rien, pourquoi ?
Même elle devait admettre que sa voix manquait de conviction.
_Leïla…
Le reproche était évident dans ces deux syllabes, et la guerrière soupira, frustrée de ne pas être parvenue à dissimuler ce qu’elle ressentait aussi bien qu’elle l’aurait voulu. D’un autre côté… Se confier à quelqu’un n’était pas une mauvaise idée, peut-être l’enfant parviendrait-elle à étouffer son angoisse. D’un geste, elle invita donc la jeune prophétesse à s’assoir. Quand elle se fut exécutée, la grande brune s’expliqua de quelques mots succins :
_Des douleurs, dans le ventre.
Le froncement de sourcils de la fillette s’accentua.
_Violentes ?
Leïla se contenta d’un haussement d’épaules. Elle ne voyait pas l’intérêt de répondre à cette question. Sa résistance à la douleur physique était bien connue de leur peuple, pour qu’elle ait ressentie le besoin de s’isoler afin de masquer sa souffrance…
_Très violentes, murmura soudain Unélia, ayant apparemment suivi le même raisonnement. Des contractions ?
_Je l’ai cru la première fois, mais c’était trop tôt.
Comme elle l’avait craint, cette révélation alerta aussitôt l’enfant.
_La première fois ? Depuis quand est-ce que…
_Des semaines.
_Leïla !
L’exclamation contenait une claire accusation, et la guerrière tiqua, s’attendant à la suite.
_Pourquoi n’en as-tu rien dit ?
_Cela n’aurait rien changé. Souviens-toi d’Eriole.
Unélia acquiesça en silence, sa mine s’assombrissant au souvenir de la défunte. Eriole entamait son huitième mois de grossesse quand elle avait commencé à se plaindre de douleurs au ventre et toute la science médicinale accumulée par les Adalantes au cours des siècles n’avait pu empêcher ni son décès, ni celui de l’enfant. La fillette s’apprêtait à reprendre la parole quand un nouveau coup de poignard invisible se fit ressentir, Leïla se pliant en deux sous l’effet de la douleur et laissant échapper un gémissement. Une main inutilement posée sur son ventre, l’autre se refermant dans un poing enragé, elle se mordit la lèvre jusqu’au sang, tentant de retenir les hurlements qui menaçaient de lui échapper et d’alerter les autres Adalantes. Quand, au bout de plusieurs minutes, la souffrance finit par s’apaiser, les larmes coulaient librement sur ses joues, expression de souffrance autant que de peur. Elle dut lutter pour reprendre son souffle, n’y parvint pas à temps pour empêcher Unélia de s’éloigner sur un :
_Je reviens, tiens bon !

*

Fermant les yeux dans un effort de concentration, Chloé s’accroupit, posa un genou à terre malgré la neige, et effleura le sol de sa main, ne cessant de se répéter qu’elle avait déjà réalisé des exploits plus improbables que celui qu’elle s’imposait aujourd’hui, mais échouant à se convaincre. Elle ignorait à la fois combien de temps elle devrait tenir et combien de temps elle serait capable de tenir, et ces deux inconnues la perturbaient. Elle sentit une main se poser sur son épaule en guise de soutien, la chaleur de ce contact traversant les couches de vêtements pour glisser contre sa peau et lui offrir l’assurance dont elle avait besoin. Elle pencha légèrement la tête de côté en remerciement, sentant les doigts caresser sa joue, mais elle n’ouvrit pas les yeux. Elle n’avait pas besoin de voir pour savoir qu’Alexandre était en position d’attaque, à l’exception de cette main qu’il lui réservait. Finalement, elle entendit la voix de Valérian, perché sur la colline qui dissimulait leur position.
_Maintenant !
Les flammes naquirent au bout de ses doigts à cette commande, atteignant aussitôt la hauteur de deux hommes et courant sur une longue ligne droite, partant à l’assaut de la colline et au-delà, s’étendant devant elle avec une rapidité qui la surprit elle-même. Elle sentit plus qu’elle n’entendit les exclamations stupéfaites et l’arrêt brutal de leurs adversaires, assez éloignés pour qu’elle se sente encore relativement en sécurité. Se concentrant davantage et luttant contre la migraine naissante, elle évalua approximativement l’endroit où une brèche serait le plus bénéfique possible aux Adalantes, et elle atténua les flammes à cet endroit, les réduisant à d’insignifiantes étincelles sur une faible largeur. Seuls deux hommes à la fois pourraient ainsi traverser la barrière de feu qu’elle venait de créer, arrachant à leurs ennemis leur principal avantage : celui du nombre. S’ils tentaient de contourner les flammes, ils tomberaient sur Alexandre et Valérian et, de l’autre côté, sur plusieurs guerrières. Les Adalantes n’avaient plus qu’à attendre du bon côté du brasier que leurs adversaires s’engouffrent un à un dans la brèche située en plein milieu et à en exterminer autant que possible… Jusqu’à ce que l’épuisement la gagne et qu’elle perde le contrôle de son élément. Restait à espérer que les hommes réunis par Fester se précipiteraient, trop sûrs d’eux, permettant aux guerrières de réduire leur nombre avant que Chloé ne sombre dans l’inconscience et que le deuxième élément de surprise, les explorateurs, n’entre dans la bataille.
Les doigts se resserrèrent sur son épaule au moment où Valérian annonçait :
_Ils tombent dans le piège.
S’efforçant de rester focalisée sur le feu, Chloé esquissa tout de même un sourire à cette information, imaginant les premiers adversaires encore sous le choc massacrés par ses alliées. Avec un peu de chance, ils ne chercheraient pas l’origine de l’incendie… Et s’ils la cherchaient et la découvraient, ils se heurteraient à ses deux gardes du corps avant de parvenir à l’atteindre. Pendant ce laps de temps, leurs effectifs auraient été suffisamment réduits pour rééquilibrer les chances. C’était du moins de cette façon que c’était sensé se produire. La seule solution qu’elle avait trouvée pour que les Adalantes acceptent de servir de première vague d’assaut sans crainte d’être aussitôt submergées par le nombre. L’idéal aurait été qu’elle fasse brûler directement leurs ennemis, mais ils étaient trop nombreux pour cela, elle savait qu’elle tiendrait plus longtemps en ce contentant de cette barrière de feu. Restait à ses alliées à en profiter.

*

Aussi proche que possible du brasier, la première ligne de défense des Adalantes, menée par Borlimaé sur ordre de Chloé, éliminait un à un ceux qui osaient s’aventurer dans la brèche. Elles ignoraient combien de temps tiendrait leur guide et combien de temps il faudrait à leurs ennemis pour réussir à reconstituer une formation de combat de leur côté des flammes, elles mettaient donc à profit les précieuses minutes qu’elles avaient devant elles.
_Plus près ! hurla Borlimaé, donnant l’exemple en s’approchant encore malgré la chaleur intenable.
Plus elles seraient proches de la brèche, plus elles pourraient tuer rapidement ceux qui se lançaient ; et moins leurs adversaires auraient de chances de reformer un groupe apte au combat au fur et à mesure qu’ils traversaient la frontière. Borlimaé jeta un coup d’œil en direction de l’endroit où Chloé devait se trouver, bien qu’elle la sache hors de vue, et elle lui adressa un encouragement mental, espérant qu’elle tiendrait bon. Leurs chances de survie dépendaient entièrement de sa capacité à maintenir aussi longtemps que possible la séparation brûlante.

*

_Où vas-tu ? Unélia !
La fillette ignora l’interdiction sous-jacente dans la voix de la doyenne de la tribu. Elle sauta à cheval, s’emparant des rênes avec une telle précipitation que la monture se cabra, protestant contre la violence de son emprise. Serrant les jambes, elle parvint à rester en position et elle relâcha la pression, l’équidé se calmant aussitôt et laissant ses antérieurs retomber à terre. Alors, lançant sa monture au trot malgré le terrain glissant et pentu, la prophétesse cria par-dessus son épaule :
_Ne t’en fais pas pour moi, je reviens vite !
Elle se retourna ensuite, nota l’hésitation des gardes au fur et à mesure qu’elle passait devant elles. Elle leur adressa des regards assurés, tout en sachant que si elles décidaient de l’empêcher de passer, elle ne ferait pas le poids. Finalement, sur un geste de Mertia, les guerrières chargées de la protection des plus faibles d’entre elles finirent par s’écarter pour de bon, et son cheval put accélérer. La dernière chose qu’elle entendit avant de prendre le galop fut un hurlement de douleur que Leïla avait été incapable de retenir.

*

_Il y en a qui se dirigent par ici !
A ces mots, Chloé sentit la main quitter son épaule, lui arrachant un grognement de protestation. C’était maintenant qu’elle avait le plus besoin de soutien, mais elle savait aussi qu’Alexandre n’avait pas le choix : si certains de leurs ennemis parvenaient jusqu’à elle, ils la tueraient. Si elle avait le courage d’affronter la mort, elle savait en revanche que cet événement aussi peu de temps après le début des combats serait catastrophique pour son peuple : les Adalantes n’avaient pas encore éliminé assez d’adversaires.
Il était déjà relativement imprudent de n’avoir prévu que deux personnes pour la défendre pendant qu’elle contrôlait le feu, mais ni elle, ni Alexandre, ni Valérian ne faisait assez confiance aux autres explorateurs pour penser qu’ils ne la trahiraient pas, lui plantant une dague dans le dos aussitôt qu’elle serait assez affaiblie pour ne pas se défendre. Quant à ses compagnes, elles étaient déjà trop peu nombreuses sur le champ de bataille. Ses pensées se tournèrent un court instant vers Kaliastre. Le mercenaire leur aurait été particulièrement utile aujourd’hui, elle se serait sentie plus en sécurité avec un combattant de sa trempe à ses côtés, et surtout elle aurait apprécié le soutien de son amitié sans faille. Mais elle refoula rapidement cette idée, sentant que la douleur persistante de cette perte trop récente risquait de l’affaiblir.
Elle rouvrit les yeux pour découvrir qu’Alexandre avait rejoint Valérian, à quelques pas du sommet de la colline, restant pour le moment dissimulé par le terrain. Ne sachant d’où provenait le feu, leurs adversaires avaient dû envoyer des éclaireurs à chaque extrémité pour voir s’ils pouvaient le contourner. Avec un peu de chances, ils ne seraient pas nombreux, et les deux frères pourraient les éliminer sans trop de difficultés, leur offrant un peu de répit. D’ici à ce que leurs ennemis réalisent que leurs éclaireurs ne revenaient pas, les Adalantes auraient pu faire davantage de dégâts dans leurs rangs.
Il fallut quelques minutes avant que ceux repérés par Valérian ne les atteignent, ce qui était plutôt rassurant : les hommes de Fester étaient relativement loin de leur position, comme prévu.
Elle vit finalement apparaître le premier, mais n’eut même pas le temps de découvrir s’il était jeune ou âgé, brun ou blond : à peine entré dans son champ de vision, il s’effondra en avant, atteint en pleine gorge par un poignard. Le second connut le même sort à peine quelques secondes plus tard, ainsi que le troisième. Le quatrième en revanche fut sur Alexandre avant que lui ou son aîné ait pu de nouveau démontrer ses capacités au lancer de couteau. Le jeune chauve esquiva aisément la première attaque, mais reçu un coup de coude en plein visage ensuite. Chloé baissa le regard à cet instant, sachant qu’elle ne pouvait se laisser détourner de sa tâche par les risques courus par les deux frères, sachant aussi qu’elle ne pourrait s’empêcher de hurler des avertissements qui ne feraient que les distraire. Après avoir estimé qu’ils n’auraient pas affaire à plus de cinq ou six assaillants d’après le bruit, elle s’efforça donc d’ignorer les chocs d’épées et les grognements d’effort, pour se concentrer plutôt sur le feu qui jaillissait de ses doigts. Elle parvint même à ne pas se retourner quand elle entendit Alexandre hurler le nom de Valérian. Un juron de la part du grand brun la rassura : il devait être blessé, mais au moins il était vivant.
Elle sentit l’étourdissement et la nausée caractéristiques la gagner. Afin de lutter, elle saisit à pleine main une poignée de neige et se l’étala sur le visage, soulagée de constater que le froid prenait le dessus sur son malaise pour un instant. Peut-être tiendrait-elle plus longtemps de cette façon.

*

S’il lui était resté un peu de souffle, la fillette aurait poussé un soupir de soulagement en apercevant les barricades, mais toute son énergie était consacrée à essayer de se remettre des frayeurs qu’elle s’était faites en chemin. Sa monture avait plusieurs fois manqué de tomber et elle-même n’était restée fermement en position que par miracle… Et grâce aux conseils avisés de Chloé, songea-t-elle en se remémorant ces leçons d’équitation qui lui semblaient faire partie d’une autre vie.
Elle poussa davantage son cheval sur les derniers mètres, s’engouffrant dans le campement avec un signe de tête à l’adresse de la sentinelle qui la laissa passer sans protester. Elle ne stoppa la jument qu’une fois parvenue à la cabane qu’elle visait, constatant au passage que les explorateurs restés au campement pour le défendre la suivaient des yeux avec curiosité. Mais elle n’avait pas le temps de s’attarder sur leurs questions, ni même de faire preuve de politesse, aussi ouvrit-elle la porte sans prendre la peine de frapper d’abord.
Le médecin se redressa d’un bond, un poignard à la main, avant de la reconnaître et de se détendre, visiblement soulagé de ne pas avoir à se battre. Elle pensa vaguement qu’elle avait selon toutes probabilités plus de chances que lui de s’en sortir dans un duel, bien que son entraînement n’ait pas commencé, et elle lui offrit un sourire rassurant avant d’en arriver directement à ce qui l’amenait.
_Leïla a besoin de ton aide.
_Je croyais les Adalantes compétentes en matière d’accouchement ? demanda-t-il tout en rassemblant malgré tout les affaires dont il pourrait avoir besoin.
_Pas cette fois, contredit Unélia avant de l’aider à tout fourrer dans un sac et de le pousser vers la sortie.

*

Borlimaé était tombée. Un adversaire particulièrement coriace avait eu raison d’elle, elle s’était retrouvée avec une lame plantée dans la gorge sans avoir pu esquisser la moindre parade. Et surtout, les deux autres guerrières qui assuraient la première ligne de défense s’étaient effondrées presque simultanément, l’une éliminée par le même homme à peine une seconde après Borlimaé, l’autre touchée au cœur par un coup si rapide qu’elle n’avait même pas vu son attaquant. Sous le choc de cette triple élimination, les autres guerrières mirent quelques secondes de trop à réagir. Des secondes dont leurs ennemis profitèrent pleinement, s’engouffrant dans la brèche et reformant aussitôt un rang d’une douzaine d’hommes de l’autre côté. Un chiffre qui n’aurait rien eu d’insurmontable en temps normal, mais il leur faudrait plusieurs minutes pour se débarrasser de tous, et ceux qui se trouvaient encore de l’autre côté de la barrière de feu pourraient à leur tour en profiter pour passer et recréer une formation de combat. Leur stratégie s’effritait…

*

_Est-ce que ça va aller ?
_C’est bon, occupe-toi de Chloé.
A ces mots, la petite blonde rouvrit les yeux et vit Alexandre jeter un coup d’œil appuyé sur le flanc déchiré de son frère. Celui-ci répondit d’un regard dur.
_Je te dis que ce n’est rien. Une égratignure. Elle est en moins bon état que moi.
Chloé esquissa un sourire à cette remarque, tentant de rassurer les deux frères, mais échouant, si la grimace qui décomposa les traits d’Alexandre lorsqu’il se tourna vers elle était un indice suffisant. Il se précipita à ses côtés, enjambant les cadavres des éclaireurs dont ils étaient parvenus à se débarrasser, et passa un bras autour de ses épaules, l’attirant contre lui tout en prenant garde à ne pas lui faire bouger la main qui entretenait les flammes. Reconnaissante, elle se laissa faire, puisant de la force dans sa présence. Elle tremblait des pieds à la tête malgré la sueur qui dégoulinait le long de sa peau, elle avait vomi dans la neige devant elle, elle avait l’impression que son crâne n’allait pas tarder à exploser, et si elle avait été debout, elle se serait écroulée depuis longtemps. Elle savait que le spectacle n’était pas beau à voir, qu’elle devait sembler sur le point de craquer – car elle l’était. Elle sut ce qu’il allait dire avant même qu’il ne prenne la parole.
_Chloé, tu dois arrêter.
Elle l’ignora, restant concentrée sur le feu. Il avait raison, si elle continuait à repousser ainsi ses limites… Et bien, elle ne savait pas vraiment ce qui arriverait. Elle avait dépassé depuis quelques instants l’état dans lequel elle s’était trouvée avant de presque perdre connaissance la dernière fois qu’elle avait utilisé son don, et elle ignorait quelle était la prochaine étape, quel serait le prix à payer pour avoir forcé à ce point. Mais ce qu’elle savait en revanche, c’était ce qui arriverait si elle n’insistait pas, et cela n’avait rien de réjouissant.
Elle sentit la main d’Alexandre glisser le long de son bras. Comprenant ce qu’il avait l’intention de faire, elle trouva le courage de parler, sa voix à peine audible :
_Non.
Il interrompit son geste et elle en fut soulagée. S’il avait insisté, s’il avait vraiment tenté de l’obliger par la force à perdre le contact avec son élément, elle n’aurait pas été en état de l’en empêcher.
_Chloé…
_Je t’en prie, Alexandre.
Elle le vit échanger un regard désemparé avec Valérian, occupé à éponger à l’aide d’une chemise arrachée à un adversaire le sang qui coulait de sa blessure au flanc. Mais il accepta finalement de retirer sa main de son bras pour entourer de nouveau ses épaules, et elle articula faiblement :
_Merci.
Elle flancha presque en voyant le feu faiblir devant elle, perdant un peu de hauteur. Pas encore assez pour que leurs adversaires puissent passer, mais bien assez pour qu’elle réalise qu’elle ne tiendrait pas beaucoup plus longtemps. Dans un effort presque insurmontable, elle ferma les yeux et se concentra de nouveau, les flammes vacillant légèrement avant de retrouver leur taille initiale.
Elle entendit les grognements étouffés de Valérian cesser à cet instant, comme s’il retenait son souffle afin de ne pas risquer de la déconcentrer. Puis il laissa tomber le bout de tissu qu’il avait à la main et annonça :
_Je vais voir où ils en sont.

*

_Explique-moi ce qu’elle a.
_Pourquoi ? Tu le verras sur place.
Ils devaient crier pour se faire entendre par-dessus le vacarme du vent et de la course des chevaux, malgré la neige qui étouffait en partie les bruits de sabots. Ce fait suffisait à lui seul à alerter Cirménion de la gravité de la situation. Il ne savait pas grand-chose de la fillette brune qui était venue le chercher, mais il se doutait qu’elle n’aurait pas pris le risque d’avancer à cette allure sur un tel terrain s’il n’y avait pas eu de réelle urgence. Poussant sa monture pour la rattraper étant donné qu’elle venait de prendre trop d’avance pour qu’il puisse lui répondre, même en hurlant, il attendit d’être de nouveau à sa hauteur pour expliquer :
_Je pourrai mieux me préparer si je sais à quoi m’attendre.
Après une hésitation, Unélia accepta de répondre :
_Elle ressent de violentes douleurs dans le ventre depuis quelques semaines.
Au silence qui accueillit sa révélation, elle se tourna brièvement vers le médecin, fronça les sourcils en découvrant son expression, à mi-chemin entre la préoccupation et la panique.
_Quoi ?
Il secoua la tête. Quand elle ouvrit la bouche pour insister, il la coupa :
_Tu as raison, j’en saurai plus quand je la verrai.
Absolument pas rassurée, Unélia accepta tout de même de le laisser garder le silence. Si elle se fiait à son air sombre, elle supposerait que ce qu’il aurait eu à dire n’avait rien de positif de toute façon, et elle préférait garder l’espoir autant que possible.

*

_Ils sont passés !
_Quoi ?
_Tu peux arrêter ! C’est trop tard.
Elle hésitait visiblement à suivre la recommandation de son aîné, aussi Alexandre décida-t-il à sa place, l’attirant davantage vers lui dans un mouvement si brusque que sa main quitta le sol, les flammes s’éteignant aussitôt et le cri de victoire général de leurs ennemis leur parvenant presque instantanément. Il ne s’était écoulé qu’une minute entre le moment où Valérian avait annoncé qu’il allait voir où en étaient les affrontements et le moment où il avait révélé que la barrière de feu ne servait plus à rien étant donné que les adversaires des Adalantes avaient fini par la franchir et par reformer les rangs de l’autre côté, mais ce court instant avait suffit à la vider de ses forces pour de bon, aussi n’eut-elle pas le courage de protester. Sans cette information, elle n’aurait de toute façon pas tenu beaucoup plus longtemps. Elle supposait qu’elle devait être soulagée de ne pas avoir eu à essayer, car elle commençait à croire que l’effort aurait fini par la tuer, tout simplement.
Affalée dans les bras d’Alexandre sans réaliser qu’allongé dans la neige, il n’allait pas tarder à être gelé, elle ferma les yeux avec l’intention de reprendre des forces aussi vite que possible pour pouvoir finalement rejoindre les affrontements. Elle les rouvrit en entendant les pas de Valérian s’approcher et le vit s’agenouiller à côté d’eux et poser une main sur son front tout en demandant à son cadet :
_Comment va-t-elle ?
_Mal, fut la réponse succincte lancée d’une voix tendue.
Un hochement de tête accueillit ce renseignement.
_Elle est brûlante.
Elle tenta de leur expliquer que cela allait aller, mais aucun son ne franchit ses lèvres, et ses paupières s’abaissèrent contre sa volonté. Elle voulut bouger, mais ses muscles ne lui obéirent pas. Elle sentit les doigts de Valérian se poser sur sa gorge. Elle essaya une fois de plus de protester, n’y parvint toujours pas. Elle entendit la voix du grand brun comme un écho lointain :
_Son cœur bat trop vite. Elle doit se calmer.
Puis son ton changea, se faisant soudain beaucoup plus doux.
_Ecoute-moi, Chloé. Il faut que tu arrêtes d’essayer de bouger. Ne parle pas, ne lutte pas, contente-toi de rester allongée en silence. Ne pense ni aux affrontements, ni à tes compagnes… A rien. Tu ne leur seras d’aucune utilité si tu essaies de faire le moindre mouvement et que ton corps ne le supporte pas.
Elle aurait voulu se relever, lui dire qu’il avait tort, qu’elle pouvait le faire, qu’elle avait encore des forces en réserve… Mais la combinaison de l’épuisement, de la douleur, de la brûlure qui la parcourait toute entière et de sa voix apaisante eut raison de sa volonté, et elle sombra.

*

_Maintenant !
Le hurlement sauvage lancé par Eléa alors qu’elle arrêtait de son bouclier un coup qui aurait pu lui être fatal fut relayé parmi les Adalantes jusqu’à atteindre le dernier rang. Là, Jelovi cria à son tour, sa voix portant jusqu’aux trois cavalières en retrait qui attendaient précisément cet instant. L’ancienne guide de la tribu revint au combat au moment où les trois Adalantes armaient leurs arcs en même temps puis relâchaient la pression, les trois flèches enflammées s’élevant dans les airs, dans la direction opposée aux affrontements, avant de redescendre dans un arc de cercle parfait. Au cas où ce premier signal n’aurait pas été repéré, elles répétèrent l’opération, puis elles abandonnèrent leurs arcs pour se saisir de leurs épées et de leurs boucliers et se lancer à leur tour, enfin, dans la bataille. Elles avaient conscience de l’importance de la mission qui leur avait été confiée, mais cela ne voulait pas dire qu’elles appréciaient d’être tenues à l’écart. A présent que les flammes s’étaient éteintes, tous les bras disponibles seraient les bienvenus pour tenter de tenir leur position jusqu’à ce que les explorateurs arrivent en renfort.

*

En voyant les trois flèches enflammées se découper sur le ciel sans nuage, suivies de trois autres traits, Mykherm donna à ses hommes l’ordre qu’ils attendaient depuis le début des affrontements. Ils n’avaient aucune idée de la façon dont se déroulaient les combats, ne savaient pas si les Adalantes avaient réussi à éliminer suffisamment d’adversaires et avaient simplement besoin de renforts pour s’assurer la victoire ou si elles avaient lancé le signal parce qu’elles se sentaient perdues et avaient besoin de leur aide pour survivre, et le chef des explorateurs devait avouer qu’il n’était pas ravi à l’idée de se lancer dans la bataille dans ces conditions. Mais il n’avait pas le choix, se rappela-t-il alors que les paroles de la guerrière à la voix envoûtante lui revenaient à l’esprit. Alors il lança sa monture au galop, imité par les autres. Les Adalantes avaient commencé l’assaut à pied parce que d’après les informations de Farciel, leurs ennemis avaient peu de chevaux et que les combats en face à face seraient ainsi facilités, mais ils avaient décidé, en accord avec les guerrières, que la deuxième vague d’assaut devrait se déplacer à cheval. Non seulement ils pourraient ainsi rejoindre le lieu de la guerre plus vite, un avantage non négligeable étant donné qu’ils avaient été forcés de rester cachés relativement loin afin de s’assurer l’effet de surprise, mais ils pourraient aussi, de cette façon, se déplacer rapidement sur le champ de bataille et ainsi frapper avec plus d’efficacité des ennemis mal préparés à leur arrivée.
Cette stratégie semblait d’ailleurs payer, puisqu’ils arrivaient déjà en vue du dernier rang de combattantes. Ils allaient très vite savoir si cette guerre pouvait être gagnée.

*

Quand ses paupières se soulevèrent, la première chose dont elle fut consciente fut le visage d’Alexandre penché vers elle. Puis elle découvrit Valérian, presque au sommet de la colline, probablement occupé à surveiller de nouveau les combats. Elle se redressa dans un sursaut, luttant contre le vertige, et posa la première question qui lui vint à l’esprit :
_Qui gagne ?
_Difficile à dire, mais je pense que c’est nous.
Soulagée par cette information, elle demanda ensuite :
_Combien de temps suis-je restée inconsciente ?
_Deux ou trois heures.
_Et vous êtes restés ici tout ce temps ? Vous auriez pu…
_Nous joindre au combat, oui. Et si quelqu’un t’avait trouvée, tu aurais été complètement sans défense, nota Alexandre.
Elle se mordit la lèvre, en partie reconnaissante de leur protection, en partie agacée d’avoir privé son camp si longtemps de deux combattants de valeur.
_Aide-moi.
Au lieu de protester comme elle s’y était attendue, le jeune chauve se releva et lui tendit une main pour l’aider à faire de même. Elle vacilla sur ses jambes un instant et s’appuya contre lui le temps de trouver son équilibre. Puis elle vérifia que ses épées et son poignard étaient bien en place et elle se dirigea vers Mertao en déclarant d’un ton ferme :
_Allons mettre un terme à cette guerre.
Elle sentit dans son dos le regard échangé par les deux frères, tous deux évaluant s’ils devaient souligner l’évidence : elle tenait à peine debout, rejoindre les affrontements n’avait rien de sage. Finalement, ils durent juger, à juste titre, qu’elle ne les écouterait pas quoi qu’ils disent, et ils la rejoignirent alors qu’elle montait en selle avec un certain soulagement. Vu son état, elle se fiait davantage aux réflexes de Mertao qu’aux siens. S’assurant qu’Alexandre et Valérian étaient en selle eux aussi, elle leur adressa un signe de tête avant de faire prendre le galop à l’étalon, en direction des combats.

*

Les Adalantes cachées dans les montagnes avaient dû comprendre la raison de son départ entre le moment où elle les avait quittées et le moment où elles la virent réapparaître accompagnée du médecin des explorateurs, quelques heures plus tard. L’état de Leïla n’était visiblement plus un secret, et les gardes s’écartèrent pour les laisser passer sans songer à s’interposer. Soulagée de ne pas avoir à négocier le passage de Cirménion, Unélia les remercia d’un sourire crispé alors qu’elle repassait au trot sur les derniers mètres d’un terrain de plus en plus escarpé, consciente que sa monture ne tiendrait plus très longtemps au rythme qu’elle lui avait imposé au cours de cet aller-retour. Elle entendit l’homme derrière elle pousser un soupir de soulagement quand il comprit qu’ils étaient presque arrivés et que les risques de chute venaient de diminuer. Une fois devant Mertia, la fillette arrêta son cheval et sauta à terre sans un mot, tendant les rênes à la doyenne de la tribu qui les accepta tout aussi silencieusement. Cirménion l’imita et la suivit alors qu’elle le menait à l’endroit où se trouvait Leïla lorsqu’elle était partie.
Ils y trouvèrent la guerrière allongée sur un linge qui avait dû être posé à terre par ses compagnes afin de lui assurer autant de confort que possible malgré les circonstances. Unélia sentit les larmes lui monter aux yeux en voyant son amie se tordre de douleur. Cirménion en revanche ne marqua absolument aucune pause, affichant un détachement professionnel qui lui assurerait le maximum d’efficacité. Il s’agenouilla près de la future mère et laissa tomber à ses côtés la sacoche contenant son matériel tout en ordonnant d’une voix autoritaire :
_Faites bouillir de l’eau et préparez-moi des linges propres.
L’une des reproductrices s’exécuta aussitôt. Mertia le rejoignit après avoir attaché leurs montures et s’accroupit de l’autre côté de Leïla, annonçant inutilement :
_Je ne peux rien pour elle.
Il y avait une question dans le ton de ces paroles. Cirménion interrompit la fouille de sa sacoche le temps de regarder la vieille femme dans les yeux, la mine grave, et de répondre :
_Je vais faire de mon mieux.

*

Sur le point de se lancer dans la bataille, Chloé échangea un dernier regard lourd de sens avec Alexandre. Ils savaient l’un comme l’autre que c’était peut-être la dernière fois qu’ils se voyaient, et que même s’ils survivaient à cette épreuve, d’autres les attendaient. Toutefois, ce n’était ni le lieu ni le moment pour les épanchements, aussi s’adressèrent-ils un simple hochement de tête avant d’accorder toute leur attention aux ennemis qui se précipitaient vers eux. La jeune blonde eut encore le temps d’esquisser une grimace en voyant Alexandre encaisser un coup au genou avant de devoir se préoccuper de celui qui s’attaquait à elle. Elle avait mal pour lui en songeant que sa blessure à l’épaule n’était même pas protégée, mais elle savait aussi qu’il avait bien fait de retirer ses bandes et attèle pour le combat : de tels signes de faiblesse sur un champ de bataille équivalaient à dessiner une cible sur la blessure apparente pour signaler aux adversaires qu’ils devaient commencer par frapper là.
Perchée sur Mertao, elle n’avait pas de mal à éviter les coups portés. Malheureusement, ses ennemis le comprirent vite, et l’un d’eux balaya l’air devant lui de son épée, tentant d’entailler les antérieurs de sa monture. L’étalon bai eut heureusement le réflexe de se cabrer. Il resta en équilibre sur ses postérieurs quelques secondes, puis fit un pas en avant et se laissa retomber sur l’homme qui avait essayé de s’en prendre à lui. Chloé aurait voulu le féliciter d’une caresse, mais elle n’en avait pas le temps. Et surtout, elle refusait de prendre le risque d’une nouvelle tentative de ce genre. Aussi sauta-t-elle à terre, évitant ainsi que d’autres s’en prennent à son cheval pour essayer de l’atteindre. Elle entendit Mertao hennir en guise de protestation, mais elle l’ignora pour se concentrer sur ce qu’elle avait à faire.
Elle esquiva facilement une attaque lancée en direction de son cœur, mais constata que l’adversaire avait feinté et profitait de son déséquilibre pour lui balancer en plein ventre la garde de son épée. Une lumière se fit dans son esprit alors qu’elle identifiait le mouvement que Valérian lui avait enseigné. Alors, au lieu de suivre son instinct en luttant contre la chute et en donnant l’occasion à son ennemi de la faire tomber, elle se laissa rouler en avant, fauchant au passage les jambes de son opposant, et elle se releva d’un mouvement souple pour se retrouver au-dessus de l’homme désormais allongé sur le dos. Avec un sourire carnassier, elle l’acheva en lui transperçant la gorge. Il n’avait pas perdu de temps avant de tenter avec elle cette technique qu’il était persuadé qu’elle ne connaissait pas, le grand brun avait eu raison de la leur enseigner, ainsi que la manière de la contrer.
Sa satisfaction fut de courte durée, puisque cette fois deux de leurs ennemis s’attaquèrent à elle en même temps. Si elle repoussa sans peine le premier, le second parvint presque à l’atteindre… Et s’écroula juste avant d’y parvenir. Elle se retourna pour découvrir qui venait de lui rendre ce service. Ses yeux rencontrèrent d’abord quatre jambes. Le temps qu’elle comprenne qu’elles appartenaient à un cheval, son sauveur s’éloignait vers un autre duel… Mais pas assez vite pour qu’elle ne parvienne pas à l’identifier. Aussi furieuse que stupéfaite, elle s’écria :
_Farciel !
En guise de réponse, un bras s’éleva dans les airs, signifiant qu’elles régleraient ça plus tard. Elle aurait voulu s’indigner, mais elle n’en eut pas l’occasion. La bataille l’appelait de nouveau. Avec un juron, elle croisa ses deux épées devant elle afin d’arrêter la lame qui se dirigeait vers son cou, puis elle balança son pied en avant tout en poussant de toutes ses forces sur ses bras, et son nouvel adversaire perdit l’équilibre. Cela lui offrit la seconde de répit dont elle avait besoin pour analyser la situation. Un coup d’œil à droite, puis à gauche, lui apporta une bonne nouvelle : ils étaient en train de gagner.


*

_Il faut que je lui parle. En privé.
A l’opposition qu’elle sentait venir de la part de Mertia, Unélia plaça une main dans la sienne et la força à s’éloigner avec elle, laissant Cirménion seul avec la géante brune. La vision de cette enfant exerçant autant d’autorité sur la doyenne de la tribu aurait pu être comique dans d’autres circonstances, mais Leïla n’avait aucune envie de rire. Après s’être assuré qu’elles étaient hors de portée de voix, le médecin se tourna vers elle et expliqua calmement :
_L’enfant se présente mal. Et trop tôt.
_Vraiment ?
L’ironie contenue dans sa voix ne parvint pas à lui arracher un sourire. Il se contenta de continuer d’un ton toujours dénué d’émotion :
_Si je ne fais rien, vous allez mourir tous les deux.
_Dans ce cas, fais quelque chose.
Pour la première fois, une hésitation.
_L’opération que je veux tenter est risquée. Je ne peux pas garantir…
_Le résultat peut-il être pire ?
_Non.
Elle s’apprêtait à répondre quand une nouvelle vague de douleur la traversa, lui coupant le souffle et la parole. Elle serra le poing si fort que ses ongles s’enfoncèrent dans sa paume, ne lui offrant aucun soulagement. Attendant que la souffrance s’apaise un instant, elle parvint à articuler dans un sanglot :
_Fais-le.
Une nouvelle pause avant qu’il ne commence :
_Tes compagnes…
Il s’interrompit, mais elle avait compris. Il avait raison, s’il tentait quoi que ce soit et que le dénouement n’était pas celui qu’ils espéraient, les Adalantes l’accuseraient de tous les maux et le massacreraient.
_Rappelle Mertia.
Elle l’aurait bien fait elle-même, mais elle n’était pas sûre d’être capable de crier quelque chose de cohérent, elle n’avait plus de force que pour les hurlements de douleur. Le médecin s’exécuta, la vieille femme se présentant aussitôt, accompagnée d’Unélia. Mertia se pencha vers Leïla, consciente qu’elle n’arriverait pas à articuler avec assez de clarté pour qu’elle l’entende sans cela.
_Ecoute… Laisse-le… Laisse-le faire ce qu’il veut. Et protège-le ensuite, si jamais…
_Leïla…
_Ne discute pas ! Quant au bébé… Confie-le à Valérian, je t’en prie.
_S’il s’agit d…
_Quel que soit le sexe.
_Mais je ne peux…
_Cet enfant connaîtra son père !
Choquée par la force de ses paroles, Mertia ne put qu’acquiescer en silence. Leïla n’était pas certaine de son intention de tenir sa promesse, mais elle avait en revanche assez confiance en Unélia pour savoir que la fillette ferait tout ce qui était en son pouvoir pour que sa dernière volonté, aussi atypique soit-elle, soit respectée si jamais elle ne survivait pas. Alors, finalement, elle fit signe à Cirménion. Le médecin lui tendit un morceau de bois qu’elle coinça entre ses dents et, sans plus de préambule, il plongea dans son ventre un instrument pointu.

*

Elle n’eut que quelques secondes pour prendre une décision. D’un côté, elle ne l’appréciait pas et elle était persuadée que son avenir se porterait bien mieux s’il n’en faisait pas partie. De l’autre… Eh bien, non seulement ils étaient censés être alliés en cet instant précis, mais surtout elle n’avait pas le droit de priver Alexandre et Valérian d’un père simplement à cause d’un ressentiment personnel. Alors, au lieu de se détourner du duel dont elle était témoin, elle intervint, lançant son poignard avec une force et une précision mortelles. Il se planta dans le dos de l’homme qui s’apprêtait à achever Mykherm, offrant au chef des explorateurs l’instant de calme dont il avait besoin pour parvenir à se relever. Elle le vit du coin de l’œil chercher d’où était venue la lame qui venait de lui sauver la vie, mais elle avait déjà repris le combat contre un autre adversaire, il ne devinerait pas que c’était à elle qu’il devait la vie. C’était aussi bien ainsi.
Elle s’apprêtait à porter un coup fatal lorsqu’un bruit sourd retentit soudain sur le champ de bataille, et tout le monde se figea un instant, le temps d’essayer de comprendre de quoi il s’agissait. Leurs ennemis furent les premiers à réagir, bougeant soudain comme un seul homme. Quand elle comprit, Chloé sentit ses os se glacer. La retraite. Ils venaient de sonner la retraite.
_Poursuivez-les !
Ses compagnes n’avaient pas attendu l’ordre pour se lancer à la poursuite de ces hommes qui avaient voulu les éliminer. Elles avaient deux excellentes raisons de les empêcher de fuir : s’il y avait des survivants, ils risquaient un jour de révéler aux explorateurs qu’ils n’avaient jamais eu l’intention de les attaquer après la défaite des Adalantes, mettant aussitôt fin à la trêve fragile, et ils pourraient également dévoiler leur existence au monde.
Le problème était simple. Cette guerre ne pouvait se terminer que de deux façons : par la disparition totale des Adalantes et de leurs alliés, ou par celle de leurs adversaires.
La petite blonde se mit à son tour à courir, rattrapant vite l’un des fuyards et l’abattant tout aussi rapidement. Observant à ses côtés puis devant elle, elle constata que ses sœurs faisaient preuve de tout autant d’efficacité. Alors elle se permit de relâcher un peu la pression. Elle ralentit et s’abandonna enfin à l’épuisement qui menaçait de la submerger depuis qu’elle s’était lancée dans le combat. Refusant toutefois de se laisser aller jusqu’à s’effondrer, elle resta debout, ses armes pendant inutilement au bout de ses bras, entourée des cadavres d’ennemis aussi bien que d’alliés, surveillant de loin l’extermination. Elle eut une grimace devant le spectacle morbide. Si ça n’avait tenu qu’à elle, des prisonniers ou même des survivants libres auraient été acceptables, mais elle savait que ce n’était pas une option, pas avec la menace de la vérité qui planait sur elles.
Alors elle attendit jusqu’à perdre de vue leurs ennemis et leurs poursuivantes. Plongée dans ses pensées, elle n’eut pourtant pas la moindre réaction de surprise quand une voix s’éleva à ses côtés. Peut-être était-elle simplement trop fatiguée pour faire preuve de la moindre capacité d’étonnement.
_Ce n’est donc pas une légende. Vous ne faites pas de prisonniers.
_Jamais, confirma-t-elle en se tournant vers Derto. Je vois que tu nous es resté fidèle.
_Je te l’avais dit, répondit-il avec l’ombre d’un sourire. Mon allégeance va au vainqueur.
Elle hocha la tête en silence. Elle s’attendait à ce qu’il s’éloigne, au lieu de quoi il prononça calmement :
_J’ai vu ce que tu as fait pour Mykherm.
_Je ne vois pas de quoi tu parles.
Le début de rictus s’étira jusqu'à former un vrai sourire.
_J’en suis sûr. Toujours est-il que tu as fait le bon choix. Inutile, mais honorable.
Elle fronça les sourcils en se tournant vivement vers lui pour le dévisager. Répéta :
_Inutile ?
Il acquiesça, soudain plus grave.
_Il a été tué quelques secondes après.
_Oh.
Elle ignorait comment elle devait réagir à l’information. Cette perte ne l’affectait pas outre mesure sur le plan personnel, mais entre ce qu’elle représenterait pour Alexandre et Valérian et ce qu’elle risquait de déclencher dans leur camp… Chloé refoula cette pensée. Elle avait subi bien assez de pertes qui la touchaient personnellement aujourd’hui, songea-t-elle en repérant le corps de Borlimaé à quelques pas. Elle n’avait ni le temps, ni l’envie de s’appesantir sur celle de Mykherm. Pas tant qu’elle n’aurait pas à le faire.
_Merci de m’avoir prévenue.
_A ton service.
Il la laissa seule, rejoignant un groupe d’hommes qui commençait à se former à une extrémité du champ de bataille, probablement pour parler de la façon dont ils allaient rapatrier les cadavres pour les funérailles. Les pertes dans leur camp étaient relativement limitées. Comme prévu, malgré la barrière de feu, les Adalantes avaient essuyé le gros des combats. A première vue, Chloé estimait les pertes à trois ou quatre centaines de guerrières. Ce qui, aussi tragique que cela soit, était en fait un moindre mal. Sa gorge se serra alors qu’elle parcourait le terrain et identifiait une à une les victimes. En termes de chiffres, oui, les pertes étaient acceptables. Mais prises individuellement, elles étaient terribles.
Les yeux humides, elle approcha d’Eléa, couverte de sang des pieds à la tête, dont une partie devait être le sien, réalisa-t-elle en remarquant la plaie béante au niveau de son biceps. Alors qu’elle s’apprêtait à lui proposer son aide pour panser sa blessure en attendant qu’on puisse la soigner correctement, la quinquagénaire lui offrit un sourire fatigué en la félicitant :
_Tu as remporté une grande victoire aujourd’hui.
_Nous avons remporté une grande victoire, corrigea la petite blonde.
_C’est la tienne plus que celle de n’importe qui. Sans cette alliance improbable et sans cette stratégie qui n’aurait pas été réalisable sans toi, nous aurions été exterminées. Nous le savons toutes. Certes, l’idéal aurait été que tu tiennes encore une minute ou deux, mais les efforts que tu as fournis sont…
_Comment ça ? l’interrompit brusquement Chloé.
Visiblement prise au dépourvue par son ton sec, Eléa expliqua, hésitante :
_Eh bien, oui, si le feu avait duré encore un peu, nous aurions pu…
Elle se tut en voyant le visage de la petite blonde se décomposer. Confuse, la quinquagénaire attendit sans savoir que faire face à cette attitude. Chloé lui était reconnaissante de son silence, elle en avait besoin pour tenter d’intégrer ce qu’elle venait d’entendre. Après quelques secondes à retourner ces paroles dans sa tête pour leur trouver une autre explication que l’évidence, elle dut admettre qu’elle n’y parviendrait pas. Alors, redoutant de connaître la réponse, elle demanda d’une voix blanche :
_Nos ennemis ne l’avaient pas franchi ?
_Pas encore, non.
La force de son hurlement la surprit elle-même :
_Valérian !
_Je suis là, répondit calmement une voix dans son dos.
Quand elle se retourna, il était en train de s’approcher d’elle, le regard inébranlable. Il avait visiblement suivi toute la conversation et était prêt à tenir sa position. Bouillonnant de rage, elle serra les poings à ses côtés dans un effort pour se contrôler et ne pas le frapper tout de suite. Elle se contenta de le toiser du regard en commençant :
_Tu as…
_Je t’ai sauvé la vie, la coupa-t-il aussitôt. De rien.
Ce fut l’étincelle qui déclencha l’incendie. Son ton totalement maîtrisé et l’arrogance de ses deux derniers mots provoquèrent l’éclat de fureur qui n’attendait que ça pour émerger, et elle franchit les quelques pas qui les séparaient encore pour précipiter un poing vers son visage. Il esquiva facilement, reculant à peine pour éviter l’agression, et la provoqua alors qu’elle tentait de retrouver son équilibre :
_Si tu t’es battue ainsi pendant les affrontements, je suis étonné que tu sois encore en vie.
Si, en temps normal, une telle remarque l’aurait mise hors d’elle et l’aurait poussée à attaquer avec davantage de vigueur, cette fois, elle la priva brusquement de son agressivité, alors qu’elle réalisait qu’il n’avait pas tort… Et que c’était avant tout grâce à lui qu’elle n’avait pas trouvé la mort. Avec son mensonge, il l’avait sauvée par deux fois : sur cette colline, car elle aurait très bien pu pousser son élément jusqu’à en mourir d’épuisement, et sur le champ de bataille, car même si l’utilisation de son don ne l’avait pas tuée, en insistant davantage, elle aurait été privée de toutes ses forces, et elle aurait malgré tout voulu se battre. Déjà qu’elle n’avait pas été au meilleur de sa forme, si elle avait été plus faible encore, elle aurait sans aucun doute trouvé la mort dans l’un de ses duels.
Pouvait-elle vraiment lui en vouloir ? Certes, plusieurs guerrières de la première ligne seraient peut-être encore en vie à l’heure actuelle si elle avait tenu un peu plus longtemps, mais en lui faisant croire que sa contribution était devenue inutile, il lui avait aussi permis, ainsi qu’à lui-même et à Alexandre, de rejoindre les Adalantes et les explorateurs au combat, et qui savait combien de vies ils avaient sauvées à eux trois ? La logique de son mensonge était irréfutable, et après tout, ce qui était fait ne pouvait être défait… Finalement, elle capitula dans un soupir.
_J’aimerais vraiment te haïr, mais je n’y arrive pas.
Il sourit, achevant de détendre l’atmosphère.
_Je te fais confiance pour trouver une punition appropriée. D’ici là, je suggère que nous apportions la bonne nouvelle à tes compagnes et à Leïla.
Elle approuva, la perspective de retrouver son amie effaçant en un instant l’épuisement et la douleur, et elle chercha du regard Alexandre. Le voyant apparaître, tenant par la bride leurs montures, elle sentit un sourire se dessiner sur son visage. Aussi difficile qu’ait été cette journée, songer qu’Alexandre et son frère y avaient survécu allait lui permettre de supporter tout le reste dans quelques jours, lorsque le choc des pertes la frapperait de plein fouet. Elle hésita un instant à les informer du décès de Mykherm, puis songea qu’ils s’en apercevraient bien assez tôt. Les laisser vivre dans l’ignorance quelques heures de plus ne changerait rien, et elle voulait qu’ils savourent leur sentiment de victoire pendant qu’ils le pouvaient. Alors elle sauta sur le dos de Mertao, attendant que Valérian et Alexandre soient en selle à leur tour pour l’inciter à prendre le pas calmement. Ils n’étaient plus en danger, il n’y avait pas d’urgence.

*

A suivre…
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Chlo
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Dim 11 Sep 2011 - 12:12

yes! j'ai doublé six, je serai la première à commenter. Argh! quel chapitre. très clair je t'assure. Même plus que les autres bataille non? lol avec ce que tu disais, je m'attendais à du terrible mais non.

Et puis... argh! Ma leila! Snif. non mais vraiment. Et pouis, sa décision que quel que soit le sexe de l'enfant il connaitra son père c'ets super émouvant.

La technique de la barrière de feu est juste... waouw. Mais on se demande toujours si le frère de chloé et son père étaient dans la bataille ^^ Fin bref. C'est réussi et Valérian a été parfait du début à la fin (non, je ne suis pas de parti pris. je suis amoureuse, nuance)

Pret, t'a intéret à gérer pour la suite hein ^^

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Laenan
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Dim 11 Sep 2011 - 13:10


Edit : Et moi j'ouvre encore une nouvelle page, youhou ! \o/ (j'ai pris un abonnement lol)


Trop cool, encore un chapitre ! Et, plein d'actions, de suspens, de moments forts en émotions, j'adore !!! ♥


Alors, ouais, l'éventualité que Chloé puisse finalement changer d'avis m'avait aussi traversée. Après tout, maintenant qu'elle est guide et si elle gagnait la guerre contre les nouveaux venus, 'y avait de fortes chances pour qu'elle ne souhaite pas abandonner ses soeurs. D'un autre côté, est-ce qu'elles lui auront vraiment pardonné tout le reste ?
Le mieux se serait que les Adalantes acceptent de vivre avec des hommes mais là on nagerait en plein délire ! lol

Le petit moment "désespoir d'Alexandre", j'adore ! Juste avant l'attaque, c'est vraiment le moment de se bisouiller ! Laughing

Ah nan hein ! J'ai dit que j'étais pas d'accord ! Leïla ne mourra pas, c'est moi qui décide !
(Nan mais oh, c'est quoi ça, une auteure qui croit qu'elle peut faire ce qu'elle veut, où va-t-on ??? Razz )

Ahah ! Bien le plan ! Moi je croyais qu'elle avait opté pour tous les brûler vifs mais effectivement la barrière c'est plus efficace (et au moins ça sent pas le cochon grillé, hum...).

Bonne idée d'aller chercher le médecin. Elle est pleine de ressources cette petite Unélia ! Smile
Et lol sa conclusion quant à l'issue d'un éventuel duel entre eux deux !

Rho, trop mignon le moment après les combats entre Valérian et Alexandre et les éclaireurs ! ♥

3h et ça repart ! Ben elle récupère assez vite la petite blondinette, dis donc ! J'étais persuadée qu'elle allait louper la bataille avec ça. Mais tant mieux, même si ça s'annonce plutôt bien, du renfort ne sera pas mal venu !

Ah, Farciel qui n'a rien écouté, Chloé n'est pas une chef à l'autorité aussi affirmée qu'on le pensait lol
Conclusion : les Adalantes n'ont pas besoin d'elle, c'est Alexandre qui va être content ! Laughing

Citation :
_Ecoute… Laisse-le… Laisse-le faire ce qu’il veut. Et protège-le ensuite, si jamais…
_Leïla…
_Ne discute pas ! Quant au bébé… Confie-le à Valérian, je t’en prie.
_S’il s’agit d…
_Quel que soit le sexe.
_Mais je ne peux…
_Cet enfant connaîtra son père !
Oh p**** de m**** ! Sad Leïla est encore plus amoureuse que je le pensais, cet échange est trop... waouh !
Mais ça sent le roussi pour elle... Crying or Very sad Si elle meurt je m'en remettrai pas ! (Je t'enverrai les factures de mes séances chez le psy ! lol) T'écoute vraiment rien hein ?! Pff... Vilaine. ^_^

Elles sont dures les Adalantes quand meme. On comprend qu'elles doivent tuer tous leurs ennemis mais bon... Je pensais que ça soulèverait un peu plus de réaction du côté des Explorateurs aussi. Genre : "Quoi ? Vous faites pas de prisonniers ? Vous êtes des monstres ! A mort !" xD
Mykherm mort, bien fait ! Niarkniarkniark ! (Et au moins sa BA ne sera pas passée inaperçue meme si elle était inutile huhu)
Et alors Valérian qui a menti à Chloé, ça j'ai halluciné ! Lui, mentir ? Un garçon si... si... Enfin, voilà quoi ! Un garçon honnête ! Moi j'aurais voulu qu'elle réussisse à le gifler (le coup de poing c'était un peu trop violent Laughing ) juste pour dire ! Mais bon, il avait raison... D'un autre côté, j'ai vraiment cru qu'il disait vrai, je me suis sentie trahie aussi ! mdr (Ouais, je vis ma lecture et alors ???)

Citation :
Ils n’étaient plus en danger, il n’y avait pas d’urgence.
Pensez-vous ! Crying or Very sad Quand ils vont arriver Leïla sera déjà morte parce qu'ils ne se seront pas pressés et ils n'auront pas pu lui dire adieu, le bébé prématuré sera malade, Valérian va faire une dépression nerveuse et va se suicider et le bébé sera orphelin, Chloé va sombrer dans l'alcool parce qu'elle n'aura pas dit au revoir à sa meilleure amie et la vie sera trop cruelle ! C'est la fin du moooonde ! * part en sanglotant *

Tu peux pas couper l'histoire à ce moment-là, espèce de sadique ! T'as vu les films qu'on se fait à cause de toi après ?! Razz

Pitié Pret', poste vite la suiteeeeeee ! (Que je puisse moi aussi sombrer dans l'alcool en apprenant la mort de Leïla lol)


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Sixpence
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Lun 12 Sep 2011 - 16:23

Aaah, ouais, très cohérent cette possibilité que Chloé devienne une guide de choix dans le futur s’ils devaient gagner les combats. Du coup, même si Chloé était déterminée à partir avec lui, est-ce qu’Alexandre ne ferait pas le choix raisonnable de s’en aller seul ?

C’est syyyyympa d’émettre ce genre de suppositions avant « le carnage » mdr !
Chlo va te tuer Prêt’ si tu touches à Leïla mdr ! Tu n’écoutes pas les menaces des chlexeuses ???

Que d’angoisse maintenant ! Après je sais bien qu’il faudra des morts, mais je pensais que se serait sur le champ de bataille !

Aaaaaah, bien joué le coup du pouvoir de Chloé, je ne m’y attendais que moyennement, et puis il vaut mieux une Adalante hors-jeu pendant quelques heures et une bonne stratégie avec un élément de poids pour eux, qu’un massacre immédiat !

Preeeeeeeeeet’ the stress ! Chloé est quand même dans une situation horrible ! Il n’y a que deux personnes pour la protéger, les deux personnes qu’elle aime le plus et qui sont aussi les plus menacés du coup, et elle doit absolument restée concentrée et comme tout est écrit de son point de vu, le lecteur est coincé et ne sais pas non plus ce qui se passe ! Énorme ! C’est juste génial !

Oooh la vache ! tu vois je pensais pas que Borlimaé y passerait aussi vite ! Comme tu dis, leur stratégie s’essouffle dangereusement là ! Et on a pas encore de bilan des pertes des assaillants jusque là, mais j’imagine que ce n’est pas énorme.

Ce passage est tout simplement sublime ! Lorsqu’Alexandre revient auprès de Chloé pour essayer de lui faire entendre raison et pour la soutenir, wouaaah j’adore ! Je pense qu’avec ce passage ça résume parfaitement la force de leur affection l’un pour l’autre.

Bon, maintenant j’ai peur pour Chloé qui va se jeter dans le combat alors qu’elle était à moitié morte deux heures plus tôt, et j’imagine très bien que ses deux « gardes du corps » vont poursuivre leur mission même contre l’avis de Chloé.

Et je ne sais pas pourquoi mais je sens que l’avantage du combat va tourner en leur défaveur, je trouve tout ça un peu facile pour l’instant, j’espère me tromper et que c’est mon esprit sadique qui ressort…

Quoi que, ça pourrait pas trop mal se passer du côté de la guerre puisque du côté de Leïla c’est quasiment « mort ». Se serait un juste équilibre des forces dans ton histoire mais c’est un choix auquel je ne me serais pas attendue du tout !

Je pense que tu vas être contente de savoir que je suis en méga stress pour les scènes de combat, c’est bien, ça me permet de faire un premier travail d’observation quand j’en viendrais à ça dans mes fics ! Très facile à suivre en tout cas ces combats, sont bien décrits comme il faut.

O_O ! vaaaaaaache ! tu as tué Mykherm ! tu as osé ! Enfin oui, je m’attendais à ce que tu en arrives là un jour ou l’autre, mais pareil, je m’attendais à ce que ça tombe à un autre moment, qu’on verra son décès et pas que ça sorte de la bouche du petit rigolo de service ! Du coup le commandement va revenir à Valérian en toute logique…

Oh puuuutain ! Alors là tu nous ponds un truc énorme ! Valérian qui, pour sauver Chloé, décide de mentir, mais déjà, quand il saura pour la mort de son père, peut-être qu’il va changer sa façon de réagir, mais en plus quand il saura pour Leïla…..tu vas pas nous préparer un retournement de situation à 360° où Valérian s’assombrirait heeeeeeeeeeein ? heeeeeeeeeeeeeeeein ?

Booooooon, au moins tu nous achèves le chapitre, pas de tension supplémentaire avec un cliff, ça va !

Super en tout cas ! Comme toujours ! vivement la suite !
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Ven 16 Sep 2011 - 21:47

Rhalala quelle fin !

C'était effectivement dense mais parfaitement clair.
J'ai adoré. Et j'attends la suite avec impatience.

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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Dim 18 Sep 2011 - 14:15

Je cours me mettre à l’abri, parce que je sens venir les menaces de mort à des kilomètres. A celles qui ont mis l’accent sur mon sadisme : vous me connaissez trop bien !
Chlo, pitié, ne me tue pas, sinon y’aura pas de 3ème partie (et bravo pour avoir réussi à feeder preum’s mdr) Pour rappel, le père de Chloé il y a quelques chapitres on a appris qu’il était mort depuis plusieurs années. Quant à son frangin… No comment Smile
Laenan, j’étais ptdr sur tes commentaires, surtout la fin… désolée pour les futurs problèmes d’alcoolisme que je vais causer chez des gens fictifs ou réels
Six’ comme toujours super constructif, j’adore, merci Very Happy et oui j’avais pensé à des combats plus problématiques mais en effet fallait équilibrer un peu. Ravie d’arriver à te surprendre de temps en temps Wink
Alexiel, merci, ça me rassure, j’ai toujours peur de pas être claire quand il se passe plusieurs choses en même temps
Au passage : certains feeds vont bientôt être plus longs que mes chapitres, vous êtes cinglées… et c’est pour ça que je vous aime !
Sur ce voici donc (déjà) l’épilogue. Pendant un moment, je vais me consacrer à mes autres fics (genre sous couverture, des siècles de légende et ce fichu défi lol), donc la dernière partie de la trilogie n’arrivera pas tout de suite, mais elle est bien prévue, même si l’ambiance sera sans doute un peu différente…
Encore une fois merci pour votre soutien, aussi passionnante que soit cette histoire à écrire, elle est tout aussi épuisante et sans vous y’aurait jamais eu de suite (déjà que les chapitres mettent un an à arriver, vous imaginez si vous étiez pas là ?! Wink )
Bonne lecture !
PS : si si, j’écoute les menaces, je viens d’investir dans un gilet pare-balles

Epilogue


Il ne lui fallut pas plus d’une seconde pour réaliser que quelque chose n’allait pas, mais il se garda de faire un commentaire. Il pouvait se tromper… Même s’il en doutait. La première Adalante qui l’avait aperçu s’était aussitôt emparée de son arc et d’une flèche, prête à l’embrocher sur place, avant de le reconnaître et de réaliser qu’il ne s’agissait pas d’une attaque. Sa réaction avait alors été pour le moins déconcertante : au lieu d’annoncer son arrivée à ses compagnes pour le signe de victoire qu’elle était, elle avait simplement abaissé son arme et secoué la tête dans une attitude abattue. Fronçant les sourcils, Alexandre accéléra, espérant que son empressement passerait inaperçu aux yeux de Chloé et Valérian qui le suivaient d’un peu plus loin, occupés à se chamailler en négociant sur la punition appropriée pour le mensonge de son frère. La petite blonde optait pour que Leïla fasse de sa vie un enfer pour un minimum de trois mois, alors que son aîné estimait qu’ils n’avaient pas à entraîner une tierce personne dans leur dispute. Alexandre le soupçonnait de simplement essayer de faire évoluer la vengeance dans une autre direction parce qu’il savait de quoi était capable la mère de son enfant et qu’il préférait avoir affaire à Chloé uniquement.
Comme il s’y était attendu, ni l’un ni l’autre ne remarqua qu’il les distançait, pas plus qu’ils n’accordèrent d’attention aux guerrières qu’ils croisèrent. Leur simple présence était suffisante pour annoncer la victoire, ils n’estimaient sans doute pas avoir besoin de parler avec les Adalantes tant qu’ils n’auraient pas réglé leur différend.
Alexandre profita de leur distraction pour accélérer davantage, poussant sa monture à la limite du trot. Après avoir dépassé une vingtaine d’autres femmes armées, uniquement guidé par la faible lueur de la lune, il arriva à l’endroit qu’il visait, celui où étaient rassemblées les reproductrices, profitant d’un terrain relativement plat et étendu entre deux parois rocheuses pour discuter en cercle. Il descendit de cheval et s’apprêtait à poser une question sur l’étrange ambiance qui semblait régner parmi le groupe lorsque plusieurs femmes s’écartèrent devant lui, lui révélant la raison de leur humeur sombre. Le choc le figea sur place avant qu’il ne parvienne à articuler :
_Est-ce qu’elle est…
Il n’eut pas le courage de finir sa phrase, mais il n’en avait pas besoin. Cirménion, l’une des dernières personnes qu’il s’était attendu à trouver ici, hocha la tête en venant à sa rencontre. Il s’apprêtait à lui fournir des explications, mais le jeune chauve l’arrêta d’un signe de la main en lui tendant les rênes et en le contournant pour aller s’agenouiller auprès du corps, toujours si abasourdi qu’il ne parvenait même pas à comprendre ce qu’il avait sous les yeux. Ce fut une voix familière qui le tira de sa torpeur.
_Que se passe-t-il ici ?
Il se ressaisit aussitôt à la question de Valérian, bondissant sur ses pieds et s’éloignant, espérant que son corps suffirait à masquer cette vision aux deux arrivants. L’attitude de son frère n’exprimait pour l’instant qu’une vague curiosité, mais ça n’allait pas durer. En effet, le grand brun sembla déchiffrer son expression accablée et il arrêta à son tour sa monture, imité par Chloé. Tout en mettant pied à terre, il demanda d’un ton laissant transparaître l’angoisse naissante qu’il tentait de maîtriser :
_Alexandre ?
Le cadet des deux frères s’approcha, toujours incapable de prononcer un mot. Il n’eut pas le temps de réagir lorsque la petite blonde adopta brusquement un pas de course pour le dépasser, ayant sans doute aperçu ce qu’il avait inutilement tenté de leur cacher. Sachant qu’il ne pouvait plus rien de ce côté, il se tourna de nouveau vers son frère, affronta son regard, et retrouva finalement la capacité de parler, sa voix rendue rauque par l’émotion :
_Valérian, je… Je suis désolé.
Au même moment, la voix de Chloé s’éleva sur un cri déchirant. Comprenant enfin, ou plus probablement ne pouvant plus nier ce qu’il soupçonnait depuis déjà quelques instants, Valérian se précipita à son tour, pour être aussitôt intercepté par Alexandre, qui l’empêcha de passer d’un bras enroulé autour de sa taille.
_Non.
_Lâche-moi !
Le grand brun se débattit, ses mouvements trop erratiques manquant d’efficacité alors que sa vision se voilait. Son cadet le força à reculer et se plaça devant lui, les mains posées sur ses épaules aussi bien pour le retenir que pour le forcer à lui faire face. Il attendit que son attention se focalise sur lui pour prononcer doucement :
_Tu n’as pas besoin de voir ça.
Ce fut comme si on avait jeté un seau d’eau sur une minuscule étincelle. Valérian s’éteignit, s’affalant alors que la réalité de ce qu’il avait compris le frappait de plein fouet. Alexandre le rattrapa avant qu’il ne touche le sol et l’enferma entre ses bras dans une étreinte destinée autant à le soutenir physiquement qu’à lui apporter un maigre réconfort moral. Le répit ne dura qu’une ou deux secondes avant que le grand brun ne se reprenne et ne parvienne à se dégager en écartant son frère d’un geste violent. Sachant qu’il ne pouvait repousser davantage l’échéance, Alexandre ne chercha pas à le rattraper, se contentant de le talonner alors qu’il franchissait les quelques pas qui les séparaient de Chloé et du cadavre auprès duquel elle était agenouillée. Valérian se laissa tomber de l’autre côté de la dépouille et serra la main de la défunte entre les siennes, totalement fermé à tout ce qui se trouvait autour de lui à l’exception de ce corps sans vie. Le simple fait d’avoir à affronter la mort de Leïla était déjà suffisamment dévastateur, mais l’état dans lequel elle se trouvait… Cette plaie béante, ce visage tordu dans une expression de douleur à jamais figée, et le sang, tellement de sang… A en croire son absence de réaction, Valérian n’entendit même pas la voix brisée de la petite blonde qui demandait :
_Que s’est-il passé ?
La question ne s’adressait à personne en particulier, mais Cirménion commença :
_L’accouchement se passait mal. J’ai dû l’opérer et…
_C’est toi qui lui as fait ça ? réagit aussitôt Chloé, se levant brusquement et se précipitant sur lui sans chercher à en entendre davantage.
Ses mains ne se trouvaient qu’à un souffle de la gorge du médecin quand l’ordre claqua :
_Stop !
La petite blonde s’arrêta net plus par surprise que par obéissance, son regard se détournant de sa cible pour s’abaisser sur la fillette qui venait d’apparaître, légèrement en retrait. Les yeux rougis par les larmes, Unélia approcha tout en expliquant d’une voix trop calme :
_Elle lui en avait donné l’autorisation. Déteste-le si tu le souhaites, mais ne trahi pas la mémoire de Leïla en bafouant ses dernières volontés. D’autant que sans lui…
Stupéfaite, Chloé vit le début d’un triste rictus se dessiner sur les lèvres de l’enfant alors qu’elle faisait signe à l’une des femmes se trouvant derrière la petite blonde. Le commentaire qu’elle s’apprêtait à lancer sur le manque de respect de ce sourire étant donné les circonstances resta bloqué dans sa gorge lorsqu’elle se retourna. Mertia venait de surgir du groupe de femmes, serrant contre elle ce qui aurait pu passer pour un simple amas de tissu sans la petite main qui en dépassait.
_Est-ce que c’est…
_Le fils de Leïla, oui. Et il est en pleine forme. Petit, mais en parfaite santé, assura Cirménion.
Si ces mots ne suffirent pas à tirer Valérian de son état léthargique, le son suivant en revanche accomplit ce miracle. Le bébé poussa un cri perçant qui fit vivement relever la tête au grand brun. S’il n’avait jusque là pas détaché son regard de la dépouille, ses yeux se posèrent alors sur Mertia et s’écarquillèrent à l’extrême. Il se leva, titubant, et se posta devant la vieille femme, ignorant le coup d’œil qu’elle échangea avec Unélia tout autant que le hochement de tête de la fillette. Comme hypnotisé, il leva lentement une main et effleura les doigts minuscules qui émergeaient de l’enveloppe de tissu, sursautant à la chaleur de ce contact, après le froid glacial de la peau de Leïla. S’approchant à son tour, Chloé le vit déglutir difficilement, tenta de prononcer un mot, n’en trouva aucun qui soit approprié. Valérian en revanche parvint à articuler :
_Un fils…
Mais ces deux syllabes furent la seule chose cohérente qu’il prononça avant que les larmes ne se mettent à rouler librement sur ses joues et qu’il ne s’éloigne en courant. Désemparée, Chloé le regarda partir sans savoir que faire. Alexandre sembla hésiter lui aussi, ne sachant s’il devait le suivre ou assurer son soutien à la petite blonde, qui traversait elle aussi l’instant le plus difficile qu’elle aurait probablement jamais à vivre. Elle lui épargna le choix en désignant d’un geste du menton la silhouette de Valérian. Il la remercia en hochant la tête et partit à la poursuite de son frère, déterminé à ne pas le laisser s’échapper. Dès qu’ils furent tous les deux hors de vue, Mertia prit la parole :
_Bien, Chloé, comme le médecin l’a annoncé, il s’agit d’un mâle. Tu sais ce que cela signifie.
Outrée qu’elle ose ne serait-ce que penser à formuler ces paroles dans une telle situation, Chloé ouvrit la bouche mais la referma sans trouver de termes assez violents pour ce qu’elle avait à exprimer. La doyenne de la tribu continua comme si de rien n’était :
_La mère étant décédée, c’est à son amie la plus proche que revient la tâche de se débarrasser du garçon. Je te le confie donc.
Sur ce, elle plaça de force l’enfant dans les bras de Chloé qui, ne comprenant absolument pas ce qui était en train de se passer, ne put que le blottir contre elle et le fixer avec un mélange de terreur et de stupéfaction plus puissant que tout ce qu’elle avait pu ressentir au cours de ses vingt années d’existence, son regard plongeant dans les deux billes noires qui la fixaient avec une confiance absolue. Craignant d’avoir mal interprété ses paroles, elle finit par réussir à lever les yeux pour rencontrer ceux de Mertia, qui lui offrit un sourire empreint d’une dose égale de tristesse et de bienveillance. Déboussolée, la guerrière se détacha de la vieille femme pour observer les autres personnes qui les entouraient et constata que celles qui ne détournaient pas le regard pour dissimuler leur chagrin lui accordaient des signes d’encouragement.
Elles étaient réellement en train de sauver la vie à cet enfant, réalisa-t-elle, hébétée. Techniquement, elles n’enfreignaient même pas les lois. C’était vrai : Leïla n’ayant pas survécu à l’accouchement, c’était à elle d’aller abandonner l’enfant à sa mort. Tout le monde ici savait qu’elle n’en ferait rien, mais personne ne faisait mine de s’opposer à son intervention. L’émotion qui la saisit alors lui fit presque oublier pour un instant le décès de son amie, les larmes qui lui échappèrent exprimant davantage de gratitude que de tristesse… Jusqu’à ce qu’un coup d’œil sur le corps allongé lui rappelle pourquoi elle se trouvait dans cette situation et que les sanglots redoublent, la secouant toute entière. Elle se laissa glisser à terre, l’enfant serré d’une façon protectrice contre elle, elle enfouit son visage dans la couverture qui l’enveloppait, et elle pleura toutes les larmes de son corps alors que les autres personnes présentes s’éloignaient une à une, la laissant respectueusement seule avec sa détresse.

*

_Valérian ! Attends-moi !
Impossible de savoir s’il ne l’entendait réellement pas vu son état ou s’il faisait le sourd, mais dans tous les cas, le résultat fut le même : il continua sur sa lancée sans faire mine de le laisser le rattraper. Alexandre trébucha sur une pierre roulante, tenta de rétablir son équilibre, ne rencontra qu’un terrain glissant à cause de la neige, et tomba. Il eut le réflexe de n’utiliser que sa main gauche pour se rattraper, son bras droit étant toujours trop sensible pour ce genre d’acrobaties. La chute ne fut donc pas grave, mais elle signifiait qu’il perdait toutes ses chances de réduire la distance entre lui et son aîné. Se redressant, il s’apprêtait à se lancer encore une fois à sa poursuite malgré tout, quand Valérian s’écroula à son tour… Mais avec un peu d’aide. Surpris, Alexandre se remit à courir pour rejoindre son frère ainsi que la guerrière qui avait étendu un bras au niveau de ses pectoraux pour interrompre sa fuite. Alors que le grand brun crachait ses poumons suite au choc et roulait sur le côté pour faciliter sa respiration, Alexandre se concentra sur l’Adalante, qui eut un sourire en tendant une main.
_Bonjour Alexandre.
Il serra la main offerte, un sourcil haussé en guise d’interrogation. Il avait rencontré beaucoup d’Adalantes au cours de leur séjour au campement, et il devait avouer qu’il n’avait pas retenu tous les noms.
_Bonjour… ?
_Lonia.
_Bonjour Lonia.
_Je suppose que c’est après lui que tu courais ?
_En effet. Merci de ton aide. Mais pourquoi… ?
Un haussement d’épaules accueillit l’ébauche de question.
_Un réflexe. Je vois un homme qui essaie de s’enfuir, je l’en empêche.
_Logique, commenta Alexandre dans un sourire avant de se faire plus grave, la situation dans laquelle se trouvait son frère lui revenant une fois la surprise de cette rencontre inopinée passée.
Percevant le changement, Lonia annonça :
_Je pense que vous avez beaucoup à vous dire. Je retourne à ma corvée de garde.
Elle s’éloigna ensuite sans une parole de plus, les laissant seuls tous les deux. Déconcerté par cette attitude étonnamment courtoise, Alexandre l’observa un instant avant de renoncer à résoudre le mystère et de s’accroupir aux côtés de son aîné, qui venait de se redresser en position assise et se passait une main à l’endroit où elle avait frappé pour s’assurer qu’il n’avait rien de cassé. Après un long moment, ne supportant plus le silence, le jeune chauve commenta :
_Bel arrêt.
Cela lui valut un regard meurtrier et il leva une main en signe d’apaisement. Il savait que feindre la légèreté n’était pas la bonne manière de procéder, pas cette fois, mais il y avait si longtemps qu’il n’avait pas eu à prendre soin de son frère qu’il ne savait pas comment réagir. D’ordinaire, les rôles étaient inversés. Finalement, il poussa un soupir.
_Ecoute, commença-t-il.
_Ne dis rien.
_Mais…
_Je t’en prie. Rien ne la ramènera.
_C’est vrai, admit Alexandre, s’efforçant de rester rationnel face à la voix brisée de son aîné. Rien ne changera ce qui s’est passé. Alors cesse de fuir et regarde plutôt vers l’avenir.
Il était bien conscient que c’était un conseil plus facile à donner qu’à recevoir, pourtant ces paroles semblèrent l’atteindre au moins partiellement, et Valérian se détourna, son regard se perdant dans le vide alors qu’il méditait sur l’avenir. Son cadet ne prétendait pas comprendre ce qu’il ressentait, mais il pouvait facilement analyser une partie de ses pensées. L’avenir, sans Leïla, lui semblait tout simplement inimaginable. La seule idée de se lever chaque jour en sachant qu’elle n’était plus là était inconcevable. La douleur le rongeait de l’intérieur, le faisant même douter de sa propre volonté de survivre à cette épreuve insurmontable. Et ce n’était pas en prétendant qu’avec le temps tout s’arrangerait qu’il parviendrait à l’atténuer. Toutefois, un élément de taille venait perturber cette dépression naissante. Un élément pour lequel Alexandre n’exprimerait jamais assez sa reconnaissance, car il savait que sans cela, son frère se serait définitivement laissé sombrer. Un élément qui poussa un nouveau cri, loin derrière eux, cherchant sans doute à les informer de sa faim. Alors, refusant de le laisser davantage s’enfoncer dans le chagrin en sachant qu’il aurait tout le temps du retour pour cela, le jeune chauve gratifia son frère d’une claque dans le dos et le força à se relever en lâchant :
_Viens. Ton fils te réclame.

*

C’était injuste.
Voilà tout ce qu’elle parvenait à penser.
Leïla était censée être la seule d’entre eux à être en sécurité.
Injuste.
Malgré l’émotion de l’instant, malgré les enfants en pleurs autour d’elle, malgré les visages déchirés par la peine, elle avait les yeux secs. Elle avait passé la majeure partie de ces quatre derniers jours à se vider de ses larmes, elle n’avait plus la force d’exprimer quoi que ce soit.
Lorsque les éclairs frappèrent les échafaudages, enflammant aussitôt le bois, elle eut un geste de remerciement à l’adresse de Farciel. Elle aurait voulu s’en occuper elle-même, mais elle n’en avait pas le courage. Dire adieu à Zaniria avait été difficile au-delà des mots, mais son décès était survenu sur le champ de bataille, une mort presque normale pour une Adalante. Alors que Leïla…
Injuste.
Comme lors des funérailles de Galothène et Dahomé, elle ne traversait pas l’épreuve seule. Alexandre se tenait derrière elle, ses bras refermés sur son corps, l’emprisonnant dans son étreinte, lui apportant tout le soutien qu’il pouvait lui offrir. Aucune des guerrières présentes n’avait ne serait-ce que pensé à exprimer son opposition à la présence d’un homme… De deux hommes. De trois, en fait, se corrigea-t-elle en laissant son regard se poser sur Valérian et sur la petite silhouette blottie en sécurité dans ses bras.
Le grand brun était impassible. Comme elle, il avait épuisé ses réserves de cris, de pleurs et d’accès de violence. Il ne restait guère que l’ombre d’un homme prêt à accomplir machinalement les tâches nécessaires à sa survie uniquement pour le bénéfice de cet être qui dépendait désormais de lui. Elle en était soulagée. S’il avait essayé de s’isoler chaque fois que le désespoir prenait le dessus sur son devoir de père, il n’y était pas systématiquement parvenu, et elle trouvait son naufrage plus perturbant encore que sa propre détresse. Voir cet homme fort, insouciant et courageux perdre pied à ce point, c’était… C’était plus que ce qu’elle pouvait endurer dans son état.
Injuste.
Alexandre faisait de son mieux pour les soutenir tous les deux, mais à part la tenir contre lui alors qu’elle sanglotait pendant des heures jusqu’à sombrer dans un sommeil peuplé de cauchemars, et la tenir encore quand elle se débattait contre un ennemi invisible en dormant, et la tenir encore lorsqu’elle se réveillait en sursaut et tentait de s’enfuir, il ne pouvait pas faire grand-chose. Elle le savait désemparé face à ce qu’elle vivait, mais bien qu’elle ne le lui ait pas dit, il l’aidait plus qu’elle ne pouvait l’exprimer.
Il y avait plusieurs centaines de guerrières sur ces immenses échafaudages, mais Chloé ne parvenait pas à détourner son regard du drap blanc sous lequel elle savait que le corps de Leïla reposait.
Injuste.
Le doux crépitement des flammes finit par se muer en craquements plus marqués, et Chloé eut un haut-le-cœur en comprenant que les édifices n’allaient pas tarder à s’écrouler, leur base trop malmenée par le feu pour qu’ils restent solides. Cela signifiait la fin imminente de la cérémonie, le dernier adieu à celle qu’elle avait considérée comme sa sœur, le début d’un deuil qu’elle ne se sentait pas prête à entamer. Mais malgré ses supplications silencieuses pour que ce moment dure aussi longtemps que possible, le premier bûcher finit par s’effondrer, rapidement suivi par les autres. Elle sentit Alexandre l’enlacer plus fermement et, incapable d’assister au spectacle, elle se retourna dans ses bras pour se blottir contre son torse, son visage dissimulé au creux de son épaule. Il posa le menton sur ses cheveux, marmonnant des paroles de réconfort sans aucun sens alors qu’elle l’entourait de ses bras et serrait de toutes ses forces, cherchant à s’assurer de sa présence, s’accrochant à lui comme s’il représentait son seul espoir de survivre à cette épreuve.
Après de longues minutes au cours desquelles elle souhaita avoir encore quelques larmes à verser pour tenter de soulager son corps de l’épuisement et de la tension, une main légère se posa sur son épaule et elle quitta à regret son refuge, le jeune homme relâchant son étreinte pour la laisser se tourner vers Farciel. La guerrière au teint mat annonça alors de cette voix de velours rendue plus grave encore par la souffrance :
_C’est fini.
Un coup d’œil lui apprit qu’elle avait raison. Il ne restait plus que des braises à l’endroit où s’élevaient en début de soirée les édifices, ainsi que quelques rares flammes résistant encore. Chloé hocha la tête et adressa un regard à Valérian, qui parvint à former un minuscule demi-sourire lorsque l’enfant s’agita dans ses bras avant de se rendormir. Puis elle laissa Alexandre la guider vers sa tente pour l’obliger à prendre un peu de repos. Elle ne se débattit pas, sachant qu’elle devait reprendre des forces si elle voulait être présente pour lui comme il l’avait été pour elle. La journée du lendemain s’annonçait plus difficile pour lui : ce serait au tour des explorateurs de dire adieu à leurs disparus.

*

_Que va-t-il arriver à votre groupe ?
Chloé jeta un regard noir à Farciel à cette question adressée à Alexandre. Elle était curieuse elle aussi, mais elle s’était abstenue de formuler à voix haute ses interrogations, ne sachant comment les deux frères réagiraient à l’évocation de la mort de leur père. Malgré les inquiétudes de la petite blonde, il resta stoïque et haussa les épaules tout en maintenant l’allure de son cheval.
_Le commandement devrait revenir à Valérian, mais…
_Mais je n’en veux pas, termina l’intéressé.
Il avait pensé que son frère ne se préoccupait pas de la conversation, il avait eu tort. Il ignorait si son ton neutre était bon signe ou non. Il savait qu’il aurait besoin de temps pour surmonter la mort de Leïla, mais il devait avouer que l’apathie qui semblait l’avoir saisi lui faisait peur. Il espérait sincèrement que l’enfant installé contre lui dans un dispositif de soutien prêté par les Adalantes l’aiderait à redevenir lui-même.
_Dans ce cas, es-tu le nouveau chef ? demanda alors Unélia, qui chevauchait à ses côtés.
_En théorie, oui.
_Et en pratique ? renchérit Eléa, l’une des rares Adalantes à parcourir avec eux le chemin jusqu’au campement des explorateurs.
Il échangea un regard avec Chloé, qui l’observait en silence depuis que le sujet avait été lancé, s’efforçant de contenir ses questions et commentaires. Il savait ce qu’elle essayait de faire, ne pas le presser, attendre qu’il s’ouvre de lui-même, mais c’était en vain. Il ne s’ouvrirait pas, pour la simple raison qu’il n’avait rien à évacuer. Apprendre la mort de son père avait été un choc, certes, mais il s’était vite remis. Il y avait longtemps qu’il avait accepté que son géniteur ne lui offrirait jamais l’affection dont il aurait eu besoin, et si sa disparition le troublait, elle n’était pas aussi dévastatrice pour lui que celle de Leïla l’était pour la petite blonde ou pour Valérian. Et il savait qu’il en était de même pour son frère. De toute façon, rien n’aurait pu l’atteindre aussi profondément que la mort de sa compagne, la disparition de Mykherm n’approchait en rien l’intensité de la douleur provoquée par la vision de ce cadavre éventré.
_En pratique, je compte quitter le groupe.
Ignorant l’exclamation d’Unélia, il vit Chloé acquiescer sans un mot, apparemment peu surprise par cette décision qu’il n’avait pourtant pas encore partagée avec elle. Il l’avait longtemps pesée, avant même d’apprendre que son père avait été tué, et il en était arrivé à la conclusion qu’il n’avait plus assez en commun avec ces hommes pour les assurer de sa loyauté. Il en avait discuté une ou deux fois avec Valérian, et il savait qu’il partageait son opinion. Quoi que finisse par choisir la petite blonde, qu’elle change d’avis ou non, il se détacherait des explorateurs pour suivre son propre chemin, accompagné de son frère et, même si le terme sonnait encore bizarrement dans son esprit, de son neveu. A cette pensée, il laissa son regard s’attarder sur le bébé, se souvenant de la discussion entretenue deux jours plus tôt avec son frère.
_Comment vas-tu l’appeler ?
_Chloé a fait une suggestion. Je crois que je vais la suivre.

A son haussement de sourcils interrogateur, Valérian avait poussé un soupir et lui avait repris délicatement l’enfant avant de prononcer le nom de son fils. Kaliastre. Alexandre avait approuvé en silence. Il ne voyait pas de meilleur témoignage de respect que celui-ci.
Deux hommes et un enfant seraient certes plus vulnérables dans des contrées sauvages, mais ils risquaient aussi beaucoup moins d’être considérés comme une menace par les peuples qu’ils rencontreraient, et ils éviteraient probablement des affrontements qui auraient été inéluctables pour un groupe imposant.
_Voilà qui est parfait, commenta simplement Farciel, un début de sourire aux lèvres, le tirant de ses pensées.
Intrigués, Chloé et Alexandre la regardèrent en silence, espérant qu’elle élaborerait d’elle-même son étrange déclaration. Quand elle n’en fit rien après plusieurs minutes, le soldat finit par craquer :
_Que veux-tu dire ?
_Pour moi qui ai l’intention de vous suivre, être débarrassée de ce groupe est une grande joie.
Chloé sentit sa mâchoire se décrocher alors que la trentenaire laissait son sourire s’élargir, contente de son effet.
_Mais, que… Les autres… Et…
_Les autres sont au courant de ma décision. Pourquoi crois-tu que je vienne avec vous à ces funérailles ?
_Comme Unélia, Lonia et Eléa, par respect envers nos alliés, rétorqua Chloé en désignant d’un geste vague la fillette et les deux guerrières qui les accompagnaient.
D’autres Adalantes avaient envisagé d’étendre la trêve au point d’assister aux enterrements des hommes, mais elles avaient renoncé, ignorant comment elles seraient reçues. Et puis, il y avait beaucoup à faire au campement, avec les reproductrices approchant du terme de leur grossesse, les tentes des défuntes à démonter, les armes et boucliers à fabriquer pour remplacer ceux qui avaient été endommagés pendant les combats, les chasses à organiser… Devant sa logique, Farciel admit :
_D’accord. Dans ce cas, t’es-tu demandée pourquoi j’étais aussi chargée ?
Chloé jeta un coup d’œil aux lourdes sacoches qui pendaient de chaque côté des flancs de son cheval comme si elle les voyait pour la première fois, avant de répliquer :
_J’ai pensé qu’il s’agissait de provisions.
Farciel secoua la tête.
_Ce sont mes affaires.
Alors que la petite blonde s’apprêtait à poser davantage de questions, toujours sous le choc de cette révélation, Alexandre se remit plus vite qu’elle et prit la parole :
_Tu es bien sûr la bienvenue, Farciel. Toutefois…
Il marqua une pause, son regard s’attardant sur Chloé, avant de continuer :
_Toutefois, je compte proposer aux quelques explorateurs en qui j’ai confiance de venir également, et au milieu d’eux, je crains que tu ne te sentes seule.
Il fallut un instant à Chloé pour comprendre ce qu’il voulait dire, et quand l’idée fit son chemin dans son esprit, elle lui accorda le premier sourire qu’elle parvenait à former depuis cinq jours.
_Je n’ai pas changé d’avis, Alexandre. Elles ont beau m’avoir fait confiance pour cette occasion, les autres Adalantes continueront à douter de mon jugement, ma position de guide ne serait pas tenable. Et même dans le cas contraire… Ma place est à tes côtés.
A cette annonce, il se contenta de lui rendre son sourire, n’eut pas le temps de répondre avant que la voix d’Unélia ne s’élève, songeuse :
_Je vous suivrais aussi si je le pouvais.
La petite blonde se mordit la lèvre et, faisant signe aux autres de continuer, elle arrêta son cheval alors que la fillette l’imitait. Lorsqu’ils furent hors de portée de voix, la guerrière prononça d’un ton hésitant :
_Tu sais que la décision te revient, mais…
_Mais mon don est trop précieux pour en priver tout un peuple. J’en ai conscience et mon choix est fait. C’est juste que… Tu me manqueras.
Une boule se formant dans sa gorge, Chloé hocha solennellement la tête.
_Tu me manqueras aussi, Unélia.
Après un moment d’émotion silencieuse, la jeune prophétesse reprit la parole d’une voix plus ferme :
_J’espère que tu trouveras ce que tu cherches.
Chloé réussit à esquisser son deuxième sourire de la journée en remarquant :
_Tu sais si je vais trouver ce que je cherche.
Le visage d’Unélia s’éclaira et elle confirma :
_C’est vrai. Mais tu ne veux pas le savoir, n’est-ce pas ?
_Non, en effet.
Parce que malgré sa curiosité, elle admettait volontiers que sans surprises, aussi douloureuses puissent-elles être parfois, la vie devenait d’un ennui abyssal. Parce qu’accomplir ce qu’elle avait à accomplir avec Alexandre à ses côtés, c’était déjà une victoire. Et surtout parce que si elle savait d’avance si elle allait la mener à bien, sa quête n’aurait plus aucun intérêt.
Elles reprirent leur marche tranquillement, peu pressées de mettre fin à cet instant de complicité. Mais soudain, une pensée qu’elle avait mise de côté en raison de tout ce qui était arrivé depuis quelques jours lui revint et Chloé fit passer Mertao au trot afin de rattraper Farciel, qui devançait désormais le groupe de plusieurs longueurs. Elle ne lui laissa pas le temps de se demander d’où venait un tel empressement, lançant brusquement :
_Qu’avais-tu dit à Mykherm ?
Farciel ouvrit la bouche sans qu’aucun son ne s’en échappe. Chloé attendit qu’elle se remette de cette arrivée brutale. Finalement, la trentenaire secoua la tête en lâchant d’une voix sourde :
_Je ne peux pas. Plus maintenant, ajouta-t-elle dans un murmure, comme pour elle-même.
La petite blonde fronça les sourcils, intriguée par ces deux derniers mots. Pourquoi donc le moment avait-il une telle… Le cerveau de Chloé rencontra un trou noir alors qu’elle songeait à la seule explication possible, la seule chose qui expliquait à la fois sa réticence à en parler aujourd’hui plus encore qu’avant, et la docilité de Mykherm malgré son ressentiment évident à l’égard de la guerrière. Interloquée, elle fit part de sa conclusion en un unique mot :
_Leïla.
Farciel se détourna un instant avant d’oser affronter de nouveau son regard, confirmant ses soupçons par son absence de dénégation. Alors Chloé développa :
_Tu l’as menacé de tuer Leïla… Et avec elle son petit-fils.
Quand une fois de plus, seul le silence accueillit ses paroles, la petite blonde demanda durement :
_L’aurais-tu fait ?
_Nous n’aurons jamais à le savoir.
_L’aurais-tu fait ? répéta-t-elle, accentuant chaque syllabe d’une façon menaçante.
_Honnêtement ? Oui. Sans le secours des explorateurs au cours de la bataille, elle aurait été condamnée de toute façon. Mykherm était prêt à ordonner à son groupe de rejoindre nos ennemis. Cet enfant à naître était le seul moyen d’exercer une quelconque pression sur lui.
_C’est…
_Ignoble, je sais. Je ne chercherai pas à me trouver d’excuse. Je me doutais que ce chantage fonctionnerait et que je ne mettais pas Leïla en danger, mais je ne pouvais en avoir la certitude. Cela fait de moi quelqu’un de pragmatique.
Le pire, c’était qu’elle ne pouvait même pas la contredire. A l’heure qu’il était, leur peuple tout entier, Leïla et son enfant compris, aurait été exterminé si quelqu’un n’avait pas eu le courage de prendre les dispositions nécessaires pour convaincre Mykherm de leur venir en aide. Alors qu’elle s’apprêtait à reprendre la parole, Farciel la devança :
_Si tu refuses que je me joigne à vous, je comprendrai.
Elle était tentée. Réellement. Mais au fond, ce n’était pas comme si ce côté froidement calculateur de Farciel était une découverte, elle avait toujours su que la trentenaire était capable de faire des choix que personne d’autre n’aurait osé faire. Et surtout, la savoir à ses côtés pour les mois et peut-être années à venir, c’était ne pas perdre tout contact avec ses racines, c’était garder auprès d’elle une femme qui pourrait lui en dire plus que n’importe qui d’autre sur sa mère, c’était… C’était avoir une amie, tout simplement. Alors Chloé finit par secouer la tête.
_Ne t’attends pas à ce que je te pardonne dans l’immédiat. Mais cela viendra.
Farciel acquiesça, à la fois résignée et soulagée, et Chloé arrêta Mertao le temps de laisser Alexandre la rattraper. Lorsqu’il lui demanda ce qui n’allait pas, elle se contenta de hausser les épaules et d’arrêter d’essayer d’imaginer ce que leur réservait l’avenir. Elle avait refusé qu’Unélia le lui révèle, ce n’était pas pour tenter de deviner elle-même ce qu’il leur réservait. De toute façon, songea-t-elle avec une pensée pour Galothène, avec un peu de patience, elle finirait par le savoir.

FIN DE LA PARTIE 2
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Laenan
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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   Dim 18 Sep 2011 - 18:36

MAIS EUH NAAAAAAAAN !!! Crying or Very sad Crying or Very sad Crying or Very sad
Voilà ce qui devait arriver est arrivé, même si je voulais pas y croire. T'es trop méchante !!!
Et puis, mer**, ils auraient au moins pu la recoudre ! Là, j'imagine la scène et je trouve ça encore plus horrible. Déjà apprendre que Leïla est morte, gloups, mais apprendre qu'elle a souffert le martyre, merci bien (autant pour eux que pour moi !).

Citation :
_Bien, Chloé, comme le médecin l’a annoncé, il s’agit d’un mâle. Tu sais ce que cela signifie.
Outrée qu’elle ose ne serait-ce que penser à formuler ces paroles dans une telle situation, Chloé ouvrit la bouche mais la referma sans trouver de termes assez violents pour ce qu’elle avait à exprimer.
J'étais même écœurée oui ! Ne pas respecter les dernières volontiers de la défunte, c'est... c'est terriblement mesquin !
Heureusement il ne s'agit pas de ça. lol Ca me rassure quant à la potentielle humanité de ces foldingues ! Laughing

Un Valérian qui n'est plus que l'ombre de lui-même, ça c'est une atrocité ! (Et, même si je m'y attendais ça me fout un coup au moral ! Nan mais oh !)
Heureusement que Alexandre est là pour lui donner un coup de pied au cul... Et, je suis fan de l'intervention de Lonia et de son explication :
Citation :
_Un réflexe. Je vois un homme qui essaie de s’enfuir, je l’en empêche.
LOL
En tout cas, je souhaite que Valérian retrouve le goût de vivre avec un petit bout à élever. (Qu'on ait encore droit à des discussions pas piquées des vers entre les 2 frangins ! Laughing )

Les funérailles et Chloé qui se laisser aller contre Alexandre, j'étais => O.o J'ai juste envie de lui dire "ENFIN ! Enfin t'as compris qu'un homme pouvait être utile de temps en temps !" Razz
Un très beau moment ! ♥

Alors, je suis peut-être passée à côté de "signes" mais le coup du :
Citation :
_En pratique, je compte quitter le groupe.
et :
Citation :
_Pour moi qui ai l’intention de vous suivre, être débarrassée de ce groupe est une grande joie.
Ben, j'étais juste sur le cul, quoi ! lol

Tu m'étonnes qu'ils en aient rien à faire de la mort de leur père... Un crétin pareil... -_-

Citation :
A son haussement de sourcils interrogateur, Valérian avait poussé un soupir et lui avait repris délicatement l’enfant avant de prononcer le nom de son fils. Kaliastre. Alexandre avait approuvé en silence. Il ne voyait pas de meilleur témoignage de respect que celui-ci.
Limite là, je chiale...
2 raisons à mon débordement d'émotions :
1 - Ca veut dire que mon chouchou est bien définitivement mort et enterré (façon de parler)... Je fais mon deuil. Snif Crying or Very sad
2 - C'est un trop bel hommage, j'en reviens pas !!!
(Et, de plus, tu vas me rappeler cette tragique disparition à chaque fois que tu parleras du petit, merci bien xD)
Ouais, si on compte bien ça fait 2 raisons et 1/2. Laughing

Et, pour finir, Farciel qui avait menacé de tuer Leïla et qui l'aurait fait... affraid
Tu veux m'achever là ou quoi ? lol


Ahlàlà... Une belle partie qui se termine (*Lève sa bouteille de rhum* A la tienne ! Hips ! Razz ). J'ai vraiment hâte de pouvoir entamer la suivante ! (Ca va me faire bizarre de ne plus les voir évoluer dans le même environnement, je veux dire avec le groupe des Adalantes et celui des Explorateurs) Tu partagerais pas le titre de la partie 3 avec nous ??? (t'as pas encore d'idée ? C'est confidentiel ? Tu l'as déjà dit et je suis passée à côté ? xD)


PS : (anecdote) Je relisais justement certains passages de différents chapitres de cette partie hier soir, juste pour le plaisir et aujourd'hui j'ai droit à l'épilogue : le monde est beau et bien fait ! ^_^


PS2 : (plus important) Tu m'envoies un petit message quand tu entames la partie 3 ? lol Non parce que j'ai pas envie de refaire le même coup et découvrir 6 mois plus tard que tu as posté un tas de chapitres (alors que je me connectais régulièrement xD) ! Promis, cette fois, j'ouvre l'oeil (les deux même !)


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MessageSujet: Re: Par Les Armes (Partie 2 : L'Alliance) - TERMINÉE   

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